«Les Verts ont eu peur»: règlement de comptes chez les écolos
C'est un échec, qui partait d'une bonne intention. Le peuple suisse a refusé, à plus de 72%, l'initiative sur l'alimentation, qui visait à augmenter la part d'agriculture indigène à 70%. Une baffe pour les initiants, qui se battaient seuls contre tous, y compris des milieux écologistes, alors que la classe politique dans son ensemble est d'accord sur la question de l'augmentation de l'autonomie alimentaire.
Pour la conseillère aux Etats Isabelle Chassot (Centre/FR), qui faisait partie du comité d'opposition, «la netteté du résultat montre que les enjeux ont été compris». Mais la Fribourgeoise précise: «il ne s'agit pas de remettre en cause la sécurité de l'approvisionnement, l'agriculture indigène forte ou l'utilisation responsable de ressources.» Ce sont bien des «moyens irréalistes» qui sont pointés du doigt.
Faudra-t-il augmenter, dans le futur, la quantité de production indigène locale pour tout de même atteindre les 70%? «Tout chiffre fixé de manière arbitraire amène des conséquences contraires à celles que l'on souhaite, car il ne rend pas compte des différentes régions, des besoins de la population et de l’économie ou de la protection des ressources naturelles.»
Une «tactique incompréhensible» des Verts
De l'autre côté, Regula Züger Caceres Arroyo, membre du comité d'initiative, se dit «triste» de voir des résultats aussi bas. Elle pointe du doigt une campagne menée avec des moyens démesurés face à eux. «Les conditions de départ ont été compliquées, puis l'establishment à Berne s'est complètement opposé à l'initiative», ce qui a scellé son sort. Les Verts, notamment, on refusé de les soutenir.
«Je pense que les Verts et les partis environnementaux ont eu peur de prendre position sur ces thématiques sensibles et de perdre une votation écologique à une année des élections fédérales», estime-t-elle.
Quid de la campagne «Non au diktat vegan», qui rappelle les campagnes d'affiches agressives menées parfois par l'UDC, mais ici également soutenues par des élus socialistes et verts?
D'autres problèmes à venir
Pour autant, Regula Züger Caceres Arroyo juge que les problèmes pointés du doigt par l'initiative vont continuer. «On ne peut pas continuer la politique agricole tel qu'on le fait jusqu'à présent.»
Isabelle Chassot n'est pas fondamentalement opposée à ces points. Mais elle y voit aussi un autre enjeu: «La vraie question, c’est du maintien d’une agriculture de proximité et de familles paysannes qui peuvent vivre de leur travail. Nous devrons soutenir dans la future politique agricole des paiements directs en suffisance», estime la centriste.
«La réalité quotidienne des familles paysannes, dont dépendent la production et la qualité des produits, doit être notre priorité», indique-t-elle, et d'ajouter que «les revenus sont aujourd’hui insuffisants pour ces familles, qui font face à des défis importants».
