DE | FR
Eric Dupond-Moretti, the lawyer representing Montpellier handball players Nikola and Luka Karabatic, answers questions from journalists as he leaves the courthouse at Montpellier, south France, Tuesday, Oct. 2, 2012. Several players from the Montpellier's handball club have been arrested in alleged connection to an investigation into suspected match-fixing. (AP Photo/Laurent Cipriani)

Eric Dupond-Moretti, dans sa robe d'avocat, en 2012. Image: AP

La justice, vieille compagne, se retourne contre la star Dupond-Moretti

Le célèbre avocat français Eric Dupond-Moretti, surnommé «acquittator», aujourd'hui ministre de la Justice, pourrait être mis en examen le 16 juillet pour prise illégale d'intérêts. Portrait d'un géant peut-être pas si solide que cela.



Eric Dupond-Moretti n’est pas mort, et ce n’est pas une mise en examen, le 16 juillet, pour avoir possiblement confondu ses intérêts avec ceux de l’Etat, qui l’enverrait au tapis. On n’imagine pas cet homme couché. On ne le voit que debout, à jamais sur ses deux pieds, tel l’imposant Balzac statufié par Rodin, même si, il y a tout juste un an, il asseyait sa masse derrière l’un des bureaux les plus prestigieux de la République, celui du ministère de la justice, Place Vendôme, à côté du Ritz, à Paris. Appelé par Emmanuel Macron, le célèbre avocat nordiste, fils d’un ouvrier et d’une femme de ménage, prenait une revanche sociale. La savourait-il?

Gros bouillon dans le Nord

Le voilà menacé d’une inculpation. Prise illégale d’intérêts, dans le jargon pénal. Il est soupçonné d’avoir profité de ses fonctions pour intervenir dans des dossiers dont il avait auparavant la charge en tant qu'avocat. Son ministère a été perquisitionné quinze heures durant le 1er juillet. La justice contre celui qui l'incarne. «Une telle perspective assombrit son avenir politique», écrit le quotidien économique Les Echos. Et si, au lieu de l’affecter, cette perspective le libérait d’une tâche – ministre – et d’un milieu – la politique – où l’ingratitude est bien plus de mise que la satisfaction? Aux dernières élections régionales, la liste qu’il menait dans le Pas-de-Calais pour la majorité présidentielle s’est écrasée dès le premier tour.

Problème: à 60 ans, Eric Dupond-Moretti a déjà grillé pas mal de cartouches. Qu’est-ce qui pourrait bien encore le faire vibrer? Il a comme goûté à tous les plaisirs, matériels et professionnels. Il est apparu au cinéma, il a triomphé sur scène, à Genève comme à Lausanne, début 2020, dans son spectacle «A la barre», où il racontait son expérience d’avocat. Côté cœur, il forme un couple apparemment heureux avec la chanteuse québécoise Isabelle Boulay.

Du Tapie dans le Moretti

Eric Dupond-Moretti n’a jamais acheté des usines pour les revendre, mais sa trajectoire évoque celle de Bernard Tapie, «parti de rien», comme le veulent les légendes, devenu ministre et comédien. Des bouffeurs de vie.

Avant de penser principalement à la sienne, Eric Dupond-Moretti s’est beaucoup préoccupé de celle des autres. Il entame sa carrière d’avocat dans les années 80. Comme pénaliste. En mémoire du grand-père maternel, un immigré italien, «probablement assassiné», son oncle n’ayant jamais pu porter plainte. Très vite, il enchaîne les acquittements, le premier en 1987, d’où son surnom, bien plus tard, la gloire en marche, d’«acquittator».

Outreau, sa première grande victoire

C’est en 2004, au premier procès d’Outreau – un scandale de filière pédophile dans le Pas-de-Calais, dégonflé en appel – que la presse nationale le découvre, admirative. Il n’a pas l’onctuosité des précieux, le vocabulaire compliqué des poseurs. Il est, avec sa voix de stentor, l’humanité en personne. La rugueuse, la solide, l’enracinée. La lettrée, aussi, jamais ostentatoire. Avec lui, tout coule de source.

Si bien que, ce Victor Hugo des prétoires, habile comme un bonimenteur de foire, obtient acquittement sur acquittement. Celui, cette année-là, de «la boulangère d’Outreau», Roselyne Godard, qu’on accusait d’actes ignobles commis avec des baguettes de pain.

Chasse et belle voiture

Sa notoriété faite, Eric Dupond-Moretti quitte le barreau de Lille pour celui de Paris. Ces dix dernières années, il s’est abondamment livré dans des ouvrages co-écrits avec des journalistes, «Bête noire» en 2012, «Ma liberté» en 2019. Il y a chez lui un côté rebelle, quoique pas du tout «gilets jaunes». Ce ministre de la Justice qui apprécie modérément les juges, les trouvant trop peu frottés aux rudesses de l'existence, est attaché au mythe républicain de la méritocratie, dont il pense être l'illustration. On ne l’entend pas pérorer sur les privilèges. Il faut dire qu’il y goûte. Il chasse, boit des alcools fins, roule en voiture chère. L’argent, gagné en défendant des personnes fortunées, il ne l’a pas volé.

Bild

Eric Dupond-Moretti, défenseur de Patrick Balkany. Paris, 13 mai 2019. image: keystone

Cet enfant du peuple devenu un bourgeois ne partage pas des traits seulement avec Tapie. Avec Patrick Balkany aussi, ce client impossible, maire de droite parti en cacahouète, qui s’est enrichi comme on se prémunit du mauvais sort. Il a un un peu en lui de cette clientèle de proscrits, tel Abdelkader Merah, le frère du terroriste islamiste, qu'il défendit et à propos duquel il choquera en affirmant que pour croire en des idées funestes, il n’en a pas moins une mère qui l’aime.

Epaules de billot, visage plissé de baroudeur de bars d’hôtels, Eric Dupond-Moretti a rendez-vous le 16 juillet avec sa fidèle compagne et peut-être à ses yeux désormais cette emmerdeuse, la justice.

Plus d'articles sur la France

En France, le monde de la culture lutte en squattant les théâtres

Link zum Artikel

«Responsabilités accablantes» de la France dans le génocide Rwandais

Link zum Artikel

En France, «dîners de ministres», odeur puante

Link zum Artikel

Ikea va être jugé pour espionnage, en France

Link zum Artikel

La France est entrée dans «une forme de troisième vague»

Link zum Artikel
Montrer tous les articles

L'enquête pour viols visant Patrick Poivre d'Arvor classée sans suite

Le parquet de Nanterre a refermé, ce vendredi, l’enquête visant l'ancien présentateur de TF1, ouverte il y a quatre mois.

L'enquête pour viols visant l'ancien présentateur star du journal télévisé de TF1, Patrick Poivre d'Arvor, a été classée sans suite pour «prescription» ou pour «insuffisance de preuves», a indiqué, ce 25 juin, le parquet de Nanterre.

Quatre mois après l'ouverture de l'enquête, faisant suite au dépôt de plainte de l'écrivaine Florence Porcel, qui accuse le journaliste de 73 ans de lui avoir imposé un rapport sexuel en 2004 et une fellation en 2009, «ces faits (...) ne peuvent caractériser …

Lire l’article
Link zum Artikel