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Suisse: Poggia veut agir face aux escrocs qui utilisent des Airbnb

Les appartements réservés en ligne offrent davantage d'anonymat qu'une chambre d'hôtel.
Les appartements réservés en ligne offrent davantage d'anonymat qu'une chambre d'hôtel.Image: Keystone

Poggia veut agir face aux escrocs qui utilisent des Airbnb suisses

En Suisse, des criminels trouvent refuge dans des logements réservés en ligne, compliquant ainsi le travail de la police. Le Conseil fédéral doit-il intervenir? C'est ce qu'un élu pense.
09.06.2026, 12:0309.06.2026, 12:03
Julian Spörri

Airbnb est une plateforme populaire pour réserver des appartements de vacances. Mais des criminels en profitent également, utilisant ces logements comme refuges.

C'est notamment le cas d'un jeune Français et de sa petite amie. Le couple a escroqué des personnes âgées en Suisse romande, comme CH Media (éditeur de watson) l'a appris de sources policières.

Plusieurs exemples similaires

Ils se faisaient passer au téléphone pour des représentants bancaires auprès de seniors. Ils annonçaient qu'un policier passerait récupérer bijoux et espèces pour les mettre à l'abri de bandes de cambrioleurs. L'homme, en uniforme de policier, venait ensuite collecter les objets de valeur.

Grâce aux images de caméras de surveillance, le jeune Français a pu être identifié puis arrêté. C'est seulement lors de l'interrogatoire que les enquêteurs ont appris que lui et sa petite amie avaient séjourné dans un Airbnb vaudois pendant leur série d'escroqueries. Selon un policier impliqué dans l'affaire, les criminels savent pertinemment qu'ils sont ainsi moins faciles à repérer que dans un hôtel, par exemple.

Il décrit également des cas de cambrioleurs qui se cachaient dans un Airbnb en Romandie pendant qu'une police alémanique les recherchait sous mandat d'arrêt.

Escroqueries, cambriolages, prostitution

Il n'existe pas de chiffres sur la fréquence du phénomène en Suisse. Un sondage auprès de différents corps de police montre toutefois que plusieurs d'entre eux ont connaissance du problème. La police municipale de Zurich indique ainsi que des appartements Airbnb ou d'autres hébergements de courte durée réservés en ligne «ont déjà été utilisés par des délinquants».

Sans donner davantage de précisions, la police cantonale vaudoise confirme que, dans son canton, il s'agit notamment de délits d'escroquerie.

En principe, ce ne sont pas spécifiquement les activités de l'entreprise américaine Airbnb qui sont visées, mais les plateformes de réservation en ligne d'hébergements de courte durée en général. Airbnb est néanmoins le leader du marché.

La police cantonale bernoise a connaissance de cas «isolés» dans lesquels des personnes ayant séjourné dans ce type de logements auraient commis des cambriolages ou enfreint la loi sur les stupéfiants. Plusieurs polices signalent en outre que les logements loués en ligne sont utilisés dans le domaine de la prostitution ou de la traite d'êtres humains. Ce phénomène peut toutefois aussi se produire dans les hôtels classiques.

La police cantonale de Saint-Gall constate ainsi depuis quelques années une nette augmentation de l'utilisation d'appartements Airbnb et de chambres dans des hôtels en libre check-in par le milieu de la prostitution. Typiquement, des femmes originaires d'Europe de l'Est et d'Asie y travaillent pendant quelques semaines ou mois, sans permis de travail.

Une situation qui agite la classe politique

Le problème attire désormais l'attention de la classe politique. Le conseiller aux Etats Mauro Poggia, du Mouvement Citoyens Genevois (MCG), met en garde dans une intervention déposée au printemps contre une possible «faille sécuritaire dans le système national».

L'ancien conseiller d'Etat genevois chargé du département de la sécurité écrit que le contrôle des hébergements loués en ligne, comme les Airbnb est difficile, contrairement à la surveillance bien rodée applicable à l'hôtellerie professionnelle. Il demande au Conseil fédéral de dresser un état des lieux et d'examiner comment les contrôles et les sanctions pourraient être améliorés. Le Conseil des Etats se prononce mardi sur cette demande.

Le conseiller aux Etats Mauro Poggia.
Le conseiller aux Etats Mauro Poggia.Image: Keystone

Le Conseil fédéral, lui, rejette l'intervention. Il estime que les règles existantes sont suffisantes. Il est déjà prévu que quiconque héberge à titre professionnel des hôtes étrangers doit remplir et faire signer une fiche de signalement, qu'il s'agisse d'un hôtel ou d'un appartement Airbnb, et, ce quelle que soit la durée du séjour. Dans la plupart des cantons, ces fiches ne sont pas transmises systématiquement aux autorités, mais conservées par les hôteliers et les propriétaires, la police ne les consultant qu'en cas de besoin.

Une simplification du système est déjà en cours. Le Conseil fédéral est en train de créer les bases légales pour permettre que cette déclaration puisse désormais également être effectuée par voie numérique. L'initiative vient d'une motion de la conseillère aux Etats lucernoise du Centre Andrea Gmür-Schönenberger, qui réclamait la fin du «chaos des fiches de signalement».

Andrea Gmür-Schönenberger.
Andrea Gmür-Schönenberger.Image: Keystone

Ce qui complique la tâche de la police avec les Airbnb

Les propriétaires Airbnb respectent-ils les règles en vigueur? La situation est difficile à évaluer pour les autorités. Les contrôles reposent largement sur des dénonciations de voisins ou des enquêtes ponctuelles, explique un porte-parole du Département genevois de la sécurité. Il apparaît que les données disponibles sont parfois inexactes.

Le problème est que, contrairement aux hôtels dotés d'une réception, il n'est généralement pas vérifié de manière fiable qui séjourne effectivement dans un logement réservé en ligne. En cas d'utilisation criminelle, la réservation n'est souvent pas effectuée par l'utilisateur réel, mais par des tiers ou sous de fausses identités, indique la police cantonale bernoise.

Les vérifications sont parfois très fastidieuses. Il arrive que le ministère public doive demander aux plateformes de réservation, souvent basées à l'étranger, de communiquer des coordonnées bancaires et des données de cartes de crédit.

La police lucernoise, en revanche, ne connaît aucun établissement Airbnb qui aurait été dénoncé pour violation de l'obligation de déclaration. Elle ne dispose «d'aucune donnée concrète» non plus sur l'utilisation de tels hébergements à des fins criminelles. Un son de cloche similaire se fait entendre depuis Bâle.

L'ampleur réelle du problème devrait désormais être clarifiée par le Conseil fédéral, conformément aux vœux du conseiller aux Etats Mauro Poggia.

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