«Ils m'ont bien chambré après ça»: Débonnaire raconte ses 36 ans à la RTS
Le 19 juillet dernier, c'était la finale de la Coupe du monde, qui a vu le sacre de l'Espagne contre l'Argentine. Mais c'était aussi la dernière d'Yves Débonnaire comme consultant football pour la RTS, après 36 ans de bons et loyaux services sur la chaîne publique romande.
Dès la fin du match, le Vaudois – qui fêtera ses 70 ans le 12 décembre prochain – a reçu un très bel hommage sur le plateau de la part des journalistes et de son ami Pablo Iglesias. Un hommage mérité pour le natif de Vevey, véritable mordu de football qui a toujours su transmettre sa passion aux téléspectateurs, avec un fort enthousiasme et beaucoup de pédagogie.
L'hommage de la RTS pour Yves Débonnaire 📺
Comme le veut la tradition chez watson quand une personnalité du sport romand prend sa retraite, nous avons discuté avec Yves Débonnaire de ses «dernières fois».
La dernière fois que vous avez adoré le football?
YVES DEBONNAIRE: La finale de la Coupe du monde, parce que l'Espagne l'a gagnée. Car l'Espagne respecte totalement le football, elle a une idée du jeu qui est hyper positive.
La dernière fois que vous l'avez détesté?
Je vais dire le match Paraguay-France durant ce même Mondial. C'était tout ce que le foot ne doit pas montrer. Une équipe, le Paraguay, qui ne veut pas jouer. Des règles complètement incompréhensibles. Un arbitre malheureux et perdu là, au milieu, parce que c'est très difficile pour lui. Et des grosses fautes qui n'ont pas été sifflées, comme dans certains autres matchs de ce tournoi d'ailleurs.
La dernière fois que vous avez eu un privilège grâce à votre nom?
(Il rit, puis réfléchit). On m'a offet du jambon espagnol. On m'a dit: «C'est cadeau!». C'est une boucherie où je vais tout le temps, les gens sont exceptionnels là-bas, très vivants et fans de sport. Des employés sont français, on parle rugby ensemble. Le patron est fan de hockey sur glace. C'est génial! Plutôt qu'un privilège, je dirais que ce cadeau était une attention très sympathique.
Et ce jambon, il était bon?
Alors là... Il était très, très, très, très bon. Et je rajoute même un «très» s'il le faut.
La dernière fois que vous avez dit une bêtise à l'antenne?
J'ai cité Franz Beckenbauer comme joueur dans un match, ça devait être entre 2010 et 2015 alors qu'il a pris sa retraite en 1983... Je me suis bien fait chambrer par ma famille quand je suis rentré à la maison!
- Consultant football pour la RTS pendant 36 ans
- Ex-milieu de terrain, 193 matchs de Super League (avec Vevey puis Sion) dans les années 1970 et 1980
- Une Coupe de Suisse remportée avec le FC Sion (1986)
- Sélectionneur des équipes de Suisse juniors (U15 à U18) pendant 21 ans (1999 à 2020)
- Instituteur de métier, qu'il a exercé à côté de sa carrière de joueur
- Marié, père de trois garçons adultes
La dernière fois qu'on vous a demandé un autographe ou un selfie?
Deux jours après la finale de la Coupe du monde, dans la rue. Un jeune est venu vers moi et m'a dit: «Oh, mais c'est vous le consultant?! On peut faire un seflie?» J'ai répondu: «Oui, bien sûr, mais je ne suis pas photogénique!» Récemment aussi, un homme que je ne connaissais pas est venu m'aborder dans la rue et on a discuté foot pendant 20 minutes.
On refait le monde du foot, parfois le monde tout court quand la discussion dérive. Le sport ou les arts permettent de partager une passion. Ces moments sont toujours très enrichissants, même avec des gens qui ne m'apprécient pas.
C'est déjà arrivé?
Une fois, quelqu'un est venu vers moi et m'a dit: «Je ne vous aime pas!» Mais franchement, c'est très bien! (rires) J'ai répondu: «Il n'y a aucun problème avec ça. je n'ai pas la vérité absolue, je peux me tromper, et je ne peux pas plaire à tout le monde». Mais ensuite, la discussion était sympa! Par contre, lui, il ne m'a pas demandé de selfie...
La dernière fois que vous avez été fier de vous?
Je dirais plutôt content ou heureux. C'est plus général qu'un moment précis, c'est quand je vois un jeune progresser au foot par rapport à l'entraînement qu'on lui donne. De voir que quelque chose qu'on a voulu se passe bien. C'est pareil avec les élèves, quand j'étais instituteur. Voir par exemple des jeunes joueurs, que j'avais eu dans les sélections suisses juniors, signer dans des clubs pros ou jouer en équipe nationale A, ça me rendait heureux.
La dernière fois que vous avez joué au foot?
Ouh là là, ça, c'est une bonne question piège! Joué un vrai match, ça fait très longtemps. A l'entraînement avec des jeunes, c'était au mois de mai. Car j'avais toujours envie de démontrer les gestes techniques.
A la fin, pour le petit match, il y avait un nombre impair dans les équipes. J'ai donc joué. C'est là où je me suis dit que vraiment... (il tousse pour faire comprendre la difficulté) j'étais largué. C'est mieux si je me contente désormais de jongler ou de faire une passe.
La dernière fois que vous avez songé à vous couper les cheveux?
(Il rit) Je les coupe quand même de temps en temps! Et j'ai voulu le faire la semaine passée, quand je me suis regardé dans le miroir. Mais je ne l'ai pas encore fait.
On va dire changer radicalement de coupe, car on vous a toujours connu avec vos boucles mi-longues.
Non, je n'ai jamais eu envie de changer, je ne suis pas très axé sur ces choses-là. Et tant que ça plaît à ma femme, ça va! (rires) Quand je vais chez les coiffeur, je dis juste que je vais arranger un peu. A part la couleur et quand même un peu moins de cheveux sur la tête, rien n'a changé.
La dernière fois que vous avez porté le maillot de Stephen Curry que les journalistes de la RTS vous ont offert sur le plateau, lors de vos adieux?
Il y a quelques jours à la maison, pour voir s'il m'allait bien.
Verdict?
Il est très bien, ils ont pris la bonne taille. C'était drôle de recevoir ce maillot de basketball dans une émission de foot. J'aime beaucoup le basket. Et Curry, c'est un joueur dans lequel je retrouve ce que j'aime dans le sport. Cette qualité technique exceptionnelle, cette volonté de gagnant positive. Cette fluidité dans son geste, c'est magnifique! Quand il tire, il y a une forme de douceur, c'est soyeux. Avec, en même temps, ce caractère de vainqueur! Et cette détermination à sans cesse progresser techniquement, c'est un modèle pour les jeunes. Dans ce cas, le sport est une superbe école de vie.
La dernière fois que vous avez regretté d'avoir pris votre retraite de consultant?
J'ai arrêté il y a très peu de temps, je n'ai pas encore eu le temps de regretter quoi que ce soit, et je ne pense pas que ça arrivera. J'ai fait cela à côté, par plaisir. Pour moi, 70 ans, c'est l'âge idéal pour dire stop. Y compris pour le mandat que j'avais auprès des juniors de l'association valaisanne. Je vais désormais pouvoir consacrer du temps aux voyages et aux longues balades, par exemple.
La dernière fois que vous avez été abordé par un autre média pour y devenir consultant?
Il y a assez longtemps, une fois par blue Sport. Mais c'était juste une petite approche.
Vous avez donc décidé de rester fidèle au service public.
Le rythme me convenait bien, avec des passages à l'antenne pas trop fréquents. Et j'ai rencontré tellement de personnes magnifiques à la RTS. Celle-ci m'a permis de faire des voyages fantastiques pour aller voir des Coupes du monde, des finales de Champions League. Après l'hommage sur le plateau, je leur ai dit que c'était plutôt à moi de leur dire merci, que ce que j'avais vécu avec la RTS était merveilleux.
Ça fait plaisir d'écouter quelqu'un si passionné par son travail, dans un monde où le job de beaucoup de personnes n'est qu'alimentaire.
J'ai adoré mon métier d'instituteur, j'ai adoré travailler avec les footballeurs M16 ou M17. En fait, j'ai adoré ma vie. C'est ce qui s'appelle être un privilégié.
Vous avez aussi fait les efforts nécessaires.
Oui, mais dans la vie, il y a aussi parfois une grande part de chance. J'en ai eu lors de mes débuts à 18 ans avec le Vevey-Sports, quand le club a tout à coup voulu faire jouer des jeunes et que j'ai profité de la blessure d'un titulaire habituel. Devenir sélectionneur suisse des M16 et M17, c'est parce que quelqu'un a vu je ne sais pas quoi en moi et a pris contact. La vie est aussi faite de petits événements qu'on ne maîtrise pas, de petits hasards qui fait qu'elle évolue ou non. Et une fois qu'on a cette chance, il faut garder cette passion, être prêt à donner de soi.
