«On lui connaissait des petits problèmes»: dans le village du tireur jurassien
«Sa mère venait le voir en fin de semaine, elle lui faisait peut-être la lessive, je ne l'ai jamais vu à la buanderie», raconte Suzanne, ce jeudi matin, à Montsevelier, dans le canton du Jura. Cette enseignante à la retraite a découvert «hier à cinq heures de l'après-midi» les scellés posés sur la porte d’entrée de J.G., l’auteur présumé de la tuerie d’Aarau, qui a fait un mort et six blessés dans la nuit de samedi à dimanche lors d’une rave-party.
Suzanne habite l’appartement situé au-dessus de celui du suspect, dans une ancienne maison haute d’un étage sous combles, retapée et comprenant trois logements. Celui du rez-de-chaussée, avec ses grandes vitrines, où habitait J.G., était autrefois un magasin.
Suzanne n’a «jamais trop osé parler à son voisin, il était un peu renfermé».
«On lui connaissait des petits problèmes», ajoute-t-elle. «Il fumait sa cigarette devant sa porte, puis il rentrait.»
«Terre Sainte»
Cet homme de 43 ans, un «noiraud avec de longs cheveux», selon Suzanne, est une énigme, pour ne pas dire un parfait inconnu pour les 450 habitants de Montsevelier. Située à 18 kilomètres du chef-lieu jurassien Delémont, la commune marque la fin du Val Terbi, au pied du col de Scheulte, avec le Passwang en enfilade, qui ouvre sur le canton de Soleure. La région porte aussi le nom de «Terre Sainte», en souvenir des prêtres qui y trouvèrent refuge sous la Terreur révolutionnaire française.
Décrit comme un homme de «taille moyenne et de corpulence normale», J.G habitait Montsevelier depuis un an, peut-être un peu plus. Abordé par watson, le propriétaire du logement du suspect ne souhaite faire aucun commentaire.
Une autre voisine le voyait aussi «fumer sa cigarette», «le matin», précise-t-elle.
Cette voisine croit savoir: «Il a une sœur et ses parents habitent aussi la Val Terbi.»
D’après les témoignages recueillis, sa mère aurait voulu «le rendre plus indépendant», ce qui expliquerait sa domiciliation, récente, à Montsevelier. Un homme du village a entendu dire, mais il n’en est pas certain, que J.G. exerçait la profession d’infirmier. Les autres personnes interrogées ignorent s’il avait ou non une profession. Et nul dans le village ne le savait apparemment passionné par les armes. On ne l’avait jamais vu portant un fusil et encore moins la kalachnikov qui a tué à Aarau.
Marie, une femme du village d’une cinquantaine d’années, assistante sociale à l’hôpital de Delémont, promène son chien, un border collie. On la croise dans le cimetière, au pied de l’église. «Ça m’a fait bizarre quand j’ai vu tard hier soir sur le site de la RTS qu’il était du village», confie-t-elle à propos du suspect.
Hubert, un agriculteur à bord d’un SUV tractant une citerne, s’arrête et baisse la vitre de sa voiture. «Je viens d’apprendre la nouvelle à la laiterie, ça m’a choqué.» La laiterie est un camion venant récolter avec une pompe le lait des paysans de Montsevelier. Hubert a livré les 500 litres actuellement produits par ses quinze vaches, dont le rendement a diminué à cause de la sécheresse.
La Chèvre, le nom du ruisseau coulant derrière la maison où logeait le suspect, est à sec. Dans le cul-de-sac du Val Terbi, niché dans un beau paysage accidenté au terme d’une longue plaine, Montsevelier est ce qu’on appelle un endroit calme, où, s'il ne se passe pas grand-chose, il fait visiblement bon vivre. L’usine Zumbach, qui comptait une centaine d’employés et qui fabriquait des machines pour l’horlogerie, a fermé ses portes à la fin des années 1990.
Ce jeudi matin, le «Dépanneur», qui fait office de café et d’épicerie, bruisse des commentaires de villageois retraités assis de part et d’autre de l’unique table. Ces hommes et ces femmes se félicitent dans un rire de soulagement un peu nerveux que cet homme de 43 ans qu’ils connaissaient si peu n’ait pas eu la sordide idée de passer à l’action lors de la fête du village, le 22 juin dernier, veille de la date anniversaire du combat autonomiste jurassien.
