Suisse
Réseaux sociaux

Ce Suisse est contre interdire les réseaux sociaux aux enfants

Il explique pourquoi interdire les réseaux sociaux aux jeunes est idiot
L'expert Mirco Manetsch s'exprime.Image: montage watson

Cet expert est contre l'interdiction des réseaux sociaux aux enfants

L’Australie a interdit les réseaux sociaux aux moins de 16 ans. Les dangers de TikTok et consorts sont bien réels. Mais, pour le spécialiste des médias Mirco Manetsch, les interdictions ne sont pas la bonne réponse.
04.04.2026, 19:0104.04.2026, 19:01
Bruno Knellwolf

Depuis le 10 décembre 2025, les moins de 16 ans n’ont plus le droit de posséder des comptes sur TikTok, Instagram, Snapchat ou YouTube en Australie. La responsabilité incombe aux plateformes, qui doivent empêcher l’accès sous peine de lourdes sanctions. L’Australie est le premier et seul pays au monde à avoir instauré une interdiction aussi stricte. La question est également débattue en Suisse.

Mirco Manetsch, spécialiste des médias chez Art Computer, estime toutefois que ce n’est pas une bonne idée.

Quels dangers représentent Instagram, TikTok et autres plateformes?
Mirco Manetsch: Il existe trois principaux risques, qui concernent non seulement les jeunes, mais aussi les adultes. Le premier, ce sont les fausses informations. Faute de compétences médiatiques, les jeunes peinent à distinguer le vrai du faux, à identifier l’origine des informations et à évaluer la fiabilité des sources. Le deuxième, ce sont les images et vidéos générées par l’intelligence artificielle, qui inondent actuellement des plateformes comme Instagram et TikTok.

«On y trouve de nombreuses vidéos inoffensives, mais aussi des contenus violents ou conçus pour diffuser de la désinformation»

Et le troisième?
On observe une radicalisation croissante, avec TikTok en première ligne. On y voit notamment la montée de la «manosphere», centrée sur des perspectives masculines radicales et des contenus misogynes. A cela s’ajoute la radicalisation religieuse.

Mirco Manetsch, formateur aux médias et consultant scolaire chez Art Computer.
Mirco Manetsch, formateur aux médias et consultant scolaire chez Art Computer.Image: dr

Comment cela fonctionne-t-il?
Grâce à certains algorithmes, des jeunes peuvent être radicalisés en l’espace de quelques mois, à travers des images et des interactions, comme les «likes».

Vous êtes pourtant critique à l’égard des interdictions comme en Australie. Pourquoi?
D’une part, en Australie, certaines minorités discriminées ont perdu des moyens de communication essentiels. Ces jeunes cherchent alors des solutions techniques comme les VPN et continuent à les utiliser au quotidien. Les réseaux sociaux basculent ainsi dans la clandestinité, puisqu’il existe des moyens de contourner l’interdiction. Mais ce n’est pas le point principal.

Quel est-il?
Les interdictions protègent à court terme, les compétences protègent toute la vie. Or, l’interdiction ne s’applique que jusqu’à 16 ans.

«Si les jeunes n’ont pas appris à utiliser ces outils avant cet âge, il devient très difficile de leur enseigner ensuite un usage adéquat»

L’accès est alors plus complexe en l’absence de bases solides en matière de compréhension des médias. Il faut donc aborder ces questions bien plus tôt, avant même que les enfants n’obtiennent un smartphone.

Comment s’y prendre?
Les parents sont les principales personnes de référence, y compris pour l’usage des médias. Cela commence très tôt, lorsque les enfants regardent la télévision ou entendent certaines informations.

«Ils doivent comprendre que les images véhiculées par certains médias ne correspondent pas à leur réalité»

L’usage des médias doit toujours faire partie du dialogue à la maison. De la même manière qu’on parle d’un match de football, il faut aussi parler des jeux vidéo.

Concrètement, que faut-il faire?
Lorsque les enfants créent leur premier compte, il faut en discuter avec eux sans jugement. Puis leur accorder progressivement plus de liberté: c’est ainsi qu’ils acquièrent des compétences médiatiques. Dire simplement «débrouille-toi» n’est pas une solution. Les risques sont trop nombreux. Un accompagnement permet de développer ces compétences, qui sont bien plus protectrices que les interdictions.

Certains parents disent manquer de temps ou de connaissances. Qu’en pensez-vous?
Le manque de temps n’est pas une bonne excuse, car la mission première des parents est de préparer leurs enfants à la vie. A l’ère de l’information, les médias en font partie. Je comprends toutefois le sentiment de dépassement: les médias évoluent rapidement et beaucoup de choses sont nouvelles.

«Je recommande de vivre des expériences numériques ensemble: créer un compte sur un réseau social, tester des fonctionnalités»

Il existe aussi de bonnes ressources, par exemple «Jeunes et médias» ou Pro Juventute.

Qu’apprend l’enfant dans ce cadre?
L’essentiel est qu’il comprenne tôt qu’il peut toujours se tourner vers ses parents. Notamment s’il a vu quelque chose de perturbant ou inquiétant, y compris des contenus pornographiques. Il s’agit alors de lui expliquer qu’il ne s’agit pas d’une sexualité réelle, mais de pornographie. Il faut en parler ouvertement, sans prêcher ni interdire, mais en montrant l’exemple.

Les réseaux sociaux peuvent créer une dépendance. Comment la prévenir?
Il faut d’abord comprendre les mécanismes en jeu. De nombreuses applications fonctionnent comme des casinos: elles reposent sur des systèmes de récompense qui libèrent de la dopamine, avec des incitations et des astuces destinées à encourager une consommation toujours plus importante.

«Il ne faut donc pas se limiter à parler de "perte de temps"»

Il est plus utile de chercher avec l’enfant pourquoi il n’arrive pas à décrocher. Si cela ne suffit pas, des limites doivent être fixées.

Existe-t-il malgré tout un âge où une interdiction a du sens?
Un smartphone à l’école enfantine est clairement trop précoce, tout comme en première et deuxième primaire, car les applications sont conçues de telle sorte que les enfants de cet âge n’ont aucune chance d’y faire face. Pourtant, on voit déjà des enfants en début de primaire sur Snapchat ou TikTok.

«Snapchat, en particulier, donne un faux sentiment de sécurité, car les contenus semblent disparaître»

Les troisième et quatrième années restent également problématiques. L’accès devrait être possible à partir de la cinquième ou sixième année, avant le passage au secondaire, mais uniquement avec un accompagnement parental.

Certaines écoles interdisent les téléphones ou les confisquent pendant les cours. Est-ce pertinent?
Oui, à condition que cela se fasse en concertation avec les élèves. Si l’on instaure une interdiction partielle, il faut en expliquer les raisons: c’est dans leur intérêt, pour leur permettre d’être présents ici et maintenant avec leurs camarades. Ranger les smartphones pendant les cours est, selon moi, une bonne solution.

Les grandes plateformes ont un intérêt économique à rendre les utilisateurs dépendants. L’Etat doit-il intervenir?
Les jeunes doivent d’abord comprendre le fonctionnement de ces plateformes: les mécanismes d’addiction, la collecte et la vente de données, et le modèle économique qui en découle. Ils prennent alors conscience des mécanismes de manipulation qui les poussent à consommer davantage en ligne.

«Lorsqu’ils réalisent que leurs données génèrent des milliards, ils comprennent aussi que ces plateformes ne sont pas leurs amies»

Je dis souvent: si c’est gratuit, vous n’êtes pas le client, vous êtes le produit. C’est une prise de conscience que la société peut encourager.

Et que devrait faire la politique?
Les cinq grandes entreprises technologiques sont extrêmement puissantes. Des mesures politiques sont nécessaires, en Suisse comme à l’échelle mondiale, pour encadrer ces plateformes. Les menaces peuvent déjà produire des effets, comme on l’a vu récemment avec WhatsApp, qui a annoncé une version restreinte pour les 10-12 ans.

«Ce n’est pas par altruisme, mais pour éviter des interdictions»

Il faut donc des règles claires et des limites. A mes yeux, il s’agit d’un triangle: parents, école et politique doivent agir ensemble pour que les enfants en tirent bénéfice. (trad. hun)

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