Visée par de graves accusations de plagiat, cette juge suisse répond
Une expertise relève 50 passages problématiques dans sa thèse de doctorat. Candidate suisse à la Cour européenne des droits de l’Homme, la juge fédérale Julia Hänni reconnaît des erreurs de citation, mais rejette fermement toute accusation de plagiat et dénonce une instrumentalisation politique.
L'expert en plagiat Stefan Weber documente, dans votre thèse de doctorat, 50 fragments plagiés et erreurs de citation. Comment réagissez-vous?
Julia Hänni: Qu'une thèse aussi volumineuse, comptant près d'un millier de notes de bas de page, présente à certains endroits des imperfections d'ordre technique, cela ne saurait guère surprendre. Il faut clairement distinguer cela d'un plagiat. Il s'agit d'un travail de recherche autonome.
Vous ne contestez donc pas les erreurs et les références inexactes documentées, mais leur qualification de plagiat?
Qui qualifie des défauts d'ordre technique de plagiats fait un usage abusif de cette notion.
Le plagiat pose la question de savoir si des propos ou des idées d'autrui sont présentés comme le fruit de sa propre recherche. Cet aspect se perd totalement dans le débat sur les notes de bas de page et les normes de citation.
Selon l'expertise, vous avez parfois repris des interprétations et des références issues de la littérature secondaire sans les déclarer correctement.
Je connais très bien les sources originales et les théories philosophiques utilisées, et je m'y étais déjà intensivement consacrée avant ma thèse. Il se peut que certaines notes de bas de page aient été formulées de manière imprécise. L'essentiel est que j'ai accompli ce travail de recherche de manière autonome et que j'ai fait œuvre de pionnière en transposant des acquis de la phénoménologie à l'application du droit. C'est précisément l'originalité de mon travail qui a été particulièrement soulignée par les experts du domaine lors de son évaluation. Un prix de thèse est décerné, aujourd'hui comme à l'époque, pour l'originalité et une contribution scientifique autonome d'une thèse, et non pour le respect de normes formelles.
Formuleriez-vous ou référenceriez-vous aujourd'hui différemment les passages contestés?
Sur le fond, je ne changerais rien à mon travail. Lorsque je l'ai rédigé, les outils d'analyse actuels n'existaient pas encore: tout se faisait à la main. Avec les logiciels modernes de détection de plagiat, on peut aujourd'hui vérifier un travail en quelques minutes, et faire reformuler aussitôt par une intelligence artificielle les passages problématiques identifiés.
Vous dites que l'IA aurait pu reformuler les passages problématiques. Cela ne reviendrait-il pas simplement à masquer les erreurs?
C'est précisément là que réside le paradoxe: pour les travaux plus anciens, les outils modernes permettent de repérer facilement des défauts formels, mais leur paternité intellectuelle n'est pas contestée. Pour les travaux plus récents, c'est l'inverse: grâce aux outils d'IA, ces travaux se présentent le plus souvent comme formellement irréprochables. La question déterminante se déplace aujourd'hui de la forme vers le contenu: le contenu provient-il réellement de l'auteur lui-même, ou d'un modèle de langage? Et dans quelle mesure un travail de recherche autonome a-t-il réellement été fourni?
Pourquoi avez-vous néanmoins voulu retirer, entretemps, votre candidature à la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH)?
Mon premier réflexe a été de retirer ma candidature de la ligne de mire d'attaques à motivation politique. Finalement, un large cercle de personnes issues de l'administration, de la magistrature et des universités m'a toutefois encouragée à maintenir ma candidature, malgré les attaques politiques.
Maintenez-vous votre candidature à la CEDH ainsi qu'à un nouveau mandat au Tribunal fédéral?
Mon activité au Tribunal fédéral n'a jamais été remise en question. Après avoir appris que l'Office fédéral de la justice avait déjà examiné les accusations avant la nomination et les avait jugées infondées, je n'ai plus vu de raison de retirer ma candidature à la CEDH.
Vous êtes également recommandée pour ces fonctions judiciaires en raison de votre parcours académique. Trouvez-vous normal que celui-ci soit, de ce fait, passé au crible?
Oui, bien sûr.
Un parcours académique ne devrait pas constituer un désavantage pour des fonctions à portée politique. En fin de compte, c'est probablement ma longue expérience dans la magistrature qui a été déterminante pour la nomination.
Vous soupçonnez une campagne politique. Pour quelle raison pourriez-vous être une figure controversée?
Je ne souhaite pas spéculer sur les motifs. En tant que juge, j'ai un profil juridique autonome, mais pas d'agenda politique. Mon profil se reflète dans mes contributions passées à la jurisprudence. Le lien temporel entre la campagne d'attaques et ma candidature est toutefois frappant. (trad. ysc)
