Un hamburger a permis à cet ado de comprendre son étrange allergie
Tout a commencé lors d’un camp scolaire, il y a deux ans. Enzo, alors âgé de 13 ans, a été pris d'une soudaine et violente nausée. Peu après, une éruption cutanée prurigineuse, c'est-à-dire qui démange, s'est déclarée sur tout son corps. Les démangeaisons étaient si intenses qu’il n’a pas pu dormir de la nuit. Le lendemain matin, un accompagnateur l’a emmené à l’hôpital. On lui a alors expliqué qu’un virus devait être à l’origine de son état. Pourtant, au cours de la journée, les symptômes ont disparu.
Quelques semaines auparavant, Enzo avait été piqué par deux tiques – l’une au ventre, l’autre au pied. Bien que l’adolescent ait immédiatement retiré les bestioles, les marques n’ont jamais complètement disparu. Tantôt elles devenaient plus rouges et le démangeaient davantage, tantôt elles s’estompaient presque complètement. Cette réaction étrange a certes intrigué Enzo et ses parents, mais la pédiatre les a rassurés: une borréliose – autre maladie provoquée par les tiques – aurait provoqué d’autres symptômes.
Un problème surgit en Espagne
L’adolescent a toutefois compris que quelque chose n’allait pas lors des vacances d’automne passées en famille en Espagne. Il a alors de nouveau souffert de fortes nausées, suivies peu après par cette éruption rouge qui le démangeait terriblement. Ses lèvres et son front ont également commencé à gonfler.
C’était il y a deux ans. Aujourd’hui âgé de quinze ans, l'adolescent est assis à la table de la salle à manger avec sa mère, dans leur maison en Argovie. Sa mère montre des photos d’Enzo prises lors de ce voyage en Espagne. Un détail saute aux yeux: au milieu de toutes les pustules rouges, la marque de la piqûre de tique est particulièrement visible. Elle est plus grande et plus rouge que les éruptions présentes sur le reste du corps. La mère d’Enzo se souvient de cette soirée:
Mais comme il avait déjà connu un épisode similaire, la famille a décidé d’attendre une nuit, en espérant que les symptômes disparaîtraient rapidement, comme la première fois. C’est effectivement ce qui s’est passé: le lendemain, Enzo allait mieux.
C’est Enzo lui-même qui a fini par trouver l’explication. Il s’est souvenu qu’avant chacun des deux épisodes, il avait exceptionnellement mangé de la viande: des spaghettis bolognaise lors du camp scolaire, puis un hamburger en Espagne. Début 2024, l’adolescent avait décidé de devenir végétarien pendant un an. Ces deux soirs-là, il avait toutefois fait une exception.
Que s'est-il passé dans le cas d'Enzo?
La maman de notre jeune ado a donc tapé «viande» et «allergie» dans un moteur de recherche et est immédiatement tombée sur le syndrome alpha-gal. Cette allergie est provoquée par une réaction de l’organisme à une molécule de sucre appelée alpha-gal, présente dans la viande des mammifères, mais pas chez l’être humain.
Une piqûre de tique peut déclencher cette allergie lorsque des molécules d’alpha-gal contenues dans sa salive pénètrent dans le sang. Le système immunitaire peut alors les considérer comme des intrus et produire des anticorps pour les combattre. Par la suite, la consommation de viande, surtout rouge, et parfois de produits laitiers peut déclencher une réaction allergique.
Marie-Charlotte Brüggen est allergologue et professeure à l’Hôpital universitaire de Zurich. Elle traite régulièrement des patients atteints du syndrome alpha-gal – environ 20 au cours des deux ou trois dernières années. Le nombre de cas annuels en Suisse reste difficile à déterminer. La spécialiste estime, toutefois, qu’il est «tout à fait significatif», car la Suisse est un pays particulièrement exposé aux tiques:
Aux Etats-Unis, on estime que jusqu’à 450 000 personnes sont concernées. Là-bas, le syndrome alpha-gal est transmis par la tique «lone star»; en Europe occidentale, c’est la tique la plus répandue, appelée tique du mouton ou tique commune, qui est en cause.
Niels Verhulst dirige à l’Université de Zurich un projet de recherche consacré à la surveillance des tiques en Suisse. Pour l’heure, le syndrome alpha-gal ne fait pas partie de cette étude. Il envisage toutefois d’étudier plus précisément l’alpha-gal à l’avenir. Il explique:
Une réaction sévère chez une personne sur deux
Le syndrome alpha-gal est une maladie relativement récente, selon Marie-Charlotte Brüggen. Il reste donc encore peu connu, y compris parmi les médecins. «Le chemin jusqu’au diagnostic est donc souvent long», souligne-t-elle. L’une de ses patientes a, par exemple, souffert pendant plus de cinq ans de graves troubles gastro-intestinaux et était considérée comme atteinte du syndrome de l’intestin irritable.
Les troubles gastro-intestinaux sont des symptômes très fréquents, selon l'allergologue. Le plus courant est l’urticaire – cette éruption cutanée qui démangeait Enzo. La diarrhée, les nausées et les vomissements peuvent également apparaître. Marie-Charlotte Brüggen déclare:
Celle-ci peut notamment provoquer un gonflement du visage, des difficultés respiratoires et, dans le pire des cas, un collapsus cardiovasculaire.
Certaines personnes parviennent au diagnostic par des chemins détournés. L’un des patients de Brüggen, qui suivait un régime végétalien, a subi deux graves réactions anaphylactiques lors d'opérations. «Il a réagi à un anticoagulant fabriqué à partir de muqueuse intestinale de porc», raconte-t-elle.
De nouvelles morsures aggravent l'allergie
Après leurs vacances d’automne en Espagne, les parents d’Enzo ont immédiatement contacté la pédiatre. Peu après, l’adolescent s’est rendu à son cabinet, où elle lui a fait une prise de sang. L’analyse a donné un résultat sans équivoque. Depuis, Enzo ne mange plus de viande. Et cela porte ses fruits: aucune nouvelle réaction allergique ne s’est déclarée.
Marie-Charlotte Brüggen donne le conseil suivant aux personnes touchées:
Chaque nouvelle morsure de tique peut en effet aggraver l’allergie et donc augmenter le risque d’une réaction plus violente. A l’inverse, on constate que lorsque de nouvelles morsures de tiques peuvent être évitées, le taux d’anticorps responsables de l’allergie diminue dans le sang. «Une étude a montré que c’était le cas chez environ trois quarts des patients, et beaucoup d’entre eux ne présentent plus de symptômes avec le temps», explique Marie-Charlotte Brüggen.
C’est pourquoi la valeur sanguine correspondante est contrôlée après six et douze mois. Si elle diminue ou devient négative, il est possible de réintroduire de petites quantités de viande. «Cela doit toutefois toujours se faire sous supervision médicale», insiste la spécialiste.
Adapté de l'allemand par Tanja Maeder
