Le nouveau combat de Christoph Blocher est officiellement lancé
L'ancien conseiller national Walter Wobmann (UDC/SO) a lancé devant les médias, mardi à Berne, la campagne en faveur de l'initiative populaire «Sauvegarder la neutralité suisse». L’initiative vise à inscrire dans la Constitution que la neutralité de la Suisse doit être «perpétuelle et armée». Elle prévoit une interdiction quasi totale des sanctions. Les sanctions économiques ne seraient autorisées que si elles sont décidées par le Conseil de sécurité de l’ONU.
En tant que président du comité d’Egerkingen, Walter Wobmann a remporté pas moins de deux initiatives populaires: en novembre 2009, lors du vote sur l’interdiction des minarets, plus de 57% des votants l’ont suivi. En mars 2021, lors de l’initiative populaire «Oui à l’interdiction du voile intégral», ils étaient 51% à le suivre.
Le Soleurois souhaite conserver cette «aura d’invincibilité» le 27 septembre, quand le peuple et les cantons se prononceront sur l’initiative sur la neutralité. L’UDC est le seul grand parti à soutenir le texte.
Une neutralité «flexible»?
Mais la votation va bien au-delà d’un simple article constitutionnel, a souligné Walter Wobmann. «C’est une question de principe concernant la place que la Suisse doit occuper dans un monde incertain». La neutralité caractérise la Suisse depuis des générations. Ce sont 130 000 citoyennes et citoyens, signataires de l’initiative, qui souhaitent consolider ce «principe fondamental de l’Etat».
Le Conseil fédéral et le Parlement rejettent l’initiative et n’ont pas souhaité y opposer de contre-projet. La notion de neutralité doit rester flexible, font valoir les opposants. A quoi Walter Wobmann rétorque:
Selon lui, les autorités fédérales veulent abolir la neutralité et cherchent à se rapprocher de l’OTAN. Face aux tensions croissantes entre les grandes puissances, seule une neutralité crédible garantit la liberté, la sécurité et l’indépendance, a fait remarquer Stephan Rietiker, président de Pro Suisse. La neutralité armée est synonyme de préparation à la défense et de tradition humanitaire.
De plus, la neutralité renforce la cohésion interne de la Suisse, nation fondée sur la volonté de ses citoyens. «L’attractivité du pays, la place financière et les relations commerciales ouvertes reposent également sur ce principe». La neutralité a récemment été fortement ébranlée, a déclaré Stephan Rietiker. Elle doit à nouveau être mise en œuvre de manière claire et cohérente.
Comme un «rocher des Alpes»
En tant que petite puissance militaire, la Suisse doit ouvrir le dialogue et parler avec toutes les parties, a déclaré Samuel Sommaruga, membre de Pro Suisse — et par ailleurs fils du conseiller aux Etats Carlo Sommaruga, qui fait campagne contre l'initiative. En tant que Genevois, il tient à la force de la Genève internationale. Si la Suisse ne se comporte pas de manière neutre, comme dans le cas de la guerre en Ukraine, cela nuit à sa crédibilité en tant que médiatrice.
La neutralité n’est pas une façon de détourner le regard ni un signe d’indifférence, a déclaré la conseillère nationale Monika Rüegger (UDC/OW). Les responsables politiques ne doivent pas interpréter la neutralité à leur guise ni la sacrifier sous la pression étrangère.
Le nouveau combat de Christoph Blocher
L’ancien conseiller fédéral UDC Christoph Blocher, qui a marqué l’initiative comme peu d’autres, a souligné le rôle important de la neutralité dans l’histoire suisse. Pour les petits Etats, elle est déterminante pour prévenir les agressions: «Un ennemi potentiel doit hésiter à envahir un pays neutre».
Une neutralité pragmatique et flexible, telle que la pratique aujourd’hui le Conseil fédéral, est en revanche dangereuse, selon Christoph Blocher. La Suisse figure désormais sur la liste noire de la Russie en tant qu’«Etat belligérant». En même temps, M. Blocher a souligné que le principe de neutralité rester applicable même en cas de «non» à l'initiative.
Sondages encore indécis
Selon un sondage récent commandé par Tamedia et 20 Minuten, 54% des personnes interrogées rejettent l'initiative et 34% y sont favorables. Un autre sondage de YouGov Suisse a conclu que le texte obtiendrait 40% de oui contre 38% de non, avec 22% de personnes ne se prononçant pas encore.
Un sondage récent réalisé par l’institut Leewas pour le compte de Tamedia et de 20 Minuten a montré que le projet risque d’avoir du mal à s’imposer. Le comité en faveur de l’initiative s’est néanmoins montré confiant. Il existerait également des sympathies pour le texte au sein de la gauche.
(ats/acu)
