Suisse
Politique

F-35: le DDPS de Viola Amherd a publié de fausses «rectifications»

La Défense suisse laisse en ligne de fausses infos sur le F-35

Viola Amherd et ses services ont souvent utilisé l'outil de rectification pour critiquer les articles de presse touchant au F-35.
Viola Amherd et ses services ont souvent utilisé l'outil de «rectification» pour critiquer les articles de presse touchant au F-35.Image: Keystone / montage watson
Le Département fédéral de la défense a publié, durant des années, des «rectifications» corrigeant des articles sur les F-35. Or, celles-ci étaient elles-mêmes fausses.
14.09.2026, 12:0314.09.2026, 12:03
Stefan Bühler

Le Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS) a répliqué à plusieurs reprises aux articles critiques sur le F-35 en publiant des «rectifications» sur son site internet. Introduit il y a plus de deux décennies, cet outil permettait au DDPS d'indiquer sa version des faits lorsque des articles de journaux contenaient, selon lui, des erreurs. Viola Amherd, la conseillère fédérale en charge de la Défense, a poursuivi cette pratique lorsqu'elle a pris la tête du DDPS au début de l’année 2019. Elle a quitté le gouvernement en mars 2025.

Près de 50 rectifications en neuf ans

La liste des «rectifications» publiées compte environ 50 articles depuis 2017. Près d'une vingtaine portent sur l’acquisition de nouveaux avions de combat et, souvent, sur la question du prix fixe, soit sur l’affirmation de Viola Amherd et du DDPS selon laquelle les Etats-Unis avaient pris l’engagement ferme de livrer les 36 nouveaux avions de combat pour six milliards de francs.

Or, depuis mardi dernier et la publication d’une enquête de la Commission de gestion (CdG) du Conseil national, le fait est désormais établi: il n’y a jamais eu de prix fixe garanti. Dans ce contexte, certains passages des «rectifications» du DDPS apparaissent aujourd’hui inexacts.

D'ailleurs, ces «rectifications» sont toujours accessibles sur le site de la Défense suisse au 14 septembre 2026, sans que les affirmations sur le caractère contraignant des prix aient été retirées.

Le 31 août 2021 déjà, l’émission Echo der Zeit de la radio SRF avait donné la parole à un expert américain qui avait expliqué que même le gouvernement des Etats-Unis n’avait obtenu aucune garantie de prix de la part de Lockheed Martin, le constructeur du F-35. Le gouvernement américain garantissait uniquement à la Suisse qu’elle paierait le même prix que lui pour les avions de combat. Dans sa «rectification», dont il est désormais établi qu'elle était fausse, le DDPS avait pourtant indiqué:

«Cette présentation est fausse. L’offre et les chiffres qui y sont proposés sont contraignants»

Les chiffres étaient même trop prudents

Un autre exemple concerne un article de la SonntagsZeitung du 22 mai 2022. En se fondant sur les données budgétaires des Etats-Unis, le journal avait conclu que la Suisse pourrait devoir supporter «des coûts supplémentaires compris entre un demi-milliard et un milliard de francs». Dans sa «rectification», le DDPS avait écrit que l’article reposait sur des hypothèses erronées:

«Le fait est qu’Armasuisse a négocié avec le gouvernement américain une clause contractuelle selon laquelle le gouvernement américain achète les F-35A au constructeur dans le cadre d’un contrat à prix fixe qui intègre également l’inflation, avant de les revendre à la Suisse au même prix fixe»

En réalité, l’estimation de la SonntagsZeitung était même trop prudente, puisque le Conseil fédéral estime actuellement que les six milliards de francs approuvés par le peuple permettront d’acquérir 30 F-35. Le gouvernement a en effet annoncé en mars 2026:

«Pour l’acquisition des 36 F-35A initialement prévus, un crédit supplémentaire d’environ 1,1 milliard de francs serait nécessaire»

Dimanche, le coprésident du Parti socialiste (PS) Cédric Wermuth a réclamé la création d’une Commission d’enquête parlementaire (CEP) chargée de faire la lumière sur le fiasco des avions de combat. Dans la NZZ am Sonntag, une enquête a également relevé que, contrairement à ce qui est parfois affirmé, aucun prix fixe n’avait non plus été convenu pour les frais d’entretien. Détail cocasse pour terminer: depuis la nomination de Martin Pfister à la tête du DDPS, plus aucune rectification n'a été publié. (btr/az)

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