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L'affaire qui a fait murmurer le Valais pendant dix ans

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Cette affaire a fait murmurer le Valais: «Du sang va couler»

Valmir* a comparu devant le tribunal cantonal valaisan dans une affaire digne d’un film policier. Alors qu’il clame son innocence depuis dix ans, la procureure assure qu'il est coupable.
18.05.2026, 19:0218.05.2026, 19:02

Pendant dix ans, les éléments de cette affaire ont fait bruisser le Valais central de soupçons et de rumeurs. Certains enquêtaient au pied de leurs immeubles où les trafiquants dérangeaient leurs soirées. Ils évoquaient de la coke livrée dans des volumes considérables dans des carrosseries et des garages de la banlieue de Sion, appartenant à des ressortissants des Balkans.

D’autres évoquaient des soirées avec prostituées et cocaïne auxquelles auraient participé quelques huiles du canton et estimaient que si l’affaire n’aboutissait pas, c’est que «tout le monde était mouillé: flics, politiciens et hommes d’affaires». D’autres encore évoquaient une organisation criminelle.

Dans la salle boisée du Tribunal cantonal, onze ans après les faits, les rumeurs trouvent en partie, mais en partie seulement, leur confirmation. «Cette affaire s’étale sur dix ans, une temporalité hors norme pour une instruction tentaculaire et des actes de surveillance massive», relate l’avocat de la défense.

«Pendant des années, sur fond de trafic international de stupéfiants, l’instruction a essayé de relier les trafiquants à une organisation criminelle»
Avocat de la défense

Sans succès. De source sûre, nous savons que l’enquête a permis d’exclure cette possibilité.

Valmir* est ce lundi 18 mai 2026 sur le banc des accusés pour la seconde fois. Il a fait appel de son premier jugement parce que «nous avons vraiment le sentiment qu’il y a une injustice», clame son avocat qui le défend depuis plus de dix ans. L’homme est accusé de diverses infractions graves, notamment d'un cambriolage.

«Un bandit de grand chemin»

Ce dernier a eu lieu un soir de mai 2015. Erion*, un homme originaire des Balkans, séjournait illégalement entre la Riviera et le Valais, depuis quelques mois. Le 30 avril, il était occupé à une soirée poker avec un compatriote. Tant la procureur que l’avocat de la défense décrivent cet homme comme un criminel aguerri, un «bandit de grand chemin», même. N’ayant plus d’argent au terme de la partie, les deux hommes décident de se rendre au garage de Valmir* à Sion pour qu’il leur prête de l’argent.

Valmir* n’aurait pas pu leur fournir ces fonds, mais les aurait alors orientés sur un vieil homme détenant un coffre-fort, à Crans-Montana.

Le projet était de le cambrioler pendant qu’il mangeait avec des amis, comme il le faisait tous les midis, selon les indications qui auraient été fournies par Valmir*. Ce dernier aurait conduit les deux cambrioleurs jusqu’à Crans-Montana et les aurait attendus pendant qu’ils passaient à l’acte. Malheureusement, quand ils sonnent à sa porte, l’homme est en fait dans son appartement et leur répond. Le cambriolage tourne alors très mal.

Ils immobilisent le vieil homme avec des liens en plastique, le bâillonnent, descellent le coffre et repartent en plaine. La victime est retrouvée agonisante sur le sol de sa salle de bain, le 6 mai 2015, soit plusieurs jours après l’agression. La procureure souligne:

«Je pense que Valmir* est sincèrement horrifié de ce qui est arrivé à ce monsieur et je reste persuadée qu’il lui est impossible d’admettre qu’il ait quoi que ce soit à voir avec ces événements»

Interrogé par la présidente du tribunal, l’accusé répond d’ailleurs, comme il le fait depuis dix ans, qu’il n’a «rien à voir avec ça».

Un mandat d’arrêt international

Erion* est identifié par son profil génétique sur les lieux du brigandage. La police lance un mandat d’arrêt international à son encontre et il est arrêté à la frontière entre le Kosovo et l’Albanie, puis incarcéré à Sion. Son complice, celui de la soirée poker, n’a jamais été retrouvé.

Selon la procureure, ce cambriolage qui tourne mal aurait entrainé Valmir* à commettre plusieurs infractions destinées à dissimuler ce premier événement tragique. «Il a tenté de se fabriquer des alibis, de faire disparaître des preuves, de s’acoquiner avec un policier ripou», liste-t-elle. Et il aurait conservé l’entier du butin, selon les déclarations d’Erion*.

L’instruction a observé des rentrées d’argent inexpliquées dans son entreprise peu après le brigandage et des faux réalisés par le comptable de l’entreprise. En audience, l’avocat de la défense a tenté d’avancer que les garagistes utilisent encore beaucoup le cash, même de nos jours. «La présence de certains montants dans sa comptabilité ne permet pas de déduire qu’ils sont issus du brigandage», a-t-il estimé.

Mais l’affaire ne s’arrête pas là, elle se corse dans un scénario digne des meilleurs films policiers. Valmir* était en relation avec plusieurs trafiquants de drogue des Balkans et notamment «un très gros trafiquant condamné à 50 mois de prison», a souligné la procureure. Il s’agissait de relations amicales, mais aussi des personnes qui fournissaient de la cocaïne lors des soirées organisées dans un chalet luxueux de Crans-Montana, les fameuses soirées avec des prostituées.

«Je n’ai jamais dit à qui que ce soit d’amener quoi que ce soit»
Valmir* à la présidente du tribunal

Et un policier «ripou»

Ce très gros trafiquant et ancien stagiaire de Valmir*, Aron*, est présenté par la procureure comme un «repenti» pendant son réquisitoire. «Il disait avoir très mal vécu que lui soit allé en prison, mais que Valmir* ne purge aucune peine», a-t-elle relaté. En décembre 2018, alors que l’homme est poursuivi pour trafic de coke, il se met à table. Il révèle qu’un policier de la section stupéfiants de la police cantonale valaisanne donnait des renseignements à Valmir* et à l’un de ses amis, Rinor*.

Le repenti raconte encore que le policier participait aux soirées libertines organisées par les accusés. Il donne son adresse et une description de l’homme d’origine espagnole. Ces déclarations ont été partiellement corroborées par plusieurs témoins et le policier a été condamné. Selon nos recherches, l’homme était proche des milieux du football régional.

«Nous n’avons pas réussi à retracer tous les contacts entre le policier et les criminels, ni leur fréquence et leur intensité», explique la procureure. Elle tient néanmoins pour établi que le premier contact a eu lieu par hasard, en 2007. C’est en 2016 qu’une nouvelle rencontre a pu être établie entre Rinor* et le policier. Le trafiquant revient plusieurs fois à la charge, demandant des informations sur l’instruction concernant Valmir*.

Finalement, en 2016, acculé par des dettes de jeu, le policier parque sa voiture loin du lieu de travail de Rinor* et se rend à pied jusqu’à sa carrosserie. Il propose un rendez-vous un autre jour, à Martigny, et avertit qu’il attend d’être payé. Au moment de quitter les lieux, il aurait été suivi par le frère de Rinor* afin de relever le numéro de plaque de son véhicule et de connaître ainsi son adresse.

«Il y a du sang qui coule dans le Rhône»

Le soir même, Rinor*, Valmir* et un troisième larron se sont rendus à la villa du policier et ont sonné à sa porte. Furieux, il est parti avec eux sur un parking. Quand il a demandé à être payé, les criminels lui auraient répondu:

«On en a vu d’autres, il y a du sang qui va couler, il y a du sang qui coule dans le Rhône»

Ils l’auraient alors emmené en voiture et menacé jusqu’à ce qu’il donne des informations d’ordre général sur les techniques d’enquête, les informent de diverses surveillances en cours et de l’arrestation imminente de Valmir*. Dans une lettre retrouvée au domicile du policier par les enquêteurs, le ripou révélait aux trafiquants que le repenti avait parlé et qu’il fallait le décrédibiliser. Les trois hommes ont reconnu, au cours de la procédure, avoir été en contact.

Devant le tribunal, Valmir * a affirmé que le policier ne lui a jamais donné d’informations et qu’en plus, il ne savait même pas qu’il s’agissait d’un policier. «Pendant dix ans d’enquête, il a tenu sa position d’innocent et cette absence d’aveux peut interpeller», note la procureure au terme d’un réquisitoire d’une heure et demie.

«Soit il a le cran d’un caïd, soit il protège plusieurs impliqués, soit il a peur d’un retour à la case prison, soit il ne peut accepter ce qu’il a fait, soit enfin il est innocent. Or, les indices s’imbriquent à la manière d’un puzzle et démontrent qu’il est coupable».

«Aucun témoin n’a pu mettre mon client en cause»

La défense a, elle, pris la parole pendant une heure et quarante-cinq minutes.

«Le tribunal a fondé sa conviction sur des probabilités et des indices qui ne convergent pas (…) L’accusation est basée sur le témoignage d’Erion* en ce qui concerne le cambriolage. Or, cet homme n’a cessé de varier, il a même accusé un innocent. Plus on lit ses témoignages, moins l’on sait ce qu’il s’est passé. Quant aux preuves matérielles, quatre CD roms d’écoutes téléphoniques se déroulant sur plusieurs mois n’ont rien révélé. Les multiples perquisitions non plus. Aucun témoin n’a pu mettre mon client en cause».

L’accusation demande la même condamnation qu’en première instance, soit vingt mois de prison et trois ans de sursis pour omission de prêter secours, vol, violation de domicile, instigation à faux dans les titres, instigation à violation du secret de fonction et violation de la loi sur les stupéfiants. La défense réclame un dédommagement pour la détention provisoire de 223 jours et pour le dommage économique lié. Le jugement sera rendu ultérieurement, par écrit.

*prénom d'emprunt

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