Un rapport accablant épingle ce service public genevois
Alertée courant 2025 sur de présumés dysfonctionnements financiers au sein de la Caisse publique de prêts sur gages (CPPG), la Cour des comptes du canton de Genève a rendu, ce mardi après-midi, un avis d’ensemble pour le moins critique sur cette institution autonome de droit public placée sous la tutelle du Conseil d’Etat.
En cause: le versement d’indemnités et le remboursement de frais à des collaborateurs de la CPPG, ainsi qu’à des membres de son conseil d’administration. En octobre dernier, la chaîne genevoise Léman Bleu avait révélé l’existence d’un contrôle effectué par la Cour des comptes à la suite d’une alerte venant visiblement de l’interne.
Deux noms connus des Genevois ressortaient alors des révélations de la chaîne privée: celui de la présidente du conseil d’administration de la CPPG, la socialiste Lorella Bertani, et celui de l’administratrice déléguée, l’ex-verte et candidate en 2023 au Conseil national Lynn Bertholet.
Dans le rapport de la Cour des comptes rendu public ce mardi au terme d’un «examen sommaire», il est écrit que la première et la seconde ont reçu en 2025 «deux indemnités extraordinaires, de 15 000 francs chacune».
Problème, relève le gendarme cantonal des comptes publics:
Ce qui a changé
«Depuis le 1er mai 2018, rappelle la Cour des comptes, la gouvernance des institutions de droit public ainsi que les principes et modalités de rémunération des membres des Conseils d’administration ont été harmonisés, réduisant, voire supprimant l’autonomie desdites institutions sur ces questions. Ainsi, les deux modifications principales concernant la CPPG sont:
- la suppression du bureau du conseil d’administration;
- la suppression de la compétence du Conseil d’administration de fixer la rémunération de ses membres, pour la déléguer au Conseil d’Etat.
Or, ajoute la Cour des comptes, et c’est là que le bât blesse, comprend-on:
«Non conformes»
La Cour dresse une liste d’indemnités «non conformes». Les voici, reproduits textuellement:
- Des indemnités versées pour des séances du bureau, organe qui n’a plus lieu d’être (total pour 2024: 4800 francs).
- Des indemnités versées pour la rédaction de procès-verbaux (total pour 2024: 2700 francs).
- Des indemnités pour le contrôle des gages (total pour 2024: 1600 francs).
- Deux indemnités extraordinaires, de 15 000 francs chacune, à la présidente du Conseil d’administration et à l’administratrice déléguée.
- Des indemnités pour des «séances», du fait d’une interprétation extensive de la notion de «séance» visées dans les nouvelles dispositions réglementaires, considérant comme tels des entretiens d’embauche, des réunions de chantier et même des entretiens avec la Cour des comptes (total pour 2024: 4200 francs et 17 000 francs en 2025).
La Cour des comptes note encore: «Les frais remboursés sont en croissance depuis 2019, à titre d’exemple les frais de bouche et de déplacement passent de 574 francs pour cette année, à 7607 francs en 2024.»
«Des liens d’intérêts connus mais pas gérés»
La Cour constate par ailleurs que des «liens d’intérêts (réd: relatifs à des embauches de proches) sont connus mais ne sont pas gérés». Elle déplore aussi «une tenue et un contrôle lacunaires de l’inventaire des objets mis en gage et que l’outil informatique n’est pas en mesure d’en établir un».
Dans ses recommandations au Département des finances, la tutelle directe du CPPG, la Cour des comptes propose, entre autres: de revoir la gouvernance de la CPPG et la politique de rémunération des administrateurs pour les rendre conformes aux dispositions légales et réglementaires pertinentes et d’étudier la possibilité de demander le remboursement des indemnités versées.
Joint par watson, l’administratrice déléguée Lynn Bertholet, mise en cause avec Lorella Bertani (ex-présidente de la Fondation du Grand Théâtre et de la Fondation d’art dramatique en difficulté dans la crise actuelle de la Comédie de Genève), se défend de tout manquement.
Lynn Bertholet poursuit:
Et les indemnités extraordianires?
Quant aux indemnités extraordinaires de 15 000 francs chacune versées en 2025 à la présidente du conseil d’administration et à l’administratrice déléguée, «elles font suite à une surcharge de travail tout à fait réelle en 2024, consécutive à d’importantes difficultés rencontrées dans la gestion du licenciement du directeur du CPPG à l’époque.»
Lynn Bertholet tient à rappeler que «la CPPG emploie cinq collaborateurs seulement et que l’argent qu’elle gère n’est pas de l’argent public mais généré par ses activités de prêt sur gages».
Affaire dans l’affaire, watson a appris le dépôt d’une réclamation de Lorella Bertani auprès de l'organe de médiation de la SSR, la télévision et radio publique suisse. Cette démarche fait suite à un sujet télé de la chaîne Léman Bleu du 5 février, ainsi qu’à un article publié le même jour sur son site en rapport avec les reproches adressés à la CPPG et en particulier à sa présidente du conseil d’administration et son administratrice déléguée.
Dans sa réclamation d’une douzaine de pages dont watson a obtenu copie, la «Réclamante» (Lorella Bertani), par la voix de son avocat, Me Jamil Soussi, en conclut que:
«Manœuvre d'intimidation»
Joint par watson, l’avocat de Lorella Bertani, Me Jamil Soussi, déclare:
Egalement contacté par nos soins, Jérémy Seydoux, le rédacteur en chef de Léman bleu, l’une des personnes mises en cause par Lorella Bertani, réagit à la réclamation introduite auprès de l’organe de médiation de la SSR:
L’avocat de Léman Bleu, Me Charles Poncet, déclare, à propos de cette réclamation:
