Pourquoi la stratégie de l'UDC est la plus payante à droite
A un an et demi des prochaines élections fédérales, le premier parti de Suisse est en forme éclatante. L'Union démocratique du centre (UDC) multiplie les succès dans les parlements cantonaux. Dernier exemple en date, fin mars, à Berne, où il a progressé de 3,5% et mène la danse à plus de 19% des voix.
Le parti national-conservateur n'a jamais passé la barre des 30% aux élections fédérales. La voie est-elle ouverte pour celles de 2027? On en discute avec Pascal Sciarini, professeur de sciences politique à l'Université de Genève.
A Berne, l'UDC a fait un carton. Ce fut aussi le cas dans plusieurs élections cantonales ces dernières années, comme en Argovie ou à Soleure. Ce parti a-t-il la cote?
Le phénomène n'est pas nouveau et il est cyclique: les élections cantonales qui suivent les fédérales voient les mêmes tendances se dessiner dans les cantons qu'au niveau national. En 2023, l'UDC a fait son deuxième meilleur score, à 27,9%, et la tendance se poursuit désormais dans les cantons, où il a progressé dans quasiment tous les parlements cantonaux. D'ailleurs, ce n'est pas le seul parti à subir cette tendance. Regardez les Verts: après leur bon score national en 2019, ils ont progressé dans les cantons jusqu'en 2022. Le vent a ensuite tourné pour eux.
L'UDC pourrait-elle passer la barre des 30% aux prochaines élections fédérales?
Il reste encore un an et demi avant que les citoyens soient appelés aux urnes. On verra si le parti continue de progresser. Dans les parlements cantonaux, il a atteint son pic d'élus en 2016, après son meilleur score aux élections fédérales de 2015, où il était à 29,4%.
Mais si la tendance actuelle se poursuit, oui, il pourrait dépasser les 30% en 2027. Il faut noter qu'en 2019, son moins bon score était surtout dû à une moindre mobilisation de son électorat.
Quels sont les points forts de ce parti?
L'UDC peut compter une base électorale fidèle et les gens qui ont voté pour lui à une élection tendent à le soutenir à nouveau à la suivante. C'est un parti qui mobilise généralement bien, notamment via ses thèmes de campagne et sa visibilité. On va encore beaucoup parler de l'UDC cette année avec son initiative «Pas de Suisse à 10 millions» sur laquelle nous voterons en juin, puis son rôle dans les discussions sur les Bilatérales III. Cela lui donnera un avantage pour les élections de 2027, à moins qu'un thème moins favorable pour eux se profile sur l'agenda politique, comme ce fut le cas avec le climat en 2019.
A Berne, l'UDC semble avoir siphonné les voix du PLR et du Centre. Cette tendance va-t-elle se poursuivre?
S'il doit «voler» des voix, cela se fera au détriment des partis les plus proches idéologiquement. Le PLR d'abord, puis le Centre et plus marginalement les Vert'libéraux.
Notemment en matière d'immigration, de sécurité ou d'intégration européenne.
La stratégie du Centre de viser des électeurs moins conservateurs et plus urbains, est-elle en train de se retourner contre lui?
Ce qui est compliqué avec les partis de droite modérée, c'est que leur frange la plus conservatrice à tendance à lorgner sur l'UDC. Et les solutions à ce problème ont du mal à fonctionner. Le PLR a tenté de muscler son discours sur l'immigration durant la présidence de Thierry Burkart et a perdu des voix, car on préfère toujours l'original à la copie. Il n'y a pas de stratégie facile pour ces partis, mais celle consistant à se rapprocher de l'UDC n'est pas la bonne.
Que devraient-ils faire?
La solution pour ces partis, c'est de se positionner sur des enjeux où ils ont une valeur ajoutée et qui les distingue des autres, sur leurs thématiques de prédilection. Regardez le Parti socialiste: ils ont mis le paquet sur les questions d'assurance-maladie, de loyers et de coûts de la vie, et ils progressent aux détriments des Verts. A droite, le PLR est mis à mal avec ses positions ambigües sur l'Union européenne et ce n'est pas bon pour son électorat.
Et le Centre?
Il est tiraillé entre son aile catholique conservatrice, qu'on trouve par exemple en Valais, et son aile plus proche des Vert'libéraux, comme c'est le cas à Genève.
On l'a vu avec le vote sur l'imposition individuelle, notamment en Haut-Valais et en Suisse centrale. Là-bas, les petits cantons conservateurs ont un poids réel. On va aussi en entendre parler sur la question de la double-majorité voulue pour la ratification des Bilatérales III. Dans ces régions rurales, la loyauté au Centre demeure plus élevée.
Le Centre avait pourtant réussi à stabiliser son score aux dernières fédérales, non?
Il faut garder à l'esprit que Le Centre est issu de la fusion du PDC (Parti démocrate-chrétien) et du PBD (Parti bourgeois-démocratique). Son relatif bon score en 2023 et surtout mécaniquement dû à cette fusion. Mais son score actuel dans les parlements cantonaux est en-deça de ce que faisaient les deux partis avant. La formation n'a pas encore trouvé le créneau ou la thématique qui lui permette de se démarquer. Et c'est essentiel pour survivre politiquement.
