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Le confinement ainsi que le taux d'infections pèsent sur la santé mentale des populations. Les aides financières font baisser les idées noires.
Le confinement ainsi que le taux d'infections pèsent sur la santé mentale des populations. Les aides financières font baisser les idées noires. shutterstock
Interview

Envies suicidaires au rythme des confinements et des aides économiques

Les confinements ainsi que les aides économiques influencent les envies suicidaires. C'est un des résultats d'une étude internationale dirigée par deux profs de l'Unil. Les données de 23 helplines téléphoniques de 19 pays, dont la Suisse, ont été passées au crible.
21.11.2021, 08:0122.11.2021, 11:52

Marius Brülhart et Rafael Lalive, profs à la Faculté des HEC de l'Université de Lausanne (Unil) et deux chercheurs de l’Université allemande de Freiburg se sont penchés sur des appels à des lignes téléphoniques pour personnes en détresse dans 19 pays entre 2019 et 2021. Soit quelque huit millions d'appels (anonymisés) reçus par les helplines téléphoniques de quatorze pays européens (dont la Suisse, la France, l'Italie et l'Allemagne), quatre d'Asie (Chine, Hong Kong, Israël, Liban) et des Etats-Unis. Ces données constituent donc une sorte de baromètre du moral de la population par temps de Covid. Les quatre universitaires ont publié leur étude dans la prestigieuse revue Nature.

L'article révèle qu'en période de crise sanitaire, entre les inquiétudes liées à la santé physique, la santé mentale et la situation économique, le soutien financier des pouvoirs publics atténue la détresse des populations. Ainsi, que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe, «plus il y a un appui économique conséquent, moins il y a d’appels à connotation suicidaire». Marius Brülhart a dirigé le groupe d’économistes au sein de la taskforce Covid dont Rafael Lalive est un ancien membre. Les deux experts de l'Unil ont répondu aux sollicitations de watson.

Rafael Lalive (à g.) et Marius Brülhart, les deux profs de l'Unil co-auteurs de l'étude internationale parue dans Nature.
Rafael Lalive (à g.) et Marius Brülhart, les deux profs de l'Unil co-auteurs de l'étude internationale parue dans Nature. Félix Imhof/UNIL

Quelles ont été les similitudes et les différences les plus marquantes dans votre analyse des appels vers 23 helplines de détresse répartis dans 19 pays?
Marius Brülhart et Rafael Lalive:
Nous avons remarqué une augmentation marquée d'appels au total dans quasiment tous les contextes. Ensuite, la magnitude de l'augmentation a différé quelque peu. En Suisse, elle était moins importante qu'en Italie par exemple... Mais dans l’ensemble, les similitudes étaient plus fortes que les différences. Le Covid semble avoir eu des effets assez comparables sur la santé mentale à travers les pays...

Quelle est la particularité des appels de détresse en Suisse?
M.B. et R.L.: Nous avons remarqué que les appels en lien avec quelques problèmes graves, comme la violence domestique, ont initialement baissé pendant le semi-confinement en Suisse. Ceci pourrait, en partie, être expliqué par la météo mais probablement aussi par la nature moins sévère des mesures de confinement comparativement à d’autres pays. Ainsi, en Suisse, la hausse du volume des appels durant la première vague pandémique ne dépassait guère le rythme de croissance observé dans les années précédentes. En moyenne, à travers tous les pays, on observe une augmentation moyenne de 35% d’appels environ cinq à six semaines après les premiers cas détectés. Ceci dit, dans les pays où nous avons des données sur une plus longue durée, nous ne constatons pas d’augmentation significative des appels liés à la violence, l’abus de substances ou les pensées suicidaires même durant les deuxième et troisième vagues.

Selon votre étude, quel est le poids du confinement sur la santé mentale de la population?
M.B. et R.L.: On montre qu'une mesure plus stricte, comme passer d'un semi-confinement à un confinement augmente les appels liés à des pensées suicidaires! Donc, à première vue, les confinements détériorent la santé mentale. Mais ce constat résulte d’une analyse statistique dans laquelle on isole l’effet du confinement, toute autre chose étant égale par ailleurs. Nous constatons en même temps que, vue de la même façon statistique, l'augmentation du nombre d’infections est typiquement suivie d’une baisse du nombre d’appels avec des motifs suicidaires. Donc, puisque les mesures de confinement sont appliquées, quand on constate une augmentation du nombre d’infections, les deux effets se compensent. En somme, notre analyse montre que la pandémie est associée à plus de craintes liées au virus lui-même ainsi qu’à une augmentation de la solitude. La part des appels motivés par des problèmes plus graves, comme la violence, les addictions ou le suicide, est restée inchangée, voire a diminué. Ce constat est confirmé par de récentes études montrant que le nombre de suicides a plutôt diminué depuis le début de la pandémie.

«Vues de façon isolée, les envies suicidaires ont augmenté lorsque les politiques de confinement sont devenues plus strictes et ont diminué lorsque le taux d’infections a augmenté et que les aides économiques ont été renforcées»
Marius Brülhart et Rafael Lalive dans Nature

L'article révèle aussi que le soutien financier des pouvoirs publics atténue la souffrance mentale et fait baisser les envies suicidaires. Pourtant, malgré les appuis financiers des états, la crise sanitaire demeure...
M.B. et R.L.: La crise sanitaire reste malheureusement présente puisque le virus est devenu plus virulent et nous n'avons pas suffisamment recours à la vaccination. Certaines aides financières restent donc nécessaires car, elles permettent de protéger non seulement des structures et des revenus mais aussi la santé mentale, comme nous l'avons découvert en analysant les appels aux lignes de soutien. Les aides étatiques ont donc un double dividende économique et psychologique.

Est-ce que le covid long existe vraiment? On fait le point.

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