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Economie

L'Italie veut nationaliser TIM: l'impact sur Swisscom est grand

L'Italie prend une décision radicale qui impactera Swisscom

En Italie, l’Etat est en train de reprendre ce qu’il reste de l’ancienne Telecom Italia, privatisée en 1997. Le rachat de TIM par Poste Italiane revêt également une importance pour Swisscom.
10.04.2026, 11:5310.04.2026, 13:30
L'Italie veut nationaliser TIM: l'impact sur Swisscom est grand
Swisscom réalise près de la moitié de son chiffre d’affaires en Italie.Image: montage watson
Daniel Zulauf

La fin des années 1990 a été marquée par une vague de privatisations sur le marché européen des télécommunications. L’Italie a, elle aussi, privatisé Telecom Italia en 1997, en anticipation de la libéralisation du marché entrée en vigueur début 1998 dans l’Union européenne, simultanément appliquée en Suisse.

De la Telecom Italia de l’époque, il ne reste, après 30 années fastes faites d’acquisitions débridées, d’endettement massif et de restructurations, qu’une entreprise amaigrie, pour ne pas dire appauvrie, appelée TIM.

TIM, un nom qui désignait autrefois Telecom Italia Mobile, demeure néanmoins l’un des principaux opérateurs téléphoniques italiens, avec des parts de marché d’environ 37% dans le fixe et près de 27% dans le mobile. La filiale de Swisscom, Fastweb/Vodafone, se situe à peu près au même niveau que TIM dans le mobile et accuse un retard de quelques points dans le fixe.

TIM maigre, Swisscom solide

TIM et Swisscom affichent des chiffres d’affaires annuels comparables, mais la capitalisation boursière de Swisscom, d’environ 35 milliards de francs, est presque quatre fois supérieure à celle de TIM. La raison tient à la concurrence acharnée: l’Italie est le marché des télécommunications le moins cher d’Europe.

Presque tous les opérateurs y perdent de l’argent – du moins s’ils appliquaient une comptabilité rigoureuse, c’est-à-dire couvrant réellement leurs coûts. Mais personne ne semble vouloir le faire actuellement, pas même Swisscom. La bataille pour les parts de marché, et les économies d’échelle qui en découlent et déterminent au final profits ou pertes, bat encore son plein en Italie.

C’est précisément dans cette phase de concurrence intense que l’Etat intervient. En mars, Poste Italiane, détenue à 65% par les pouvoirs publics, a présenté aux actionnaires de TIM une offre de rachat de leurs parts, évaluée à 10,8 milliards d’euros. L’offre court jusqu’en mai. Le géant jaune de la péninsule entend prendre le contrôle total de TIM, après avoir déjà acquis une participation de 27% l’an dernier.

La situation est jugée singulière par de nombreux observateurs du secteur en Italie: l’Etat, dont la régulation a largement contribué aux prix extrêmement bas du marché, se transforme désormais «d’arbitre en joueur». Le directeur de Poste Italiane, Matteo Del Fante, assure pourtant que le gouvernement n’est en rien impliqué dans l’opération, qui s’inscrit dans un processus engagé depuis plusieurs années.

Dans les milieux informés, le scepticisme demeure. L’économiste et expert du secteur Augusto Preta écrit dans la revue Concorrenza e Mercato: «TIM-Poste, un campione nazionale che chiama in causa l’antitrust», soit «TIM-Poste, un champion national qui interpelle le droit de la concurrence».

De fait, l’objectif stratégique de l’opération est de créer la plus grande plateforme d’infrastructures d’Italie dans le domaine de la connectivité. L’interconnexion numérique des individus, des systèmes et, de plus en plus, des machines et des organisations reste un chantier loin d’être achevé, même dans les économies les plus avancées.

Giorgia Meloni, stratège

L’Italie entend manifestement ne pas se laisser distancer. Un consensus se dégage: des intérêts stratégiques nationaux sont en jeu. Depuis son arrivée au pouvoir en octobre 2022, Giorgia Meloni a déjà montré à plusieurs reprises sa détermination à agir avec fermeté dans ce type de dossiers.

Les conséquences pour les concurrents de la future Telecom Italia réintégrée restent difficiles à prévoir. Augusto Preta souligne néanmoins:

«L'opération se déroule dans un contexte concurrentiel et réglementaire extrêmement sensible»

Plusieurs questions cruciales se posent donc:

  • Comment l’Italie traitera-t-elle à l’avenir Open Fiber, principal fournisseur de réseau haut débit, lui aussi majoritairement détenu par l’Etat, et qui revendique un accès équitable et non discriminatoire pour tous les opérateurs télécoms actifs dans le pays?
  • Comment Poste Italiane utilisera-t-elle son réseau de 13 000 agences, dont les services numériques sont actuellement renforcés dans les régions périphériques grâce à près d’un milliard d’euros d’aides européennes?
  • Les opérateurs à capitaux étrangers, comme la filière de Swisscom Vodafone/Fastweb ou le français Iliad, détenu par Xavier Niel (propriétaire de Salt), bénéficieront-ils des mêmes conditions que la TIM publique? Pour Swisscom, qui réalise désormais près de la moitié de son chiffre d’affaires en Italie, ces interrogations sont cruciales.

L’Italie devra aider Swisscom

Des réponses fiables ne seront disponibles que dans un avenir encore incertain. Swisscom affiche pour l’instant son calme: une éventuelle reprise de TIM par Poste Italiane ne modifierait fondamentalement pas sa position stratégique, ni celle de Fastweb/Vodafone en Italie, indique un porte-parole. Les projets communs avec TIM, notamment dans les infrastructures, devraient se poursuivre.

Grâce au rachat de Vodafone en 2024 et à son intégration avec Fastweb, Swisscom estime s’être «nettement renforcée» en Italie. Le groupe propose désormais des offres combinées attractives (fixe, fibre et mobile) et mise sur une amélioration de sa compétitivité et de sa capacité d’investissement. A partir de 2029, Swisscom vise des synergies annuelles de 600 millions d’euros en Italie. Si cet objectif est atteint, le groupe pourra continuer à verser des dividendes solides et croissants à ses actionnaires.

Depuis sa privatisation en 1998, Swisscom y est effectivement parvenue. En 27 ans, ses actions ont généré un rendement total moyen d’environ 12% par an (hausse du cours et dividendes), sur la base d’un prix d’introduction en Bourse de 340 francs. Ce rendement a été financé exclusivement par les consommateurs suisses. Or, la baisse des revenus sur le marché helvétique laisse penser que cette situation ne pourra pas perdurer. Le succès de Swisscom en Italie devient donc déterminant.

L’Europe, parent pauvre des télécoms

Les paris sur les marchés européens des télécommunications se sont toutefois souvent révélés perdants par le passé. «Malheureusement, le marché intérieur européen n’a pas constitué un terrain fertile pour permettre aux acteurs européens de développer de nouvelles technologies numériques», observait il y a un an l’entrepreneur vaudois et pionnier du numérique André Kudelski dans un entretien accordé à CH Media, éditeur de watson.

Selon lui, l’Europe a mis en place des réglementations qui ont fortement freiné les initiatives privées rentables dans l’économie numérique:

«Les opérateurs télécoms européens doivent fonctionner avec des marges bien plus faibles que leurs homologues américains, où la recherche du profit est moins suspecte. En Europe, les moyens d’investir font donc défaut.»

Dans ce contexte, il n’est pas exclu que le gouvernement Meloni contribue précisément à inverser cette dynamique négative. Au bénéfice de Swisscom, mais peut-être aussi au détriment des consommateurs. (trad. hun)

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