Deux visions s’affrontent pour sauver l'argent des retraites suisses
La volonté d'assurer le financement à long terme des rentes AVS n'a pas encore été concrétisée. Pourtant, des solutions toutes prêtes étaient récemment sur la table. La réforme «Prévoyance vieillesse 2020» prévoyait par exemple un mécanisme de stabilisation en cas de sous-couverture du fonds AVS. De leur côté, les Jeunes libéraux-radicaux ont également proposé, dans le cadre de leur initiative sur les retraites, de lier l’âge de la retraite à l’espérance de vie afin d’éviter l’apparition de déficits.
Jusqu’à présent, cette approche visant à garantir le financement à long terme n’a toutefois pas trouvé de majorité. Les électeurs l’ont rejetée à plusieurs reprises.
Les responsables de la politique sociale du Conseil des Etats tentent désormais une nouvelle approche. Lorsque la Chambre haute se prononcera, jeudi, sur le financement de la 13ᵉ rente AVS, le centre-gauche entend également assurer la pérennité de l’AVS à long terme. Le mécanisme proposé est le suivant: dès que le fonds de compensation de l’AVS passe en dessous de 80% des dépenses annuelles consacrées aux rentes, le Conseil fédéral est tenu d’augmenter les cotisations salariales. La proposition actuelle prévoit une hausse maximale de 0,3%.
Ces mesures s'ajouteraient à l'augmentation de 0,4% de la TVA et à celle de 0,3% des cotisations salariales, déjà prévues pour financer la 13ᵉ rente AVS.
Le fonds AVS sous pression
Il s’agit d’un mécanisme de sécurité, comme l’explique Erich Ettlin, conseiller aux Etats du Centre:
Les derniers chiffres de la Confédération le confirment: en 2030, environ 63 milliards de francs devraient être versés au titre des rentes AVS, tandis que le fonds de compensation ne disposerait plus que d’environ 56 milliards. En règle générale, la situation est considérée comme stable lorsque le fonds de compensation couvre l’équivalent d’une année de dépenses pour les rentes AVS.
D’ici 2035, avec le vieillissement de la société et les baby-boomers, les dépenses consacrées aux rentes s’élèveront à près de 71 milliards de francs, tandis que le fonds fondra à 43 milliards de francs. Ce déficit ne pourra être compensé qu’au prix de dépenses nettement plus élevées. A partir de 2040, il ne restera plus que 26 milliards dans les caisses, alors que les rentes versées s’élèveront à près de 75 milliards de francs. Compte tenu de cette évolution rapide, il faut éviter un découvert du fonds, met en garde Ettlin.
Une manoeuvre cachée?
Il s’agit aussi d’une pique adressée aux partis bourgeois, qui combattent vigoureusement la proposition de financement du centre-gauche. «Une hausse des cotisations salariales constitue une ligne rouge pour le PLR», affirme Damian Müller, conseiller aux Etats libéral-radical. «Il est faux de faire porter l’essentiel du financement de l’extension des rentes sur les actifs.» Selon lui, le nouvel automatisme n’est pas une nécessité, mais plutôt une manœuvre du Centre visant à augmenter les rentes pour les couples mariés — en les finançant par une hausse des cotisations salariales.
Le PLR et l’UDC rejettent en principe tout financement additionnel. Ils se sont toutefois entendus sur un compromis avec les Vert'libéraux: relever temporairement la TVA de 0,7%.
Objectif affiché: faire échouer le compromis du centre-gauche et ouvrir la voie à une réforme structurelle, incluant notamment un relèvement de l’âge de la retraite.
Un risque demeure dans les deux cas: que le peuple finisse par dire non. (trad.: mrs)
