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Genève: un rapport accable la caisse des prêts sur gages

Caisse publique de prêts sur gages. Genève.
Caisse publique de prêts sur gages. Genève. image: capture

Un rapport accablant épingle ce service public genevois

La Cour des comptes du canton de Genève rendait public mardi un rapport accablant sur la gestion de la Caisse publique des prêts sur gages. L'une de ses responsables se retourne contre la chaîne Léman Bleu.
31.03.2026, 16:0231.03.2026, 16:51

Alertée courant 2025 sur de présumés dysfonctionnements financiers au sein de la Caisse publique de prêts sur gages (CPPG), la Cour des comptes du canton de Genève a rendu, ce mardi après-midi, un avis d’ensemble pour le moins critique sur cette institution autonome de droit public placée sous la tutelle du Conseil d’Etat.

En cause: le versement d’indemnités et le remboursement de frais à des collaborateurs de la CPPG, ainsi qu’à des membres de son conseil d’administration. En octobre dernier, la chaîne genevoise Léman Bleu avait révélé l’existence d’un contrôle effectué par la Cour des comptes à la suite d’une alerte venant visiblement de l’interne.

Deux noms connus des Genevois ressortaient alors des révélations de la chaîne privée: celui de la présidente du conseil d’administration de la CPPG, la socialiste Lorella Bertani, et celui de l’administratrice déléguée, l’ex-verte et candidate en 2023 au Conseil national Lynn Bertholet.

Dans le rapport de la Cour des comptes rendu public ce mardi au terme d’un «examen sommaire», il est écrit que la première et la seconde ont reçu en 2025 «deux indemnités extraordinaires, de 15 000 francs chacune».

Problème, relève le gendarme cantonal des comptes publics:

«LaCPPG ne s’est pas adaptée à une importante modification législative en 2018, ce qui a notamment conduit au versement, en 2024, d’indemnités qui n’auraient certainement pas dû être payées»
La Cour des comptes genevoise

Ce qui a changé

«Depuis le 1er mai 2018, rappelle la Cour des comptes, la gouvernance des institutions de droit public ainsi que les principes et modalités de rémunération des membres des Conseils d’administration ont été harmonisés, réduisant, voire supprimant l’autonomie desdites institutions sur ces questions. Ainsi, les deux modifications principales concernant la CPPG sont:

  • la suppression du bureau du conseil d’administration;
  • la suppression de la compétence du Conseil d’administration de fixer la rémunération de ses membres, pour la déléguer au Conseil d’Etat.

Or, ajoute la Cour des comptes, et c’est là que le bât blesse, comprend-on:

«Malgré ces changements de loi, la CPPG a pérennisé ses pratiques et le bureau a continué de siéger»
La Cour des comptes du canton de Genève

«Non conformes»

La Cour dresse une liste d’indemnités «non conformes». Les voici, reproduits textuellement:

  • Des indemnités versées pour des séances du bureau, organe qui n’a plus lieu d’être (total pour 2024: 4800 francs).
  • Des indemnités versées pour la rédaction de procès-verbaux (total pour 2024: 2700 francs).
  • Des indemnités pour le contrôle des gages (total pour 2024: 1600 francs).
  • Deux indemnités extraordinaires, de 15 000 francs chacune, à la présidente du Conseil d’administration et à l’administratrice déléguée.
  • Des indemnités pour des «séances», du fait d’une interprétation extensive de la notion de «séance» visées dans les nouvelles dispositions réglementaires, considérant comme tels des entretiens d’embauche, des réunions de chantier et même des entretiens avec la Cour des comptes (total pour 2024: 4200 francs et 17 000 francs en 2025).

La Cour des comptes note encore: «Les frais remboursés sont en croissance depuis 2019, à titre d’exemple les frais de bouche et de déplacement passent de 574 francs pour cette année, à 7607 francs en 2024.»

«Des liens d’intérêts connus mais pas gérés»

La Cour constate par ailleurs que des «liens d’intérêts (réd: relatifs à des embauches de proches) sont connus mais ne sont pas gérés». Elle déplore aussi «une tenue et un contrôle lacunaires de l’inventaire des objets mis en gage et que l’outil informatique n’est pas en mesure d’en établir un».

Dans ses recommandations au Département des finances, la tutelle directe du CPPG, la Cour des comptes propose, entre autres: de revoir la gouvernance de la CPPG et la politique de rémunération des administrateurs pour les rendre conformes aux dispositions légales et réglementaires pertinentes et d’étudier la possibilité de demander le remboursement des indemnités versées.

Joint par watson, l’administratrice déléguée Lynn Bertholet, mise en cause avec Lorella Bertani (ex-présidente de la Fondation du Grand Théâtre et de la Fondation d’art dramatique en difficulté dans la crise actuelle de la Comédie de Genève), se défend de tout manquement.

«Mme Bertani et moi contestons l’examen sommaire de la Cour des comptes, qui n’est autre qu’une exécution sommaire dirigée contre nos personnes»
Lynn Bertholet

Lynn Bertholet poursuit:

«Les soupçons que cet examen sommaire fait peser sur nous sont totalement infondés. Lorsque, en 2018, le changement de gouvernance du CPPG a été opéré, il n’a pas été préciser au conseil d’administration alors en poste que le versement des indemnités et le remboursement des frais ne relevait plus de sa compétence. Si bien que la pratique jusqu’alors en place s’est maintenue.»
Lynn Bertholet

Et les indemnités extraordianires?

Quant aux indemnités extraordinaires de 15 000 francs chacune versées en 2025 à la présidente du conseil d’administration et à l’administratrice déléguée, «elles font suite à une surcharge de travail tout à fait réelle en 2024, consécutive à d’importantes difficultés rencontrées dans la gestion du licenciement du directeur du CPPG à l’époque.»

Lynn Bertholet tient à rappeler que «la CPPG emploie cinq collaborateurs seulement et que l’argent qu’elle gère n’est pas de l’argent public mais généré par ses activités de prêt sur gages».

Affaire dans l’affaire, watson a appris le dépôt d’une réclamation de Lorella Bertani auprès de l'organe de médiation de la SSR, la télévision et radio publique suisse. Cette démarche fait suite à un sujet télé de la chaîne Léman Bleu du 5 février, ainsi qu’à un article publié le même jour sur son site en rapport avec les reproches adressés à la CPPG et en particulier à sa présidente du conseil d’administration et son administratrice déléguée.

Lorella Bertani.
Lorella Bertani. image: capture

Dans sa réclamation d’une douzaine de pages dont watson a obtenu copie, la «Réclamante» (Lorella Bertani), par la voix de son avocat, Me Jamil Soussi, en conclut que:

«De manière générale, le ton des émissions (sujet télé + article) trahit un parti pris hostile, incompatible avec l’exigence de fidélité et d’objectivité imposée par la LRTV (la Loi fédérale sur la radio et la télévision, à laquelle est soumise Léman bleu qui reçoit une part de la redevance audiovisuelle), construisant, au détriment de la Réclamante, un récit de corruption et de favoritisme systémiques en présupposant la culpabilité de l’institution (la CPPG) et de ses dirigeantes.»
Extrait de la réclamation adressée à l'organe de médiation de la SSR

«Manœuvre d'intimidation»

Joint par watson, l’avocat de Lorella Bertani, Me Jamil Soussi, déclare:

«Ma mandante n’a aucunement l’intention de museler les médias, bien au contraire. Les journalistes sont toutefois soumis à des règles déontologiques, au nombre desquelles figure l’obligation de relater des faits exacts, ce qui n’est pas le cas en l’espèce. En outre, dans les publications litigieuses, Léman bleu a manifestement opéré une confusion entre contenu informatif et jugement de valeur.»
Me Jamil Soussi, avocat de Lorella Bertani

Egalement contacté par nos soins, Jérémy Seydoux, le rédacteur en chef de Léman bleu, l’une des personnes mises en cause par Lorella Bertani, réagit à la réclamation introduite auprès de l’organe de médiation de la SSR:

«Ce n'est ni la première, ni la dernière tentative de la sorte. Mais Léman Bleu n'a pas l'habitude de se laisser intimider et poursuit sereinement son travail d'information et d'enquête au service des Genevois»
Jérémy Seydoux, rédacteur en chef de Léman Bleu
Jérémy Seydoux, rédacteur en chef de Léman Bleu.
Jérémy Seydoux, rédacteur en chef de Léman Bleu.image: capture

L’avocat de Léman Bleu, Me Charles Poncet, déclare, à propos de cette réclamation:

«C’est une scandaleuse manœuvre d’intimidation. C’est typique de l’arrogance d’une certaine gauche qui se croit intouchable et au-dessus des lois. Et maintenant que ces dames sont prises avec la main dans le pot de confiture, elles imaginent de dénoncer Léman Bleu. C’est honteux et c’est une triste fin de carrière pour Lorella Bertani, qui a jadis été une bonne avocate. Dans la plainte, il est reproché à Jérémy Seydoux sa tenue, c’est grotesque!»
Me Charles Poncet, avocat de Léman Bleu
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