Interdire Insta et Tiktok aux ados en Suisse? «Les parents sont dépassés»
C'est une décision sociétale et politique qui a fait et va faire couler beaucoup d'encre: l'Assemblée nationale et le Sénat français ont tous deux validé, avec une forte majorité, un projet de loi pour interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans.
La mouture française, qui suit une décision similaire de l'Australie, a ses particularités: YouTube et Whatsapp restent autorisés et certaines fonctions de partage et de commentaire sous certaines applications devront être restreintes. Les trois principales applications visées: Instagram, Tiktok et Snapchat. Celles où on scrolle, on commente, on partage. Bref, là où les excès peuvent devenir la norme.
Pas de projet sur la table en Suisse
En Suisse, pour l'heure, rien de tout ça. La plupart des partis n'ont pas pris de position fixe. Interrogé par un postulat de la conseillère aux Etats Maya Graf (Verts/BL), intitulé «Protéger les enfants et les adolescents de l'utilisation nocive des réseaux sociaux», le Conseil fédéral a platement concédé que «l'impact de l’utilisation des réseaux sociaux sur la santé mentale des jeunes est sujet à débat».
Reprenant des questions liées à ce postulat et à d'autres, le Conseil fédéral a annoncé préparer un grand rapport sur la question. Mais sa publication n'est pas pour tout de suite: le Département fédéral de l'Intérieur (DFI), mandaté pour le rédiger, indique à watson qu'il ne sera pas prêt avant le courant de l'année 2027.
Un «vrai problème de société»
D'ici-là, les débats devraient prendre de l'ampleur, au regard de la décision française. Certains parlementaires se prononcent déjà en faveur d'une interdiction. C'est le cas du conseiller national Giorgio Fonio (Centre/TI). Contacté, il nous répond:
«C’est devenu un vrai problème de société, de santé mentale et même de santé publique», estime le Tessinois, qui déroule: «De nombreux parents ont perdu le contrôle de la situation vis-à-vis de leurs enfants. Plusieurs pédiatres le pensent aussi.»
S’il ne souhaite pas se prononcer pour son parti, il indique que «la discussion est ouverte» sur cette question avec ses collègues du Centre. Celui-ci a d'ailleurs déposé deux motions en mars dernier. Mais «les interdictions devraient constituer le dernier recours», nous indique la conseillère nationale Regina Durrer-Knobel (Centre/NW), qui privilégie la prévention et l'éducation aux médias.
«Je suis favorable à ce que les responsables politiques reconnaissent les dangers que représentent les réseaux sociaux pour les enfants et les adolescents, et à ce que des solutions soient recherchées au sein de l’Union européenne», après la décision française, indique-t-elle.
Une différence au sein du même parti se retrouve également au PLR. Son coprésident, le Glaronnais Benjamin Mühlemann réfléchit à une interdiction, mais qui doit venir après «un débat approfondi et s’appuyant sur des données scientifiques». Mais le vice-président, le Genevois Cyril Aellen, y est clairement opposé et estime que «c’est aux parents, et non à l’État», de régler ce problème.
La priorité? «Protéger les mineurs»
Cette sensibilité se retrouve aussi à l'UDC. «De principe, je suis contre les interdictions. Cette problématique relève de la responsabilité des parents et de l'éducation», déclare la vice-présidente de l'UDC, la Genevoise Céline Amaudruz. Et d'analyser:
En décembre dernier, elle avait signé une motion sur cette thématique, appelant à une «régulation proportionnée» plutôt qu'à une interdiction. Mais elle laisse entendre que si un projet allant en ce sens était bien ficelé, elle y serait sensible:
La Genevoise s'exprime toutefois à titre individuel, l'UDC n'ayant pas pris position spécifiquement sur cette question.
Quid de l'e-ID?
Du côté des Verts, on ne s'oppose pas à une interdiction, mais on veut surtout mieux contrôler son application. Dans une prise de position publiée en avril dernier, le «monsieur tech» du parti, Gerhard Andrey, estimait que «les limites d'âge finiront forcément par s'imposer». Lui préfère parler de «barrière d'âge» que «d'interdiction», et de préciser:
C'est peu ou prou la même position que celle du Parti socialiste, qui déclare privilégier «une régulation fondée sur des critères tels que l’opacité des algorithmes ou la modération des contenus illicites». Gerhard Andrey abonde: «Les plates-formes ont un rôle à jouer. Elles doivent assumer la responsabilité de leurs contenus et garantir la transparence de leurs algorithmes.» Dans son texte, il indique que «la vérification de l’âge ne doit pas servir de porte dérobée à la surveillance de masse». Il pointe donc un outil récemment approuvé par le peuple: l'e-ID.
Le projet, conçu par le Fribourgeois lui-même, «permet des connexions sécurisées et peut être utilisé de manière anonyme», sans laisser de trace. «Le problème d'une barrière d'âge sans outil de reconnaissance adapté, c'est que les plates-formes vont commencer à demander des identifications avec papiers d'identité officiels», dénonce-t-il.
Mais l'e-ID n'est pas encore prête. L'informaticien demande aux instances bernoises de presser le pas, histoire que l'outil soit opérationnel au plus vite. Sur ce sujet plus général, il planche d'ailleurs sur une proposition de loi fédérale sur les plateformes numériques avec son collègue vaudois, Raphaël Mahaim.
