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Elle donne la parole aux Jurassiennes: «Les victimes veulent se montrer»

«Sortir du silence» est une série qui donne la parole aux victimes de violences de l'arc jurassien. Laura est la première à s'exprimer au micro de Madeleine Braulin.
Sortir du silence est une série qui donne la parole aux victimes de violences de l'arc jurassien. Laura est la première à s'exprimer au micro de Madeleine Braulin (à gauche).Image: watson

Elle pousse ces Romandes à briser le silence: «Parler est une arme»

Il y a un peu plus d'un an, Madeleine Braulin a décidé de donner la parole aux femmes de l'arc jurassien. Elle lance alors une série vidéo dans laquelle des victimes de violences témoignent face caméra. Une première dans la région. Rencontre à Delémont.
05.04.2026, 07:0405.04.2026, 07:04

Tout a commencé sur le terrain. A l'époque, Madeleine Braulin est journaliste pour une télévision régionale de l'arc jurassien. Elle couvre l'actualité politique et les questions d'égalité. Son constat? Une majorité de femmes n'osent pas s'exprimer lorsqu'on leur donne la parole. «Elles ne se sentaient pas légitimes de parler de sujets politiques ni en sécurité lorsqu'elles devaient raconter les violences qu'elles avaient subies», explique la vaudoise d'origine, installée dans le Jura depuis plusieurs années.

«Les femmes que j'interrogeais étaient persuadées que la thématique des violences serait minimisée et qu'elles ne se seraient pas prises au sérieux»
Madeleine Braulin

Face à cette réalité qui la frustre, une idée émerge: fonder un média qui leur donne uniquement la parole. Madeleine Braulin commence à ébruiter son concept: «La mentalité dans la région est encore un peu rustre, du coup, en réponse, il existe une réelle solidarité entre les femmes de l'arc jurassien», souligne-t-elle. Les choses se mettent donc en place très facilement.

Madeleine Braulin, journaliste et fondatrice de l'association jurassienne La Crevette.
Madeleine Braulin, fondatrice de l'association jurassienne La Crevette.Image: Madeleine Braulin,

Rapidement, elles sont de plus en plus nombreuses à s'intéresser à son projet, à donner des idées, à s'investir. Au fil des discussions, un sujet revient majoritairement sur la table: les violences, souvent sexuelles, faites aux femmes. La journaliste décide alors de changer de trajectoire et de créer une association, baptisée La Crevette. Objectif? Libérer la parole. La machine se met en marche. Nous sommes fin 2024-début 2025.

Terreau fertile

Six femmes sont d'accord de s'exprimer face caméra dans Sortir du Silence, une série de six vidéos diffusées en 2026. La première est sortie le 23 février. Si les protagonistes sont majoritairement des victimes de violences sexuelles, la sœur de Mélanie, poignardée par son ex-conjoint en 2019 à Courfaivre, a aussi accepté de participer. Madeleine Braulin confie:

«En réalité, j'ai reçu une dizaine de sollicitations, mais je n'aurais pas réussi à tout faire»
Madeleine Braulin

Une question se pose toutefois: comment se fait-il que dans cette région – décrite comme «un petit village où tout le monde se connaît» par Madeleine Braulin –, les femmes aient le courage de témoigner publiquement? «Il y avait un terreau fertile», répond la Romande.

«Le procès Pélicot, très médiatisé, a permis de libérer la parole et de briser le huis clos. Certaines victimes n'ont plus honte, elles veulent montrer leur visage et sortir de l'ombre»
Madeleine Braulin

Un contexte favorable auquel s'ajoutent des dénonciations de plus en plus fréquentes sur les réseaux sociaux – le compte Instagram Offensive contre les féminicides est cité en exemple. Rappelons également que les autorités fédérales se sont récemment emparées de la thématique des violences à l'encontre des femmes. En novembre 2025 d'ailleurs, une campagne de sensibilisation nationale a été lancée par Elisabeth Baume-Schneider.

Raconter l'après

Et puis, surtout, la narration ne se focalise pas sur l'agression. La vie d'après est au cœur du récit: une période de solitude durant laquelle les victimes prennent conscience de ce qu'il leur est arrivé. «C'était trop difficile pour elles de parler des faits, souligne Madeleine Braulin. "Un viol est un viol. Je n'ai pas besoin de le raconter", me disaient-elles.»

Ainsi, dans le premier épisode, Laura mentionne son viol à l'âge de 16 ans sous GHB, mais se concentre principalement sur son long combat de reconstruction, débuté après avoir gagné le procès en 2005.

Découvrez un extrait:

Par le passé, de tels témoignages auraient valu aux protagonistes d'être cataloguées comme «celles qui ont parlé». Aujourd'hui, cette image se fissure, dans un canton qui était tout de même avant-gardiste en matière de droit des femmes, rappelle Madeleine Braulin. En effet, le premier bureau de l'égalité en Suisse a vu le jour dans le Jura. Et de poursuivre:

«Ces vidéos sont l'aboutissement d'une prise de conscience qui était déjà présente. Ce sont ces femmes qui ont fait ce travail. Il n'y avait plus qu'à leur tendre le micro»
Madeleine Braulin

A l'heure actuelle, La Crevette n'a pas de visée politique. L'agenda 2026 s'annonce déjà chargé. «Parler permet de se reconstruire, de revenir plus forte et de faire de cette force une arme», conclut avec satisfaction la Romande. Rendez-vous donc au prochain épisode, diffusé le 20 avril sur YouTube.

Le Glacier 3000 sous des mètres de neige
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Le Glacier 3000 sous des mètres de neige
source: glacier 3000
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Cette Romande raconte son viol et l'enfer judiciaire
Video: watson
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