«J’ai passé toute ma vie à l’AI»: de jeunes Suisses racontent
Le Conseil fédéral et le Parlement veulent durcir l’accès à l’AI pour les jeunes. Mais, pour beaucoup d'entre eux, le retour sur le marché du travail semble presque impossible ou semé d'embûches. Après avoir lancé un appel, watson a reçu de nombreux témoignages de jeunes bénéficiaires de l'AI.
Deux d'entre eux racontent anonymement comment ils vivent le fait d'être atteints d'une maladie mentale tout en devant s'adapter au système.
Des rechutes «incomprises»
Léon a 28 ans, il est autiste et souffre d'un trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Il travaille comme graphiste dans une institution sociale, où il a été orienté dans le cadre d'une mesure de réinsertion professionnelle de l’AI. Il ne touche actuellement aucune indemnité, car il est dans l'attente d'une procédure d'évaluation en vue d'une rente.
Il explique que cette situation d’incertitude lui prend beaucoup d’énergie:
Il ne sait pas s’il pourra encore travailler dans quelques mois, si les mesures seront prolongées ou si sa demande de rente sera examinée.
Il critique surtout l'accent mis sur la réinsertion, qu'il estime justifié.
Ceux qui ne «répondent pas aux attentes» rapidement peuvent voir leur rente diminuée ou supprimée.
Un aspect important est souvent négligé dans le débat politique: les rechutes. «Les rechutes sont fréquentes et la grande majorité des employeurs ne font preuve d’aucune compréhension, en particulier envers les maladies psychiques.»
Léon pensait qu’après sa réinsertion, il pourrait travailler à 70% à long terme. «Ça a bien marché pendant six mois», raconte-t-il. Après quoi, il a de nouveau été mis en arrêt maladie à 60%.
De trop nombreux obstacles
Claudio a lui 30 ans. Depuis 2020, il perçoit une rente AI complète en raison de ses troubles psychiques. On lui a diagnostiqué un trouble de la personnalité, un trouble du développement et un TDAH sévère. Son parcours vers l’AI s’est dessiné dès son enfance: il a subi plusieurs traumatismes et a ensuite interrompu plusieurs formations. Il indique:
Aujourd’hui, il travaille à mi-temps dans un bureau du marché du travail secondaire. Pour lui, cela ressemble à une impasse, notamment en raison de son faible revenu. Il déplore:
Il se dit soulagé de bénéficier d’une aide financière de l’assurance-invalidité et de prestations complémentaires. Il en a d’ailleurs cruellement besoin en raison de ses graves épisodes de dépression.
Si l’accès à ces aides était rendu plus difficile, voire supprimé, son état psychique s’aggraverait encore plus. (trad.: mrs)
