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Douloureuse affaire de viol entre deux jeunes cabossés

Un jeune de 19 ans, violé par son père durant l'enfance, est dans la peau de l'abusé abuseur. Il est accusé de viol et de contrainte sexuelle sur une jeune de 17 ans ayant, elle aussi, un parcours de vie chaotique. Les faits ont eu lieu dans un foyer. Le verdict est attendu mercredi.
07.12.2021, 16:5007.12.2021, 17:22

Franck* a connu durant son enfance la pire des aliénations en milieu familial: des actes incestueux de la part de son père. Sa nombreuse fratrie a subi le même sort. Aujourd'hui, à 19 ans, mais avec «l'âge mental d'un gosse de dix ans», l'abusé est dans la peau de l'abuseur. Franck est accusé d'avoir violé Silvana*, une jeune femme au parcours de vie tout aussi chaotique, qui partageait le même foyer que lui. Un site qui abrite des jeunes en souffrance.

Proximité affective

Hémiplégique depuis l'enfance, Silvana a perdu sa maman à l'âge de huit ans. Franck et elle s'apprécient, se côtoient. Une fois, la jeune femme s'est même chastement endormie dans les bras de Franck. Mais de par ses facultés cognitives limitées et l'atrocité d'une précocité sexuelle dès l'âge de l'innocence, le jeune homme a une interprétation très sexuée des interactions sociales sympathiques.

Là où tout a basculé

Le 21 août 2020, vers 19h, Franck s'est retrouvé dans la chambre de Silvana. Un câlin. Un flirt. Et il a voulu beaucoup plus. Il a essayé de pénétrer la jeune femme encore vierge. N'y parvenant pas, il a quitté les lieux. Mais les instincts sont restés à vif. Un peu plus tard dans la nuit, entre 00h et 1h du matin, en sortant des WC du foyer, Franck a croisé Silvana. Ils se sont retrouvés, on ne sait trop comment, tous les deux dans la chambre de la jeune femme alors âgée de seize ans. Pénétration vaginale, anale et fellation... Silvana a ressenti «une douleur insoutenable».

Toutefois, elle est demeurée pétrifiée. Seulement voilà: dans l'entendement hyper limité de Franck, «ne pas dire non, c'est dire oui». Quand, enfin, il a entendu et compris le non-consentement de Silvana, le jeune homme s'est arrêté. «Elle ne m'avait pas dit qu'elle ne voulait pas», a-t-il déclaré mardi lors d'une audience au Tribunal du Nord vaudois et de la Broye, siégeant à Yverdon-les-Bains.

Faculté de discernement

Franck, un jeune chétif, lunettes, veste à capuche, est un autiste qui souffre de plusieurs troubles et a des difficultés d'élocution. Il est poursuivi pour contrainte sexuelle, viol et actes d'ordre sexuel sur une personne incapable de discernement. Sa voix quasi inaudible illustre ses problèmes d'élocution et son retard mental. Son avocate a déjà annoncé la couleur dès l'ouverture de l'audience: «Mon client n'est pas en mesure de participer aux débats». D'après l'avocate Tiphanie Chappuis, la faculté de discernement de l'accusé est sujette à question. Le Tribunal passe outre.

En s'adressant au prévenu, le président utilise des mots simples et articule distinctement.

- Vous avez l'impression d'avoir fait quelque chose de mal?
- Oui!
- Pourquoi l'avoir fait?
- Elle ne m'avait pas dit qu'elle ne voulait pas.

Acquittement requis

Avocate de la société, la procureure Valérie de Watteville Subilia a requis l'acquittement du jeune prévenu qui a déjà passé 88 jours de détention avant jugement. «Aucun élément ne prouve l'existence d'un viol ou d'une contrainte sexuelle», a soutenu la procureure. De son point de vue, il n'y a ni violence ni menace et aucune intentionnalité de contrainte.

«La presse est là. Dans le contexte actuel, il faut du courage pour acquitter quelqu'un de viol. Je requiers l'octroi d'une indemnité de 14 700 francs au prévenu pour détention injustifiée»
Valérie de Watteville Subilia procureure

Cette demande d'acquittement a provoqué l'incompréhension de la partie civile. «Ma cliente a 17 ans aujourd'hui. Un an après les faits, elle subit un stress lié à cette affaire qu'elle aimerait oublier. Le parcours de vie de l'accusé est horrible, mais cela ne doit pas inciter le Tribunal à oublier de rendre justice. Ma cliente a eu des lésions au vagin et des hématomes aux tibias. Le prévenu n'est pas bête. Il comprend les choses», a défendu Emmeline Bonnard, l'avocate de Silvana. Elle a réclamé une indemnité pour tort moral de 15 000 francs pour sa cliente, absente des débats.

«Il y a une seule victime dans cette affaire: ma cliente. Le Tribunal ne doit pas se laisser influencer par le Ministère public»
Emmeline Bonnard avocate de la plaignante

Une procédure aux effets dévastateurs

Avocate de l'accusé, Tiphanie Chappuis est revenue sur le parcours de vie particulièrement cabossé de Franck, avant de rappeler que la justice ne punit que «celui qui agit avec conscience et volonté». Or, selon elle, en raison de ses facultés cognitives limitées, Franck «ne pouvait décemment pas comprendre un non en l'absence de signe déchiffrable d'opposition». La défense a également souligné les effets dévastateurs de la procédure sur le cheminement de ce jeune en souffrance et sous curatelle. «Il a été éjecté du foyer, la Direction générale de l'enfance et de la jeunesse (ex SPJ) ne s'est plus occupée de lui et sa détention lui a causé une lourde atteinte», a plaidé Tiphanie Chappuis. Elle a réclamé une indemnité pour tort moral sans la chiffrer.

«Cette histoire, c'est la collision de deux planètes n'ayant pas le même système solaire. Aucune des deux n'est responsable de ce qui s'est produit»
Tiphanie Chappuisavocate de l'accusé

Acquittement ou condamnation? Verdict mercredi à 16h. (apn)
*Prénoms d'emprunt

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