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Yannick Ferrari, 28 ans, de Fribourg, membre d'Extinction Rebellion, prévenu dans le procès du Block Friday, 26 mai 2021.

Image: Watson

Paniqué par le changement climatique, ce Romand fait la révolution

Yannick Ferrari fait partie des activistes du climat prévenus dans le «procès du Black Friday», à Fribourg. Eco-anxieux passé par un épisode très sombre, il raconte (aussi en vidéo) comment ce mal-être l'a conduit à la désobéissance civile.



«J’ai perdu toute raison de vivre». «Une angoisse permanente me troue le ventre». L'éco-anxiété, cette peur panique du dérèglement climatique, les activistes l'ont exprimée à de nombreuses reprises durant leur procès géant, qui s'est déroulé cette semaine à Fribourg. Accusés d'avoir bloqué un centre commercial en 2019 durant le Black Friday, ils ont dit avec leurs mots les maux de l'éco-anxiété qu'ils ressentent. Entre deux audiences, Yannick Ferrari, membre d'Extinction Rebellion et secrétaire syndical, a accepté de se confier à nous, sans filtre.

Vous dites souffrir d'éco-anxiété, mais c'est quoi selon vous?
Yannick Ferrari: C’est le fait d'avoir peur pour sa propre survie à cause du dérèglement climatique. C'est un mélange entre une dépression et de l’anxiété. C’est un mal insidieux qui vient petit à petit, sans que l’on s’en rende compte. Jusqu’au jour où on n’arrive plus à se lever de son lit parce que les conséquences du changement climatique sont beaucoup trop grandes à supporter pour nos épaules d’être humain.

«Sortir de la maison était horrible: je voyais cette société actuelle fonctionner alors que c’est justement elle qui m’avait mis dans cet état»

Mais concrètement, quels sont les symptômes?
Les premiers signes de mon éco-anxiété sont apparus vers mes 21 ans. A côté de Rossens (FR), le village où j’ai grandi, on a étendu une gravière de façon gigantesque en un an. La forêt dans laquelle je faisais du VTT a été en partie mangée. Ça a été mon premier coup au moral et ça m’a beaucoup détruit. Un jour, en 2018, je n’ai plus pu me lever du lit. J’ai ensuite perdu tout appétit: je ne mangeais plus, je ne buvais plus. J’ai perdu 25 kilos en huit mois. Je n’avais plus aucune envie de prendre soin de moi. Je suis devenu un légume. J’ai eu énormément de crises d’angoisse et de tétanie.

Quels ont été les impacts de cette éco-anxiété sur votre vie?
Pour vous donner un exemple: je ne veux pas avoir d’enfants car je ne sais pas moi-même si je vais survivre. Si la société reste comme elle est aujourd’hui, je vais devoir me battre pour avoir à manger et à boire. Je trouve cela très grave. En fait, c'est assez paradoxal. On n’a pas envie de se suicider parce qu’on a cette envie de vivre, mais c’est justement cette envie de vivre qui nous a fait tomber en dépression.

Que répondez-vous à ceux qui pensent que vous exagérez, qu’on a tous des problèmes et qu’il faut se calmer?
J’aimerais leur dire qu’ils ont la chance de ne pas connaître toutes les conséquences du dérèglement climatique. S’ils les connaissaient, ils seraient dans le même état que moi.

«C’est insupportable de savoir que dans dix ans, on devra se battre pour avoir de l’eau en Suisse. Je ne comprends pas comment on peut se dire "ce n’est pas grave!"»

Qu’avez-vous fait pour vous en sortir?
J’ai vu un psychiatre et une psychologue. Les antidépresseurs ne fonctionnent pas vraiment pour une éco-anxiété. J’ai pris du Temesta (réd: un anxiolytique) pour contrer les crises d’angoisse. On m’a aussi donné de la quétiapine - un traitement normalement donné aux personnes schizophrènes - destiné à annihiler mes pensées le soir pour me permettre de dormir. Le problème, c’est que pour réellement s’en sortir, on devrait lâcher prise.

L’activisme, c'est donc l'unique solution que vous avez trouvée?
La désobéissance civile a été ma clé. C’est la seule. M’engager avec Extinction Rebellion et faire des actions m’a aidé à prendre un pouvoir que je n’avais plus en tant qu’être humain. La plus grande problématique de l’éco-anxiété, c’est l’impuissance. On voit le problème, il est tellement grand que notre seule manière de le résoudre, c’est de désobéir civilement. On aimerait faire quelque chose, mais aller sauver le corail ou lutter contre la fonte de pergélisol très concrètement, ce n’est pas possible. On voit que la politique, les pétitions et les ONG ne servent à rien. La désobéissance est la seule action qui nous reste.

«Ma psychologue m'a dit qu'il n’y avait pas de solution. Ou plutôt que la seule issue, c'est d’accepter l’inévitable: la mort de l’espèce humaine.»

Vous êtes complètement fatalistes, en fait?
Croire que la société ou la technologie vont nous sauver, c’est ne pas prendre en considération l’urgence et l’apocalypse dans lesquelles nous sommes. Je trouverais normal que les gens soient dans la rue à courir dans tous les sens tant la situation est urgente. On n’a pas envie que les gens deviennent dépressifs comme nous, mais on veut leur dire «réveillez-vous, regardez!». Il faut que l’on se mette ensemble.

Mais s'il n'y a plus d'espoir, pourquoi agir quand même?
L’un des cofondateurs d’Extinction Rebellion a dit: «Quand l’espoir meurt, l’action commence». C’est ce que je ressens. Avant, j’avais de l’espoir et c’est pour cela que je n’agissais pas. Au moment où je l’ai perdu, l’action a été mon dernier outil pour me soigner et pour le futur de la Planète.

Son témoignage en vidéo

Vidéo: watson

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