«Il faut défendre cela à tout prix»: Jonas Schneiter se confie
L’équipe ne bouge pas, mais le décor change. Derrière la bonne santé affichée des Beaux Parleurs, Jonas Schneiter aborde une nouvelle saison marquée par quelques secousses. Des menaces de mort contre des chroniqueurs à une polémique touchant une membre de l’équipe, l’animateur-producteur assume ses choix. Et défend plus que jamais la confrontation des opinions.
A quelles nouveautés ou quels ajustements faut-il s'attendre pour cette rentrée?
Jonas Schneiter: L’équipe a été changée il y a maintenant une année et demie. On est très satisfaits de sa dynamique et le public s’y est aussi habitué. Il n’y a donc pas de changement lié à l’équipe. Il y a en revanche un changement lié au déménagement sur le site RTS de Lausanne-Écublens (VD).
Il faut réussir à jongler avec ces deux publics très différents. Nous ne serons pas dans ce nouveau studio le jour de la rentrée, parce que ce sera une émission en direct à Morges (VD), mais nous y serons dès le dimanche suivant. Il est particulièrement réussi: à la fois chaleureux, pour que nous puissions débattre entre nous le dimanche dans une atmosphère familiale, et très esthétique pour la télévision.
Concernant les audiences, êtes-vous satisfait? Vous parlez de télévision et de radio: surveillez-vous autant l’audience radiophonique que l’audience télévisée?
Historiquement, c’est une émission de radio, donc l’audience radiophonique est très importante. Elle est bonne, voire très bonne, et Les Beaux Parleurs s’érodent moins que d’autres rendez-vous radio. A la télévision aussi, cela fonctionne bien: nous avons gagné pas mal d’audience depuis la création de l’émission. Et il ne faut pas oublier Internet: elle est beaucoup réécoutée et revue, notamment le dimanche et le lundi. Ces trois médias sont importants et fonctionnent très bien.
Comment avez-vous géré les menaces de mort subies par deux de vos chroniqueurs en juin dernier? Ce après avoir abordé la peine de mort en lien avec des faits divers survenus en France...
Il y a d’abord eu l’envie d’être solidaire et aussi protecteur que possible envers mes collègues face à ces menaces de mort. Elles sont scandaleuses. On doit pouvoir s’exprimer, dans les limites de la loi, sans avoir peur. Ensuite, il y a la réflexion de l’animateur et du producteur.
Les Beaux Parleurs sont justement l’un des endroits où l’on entend des gens qui pensent comme nous et d’autres qui ne pensent pas comme nous. Je pense qu’il faut défendre cela à tout prix.
Il existe un équilibre entre les sensibilités politiques parmi vos chroniqueurs. Est-il important de retrouver chaque dimanche un tel équilibre parmi les personnes au micro, afin d’avoir un véritable débat d’idées sans donner aux auditeurs l’impression d’un entre-soi?
C’est extrêmement important. Lors du recrutement, nous y avons réfléchi dans les moindres détails, en allant au-delà du simple clivage gauche-droite. Il faut aussi tenir compte des générations, des régions, des parcours. L’enjeu, c’est d’entendre des personnes qui ne pensent pas comme nous et de montrer qu’elles peuvent avoir une discussion intelligente. On réfléchit aux arguments des autres, on fait preuve d’empathie et on cherche une issue non violente au conflit.
A l'interne, avez-vous dû briefer vos chroniqueurs dans ce sens, ou est-ce venu naturellement?
Si on le stratégise trop, cela ne fonctionne pas. Moi, j’ai cela en tête, mais nous faisons en sorte de créer les conditions qui le permettent. Nous y faisons aussi attention au moment du recrutement et nous veillons à ce que tout le monde joue globalement ce jeu-là.
Que pouvons-nous vous souhaitez pour votre rentrée professionnelle?
Il faut souhaiter beaucoup de débats animés. Les prochains mois vont poser des questions difficiles, politiquement comme sociétalement, à commencer par le drame récent de la fusillade d’Aarau. L’enjeu, dans une actualité parfois très violente, c’est de continuer à se parler avec bienveillance et empathie, sans répondre à la violence par la violence. Ce qu’il faut me souhaiter, c’est d’avoir des discussions passionnantes, animées et sans autocensure.
