Un camion à eau de police pour éteindre un feu? «Le bon sens prime»
Cet été, les flammes ont fait parler d'elles. Entre les impressionnants feux de forêt en Europe, notamment en France voisine, et plusieurs incendies médiatisés en Suisse romande, canicule et brasier ont joué de pair.
D'où une question soulevée par un fidèle lecteur de watson et transmise à notre rédaction:
Les canons à eau utilisés pour le maintien de l'ordre ont été vus cette année en juin, à Genève pour disperser les casseurs, lors de la manifestation anti-G7. Dans certains pays, ils participent à la lutte contre les incendies dans la nature, comme ici en Allemagne, en 2025:
Pas dans la doctrine
Mais tous les tonnes-pompes ne se valent pas. Pour Nicolas Millot, capitaine au Service d’incendie et de secours (SIS) de Genève, la première erreur consiste à mettre tous les incendies dans la même catégorie. «Il y a une confusion entre un feu de forêt et un feu de végétation au bord d’une route», comme on peut le voir sur la photo ci-dessus, qui lui a été soumise.
Un véritable feu de forêt exige des engins capables d’évoluer là où un canon à eau de la police ne peut pas aller, «avec des véhicules disposant de capacités de franchissement pour circuler sur des pistes difficiles». Le SIS genevois est justement en train d’en acquérir, avec une arrivée prévue d’ici à la fin de l’année.
Une distinction déterminante: les camions à eau de la police comme les engins des pompiers sont conçus pour circuler sur des voies carrossables, pas pour progresser au cœur d’un massif forestier. Le canon à eau de la police pourrait, techniquement, être mobilisé en appui des pompiers sur un départ de feu en bordure de forêt, accessible avec une route proche. «Cela vaut aussi pour certains véhicules de la voirie», note Nicolas Millot.
«Mais cet usage ne fait pas partie de la doctrine habituelle, car ces véhicules sont d’abord destinés au maintien de l’ordre», rappelle Nicolas Millot.
Et ce d'autant plus qu'en Suisse, «on a suffisamment de personnel, de camions pompier et de bornes hydrantes pour disposer de forces en suffisance», notamment lors d'incendie dans une grande ville. Cependant, «le bon sens prime», relativise Nicolas Millot, qui indique en citant une information de la police que, lors du cortège anti-G7, le camion à eau de la police «a éteint un début d'incendie sur une barricade, qui menaçait de la végétation, au niveau de l'avenue de France».
Rapport calorifique
De plus, un jet fin comme celui des camions à eau de la police n’a pas nécessairement l’efficacité recherchée face à des flammes importantes. Il ne suffit pas d’avoir «un peu plus d’eau»: il faut disposer du débit, des réserves et des équipes permettant de prendre l'ascendant sur l'incendie.
Si engager un camion à eau de police pour un feu de végétation sur une route balisée reste du domaine du possible, en cas d'incendie massif, l'appareil risque d'être dépassé. La stratégie consiste à engager suffisamment de moyens pour reprendre l’avantage sur l’incendie.
Un autre détail est important: la capacité de la citerne du véhicule. «Une tonne-pompe peut intervenir de manière autonome dans les premières minutes, mais sa réserve n’est pas infinie», analyse le pompier.
