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File d'attente devant un bus de vaccination à Vienne. En Autriche, la vaccination sera obligatoire à partir de février 2022.
File d'attente devant un bus de vaccination à Vienne. En Autriche, la vaccination sera obligatoire à partir de février 2022.image: keystone
Interview

«La vaccination obligatoire est préférable au confinement», assure cet élu fédéral

Le conseiller national zurichois socialiste Fabian Molina est l'un des premiers politiciens à plaider pour la vaccination obligatoire. Il s'agit selon lui d'une atteinte proportionnée aux droits fondamentaux.
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02.12.2021, 20:4002.12.2021, 21:05
Peter Blunschi
Peter Blunschi
Peter Blunschi
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Vous vous êtes prononcé, mardi, dans l’émission «Club» de la SRF en faveur de la vaccination obligatoire. Pour quelles raisons?
Fabian Molina
: Après 18 mois, nous sommes toujours dans cette pandémie. Mais, à présent, nous ne pourrons pas augmenter considérablement le taux de vaccination sans prendre d’autres mesures. C’est pourquoi, la vaccination obligatoire semble être la solution la plus proportionnée du point de vue des droits fondamentaux. Les alternatives sont un confinement pour tous ou de nouvelles mesures anti-Covid pour les personnes non vaccinées. Cela accentuerait les divisions au sein de la société et s'accompagnerait également d'atteintes massives aux droits fondamentaux.

Mais la vaccination obligatoire touche également les droits fondamentaux...
Sans aucun doute, mais l'intervention est proportionnée parce qu'elle est nécessaire.

Fabian Molina, 31 ans, siège depuis 2018 au Conseil national pour le PS du canton de Zurich. De 2014 à 2016, il a été président de la Jeunesse socialiste suisse.
Fabian Molina, 31 ans, siège depuis 2018 au Conseil national pour le PS du canton de Zurich. De 2014 à 2016, il a été président de la Jeunesse socialiste suisse.image: keystone

La vaccination obligatoire est-elle adaptée à ce pays qui accorde une grande importance à la responsabilité individuelle?
Il y a des problèmes de société qui ne peuvent pas être résolus par la responsabilité individuelle. Par exemple, la crise climatique. Il faut parfois mettre en place certaines règles en vertu d'un intérêt supérieur. C’est le cas pour cette pandémie. Pendant longtemps, je n'étais pas favorable à la vaccination obligatoire et je ne pouvais pas non plus l'imaginer.

«Mais la pandémie a rendu concevables beaucoup de choses qui étaient impensables auparavant»

La question est de savoir comment mettre en œuvre l’obligation de vaccination. Le Conseil fédéral ne peut pas simplement l'ordonner...
En situation extraordinaire, le Conseil fédéral peut prendre toutes les mesures nécessaires pour lutter contre la pandémie. Cela lui donne relativement beaucoup de compétences. Mais, actuellement, nous ne sommes plus dans une situation extraordinaire...

...et il a toujours été dit qu’il ne fallait pas y retourner...
…mais je pense aussi qu'une base juridique solide serait importante pour la cohésion de ce pays. Il faudrait donc une loi fédérale urgente, qui comporterait bien sûr un délai référendaire, mais que l'on pourrait mettre en vigueur immédiatement. Elle permettrait d'inclure toutes les opinions.

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Pour cette vague et la menace actuelle de surcharge des hôpitaux, la vaccination obligatoire ne servirait à rien, non?
Ça, c'est parfaitement clair. Même si l'on introduisait la vaccination obligatoire dès demain, cela ne règlerait pas la situation actuelle.

«Pour cette vague, le train est déjà parti. Mais, il ne semble pas que ce soit la dernière vague.»

Une telle loi serait-elle à même de recueillir une majorité? Martin Landolt (du Centre) et Doris Fiala (du PLR) se sont montrés ouverts à une vaccination obligatoire lundi sur TeleZüri. Mais, ce n’est probablement pas suffisant?
Je ne peux pas juger. Ce n'est pas non plus une question de gauche ou de droite. Il faut plutôt savoir dans quelle mesure nous sommes capables, en tant que société, d'apprendre d’une telle crise. Et, également de considérer quelle est la voie la plus proportionnée dans une discussion difficile de pondération. Je peux imaginer que la vaccination obligatoire obtienne la majorité, notamment en raison des expériences faites dans les pays voisins. Mais le oui n'est pas certain. L'alternative serait d'avoir des restrictions générales jusqu'à ce que l'immunité totale soit atteinte. Cela peut prendre beaucoup de temps.

Malgré cela, on vous reprochera de continuer à diviser la société, non?
La division s'approfondit à mesure que la crise se prolonge et que les gens se laissent guider par les «fake news», les mensonges et la haine plutôt que par un débat démocratique. Je pense aussi que la patience de la majorité des personnes vaccinées envers celles qui ne le sont pas commence à diminuer:

«C'est pourquoi je préfère une fin avec des contraintes qu'une contrainte sans fin»

Un devoir de vaccination n’est pas une contrainte de vaccination…
Absolument!

... Mais, si l'on considère la mentalité anti-vaccin en Suisse, on peut aisément imaginer que beaucoup préfèrent s'exposer à des sanctions plutôt que de se faire vacciner, qu'en pensez-vous?
Il s'agit aussi d'une forme de communication. Une obligation n'est pas la même chose qu'une recommandation. Quand les masques ou le home office ont été introduits en tant que recommandation, cela n’a pas fonctionné. Mais, dès que l'obligation de porter un masque a été introduite, tout le monde s'y est conformé. C'est difficile de savoir comment la population peut réagir à la vaccination obligatoire. Mais la Confédération pourrait la mettre en place.

«En Suisse, nous avons un service militaire obligatoire, lequel constitue également une atteinte aux droits fondamentaux. Mais il s'applique.»

Or, pour les opposants, la vaccination est une atteinte à l'intégrité physique. Que leur répondez-vous?
C'est le cas, mais elle est proportionnée par rapport à d'autres atteintes aux droits fondamentaux. Une obligation de quarantaine, le port du masque ou la fermeture de secteurs entiers de l'économie sont également des atteintes aux droits fondamentaux. La question est de savoir comment mettre la vaccination obligatoire en balance avec la protection d'un autre droit fondamental important: le droit de la santé.

Traduit de l'allemand par Charlotte Donzallaz

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Conseil fédéral: tout savoir sur la prolongation des mesures Covid
Compte tenu de la situation tendue dans les hôpitaux, le Conseil fédéral prolonge les mesures de lutte contre la propagation du coronavirus. L’obligation de travailler à domicile est prolongée jusqu’à fin février, tout comme la quarantaine-contact. Les autres mesures sont aussi prolongées pour l’instant jusqu’au 31 mars.

Le 17 décembre 2021, le Conseil fédéral a adopté des restrictions importantes, notamment la règle des 2G et des 2G+ à l’intérieur de certains établissements, des restrictions pour les rencontres privées et l’obligation de travailler à domicile. Ces mesures devaient prendre fin le 24 janvier 2022, tout comme l’obligation de présenter le certificat dans certains lieux, décidée par le Conseil fédéral en septembre 2021.

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