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Attaque antisémite à Zurich: le procès de l'adolescent va commencer

Einsatzkraefte der Polizei beobachten den Eingangsbereich der Synagoge Agudas Achim in Wiedikon, am Samstag, 9. Maerz 2024 in Zuerich. Am vergangenen Samstagabend wurde ein 50-jaehriger juedisch-ortho ...
Après l’attentat, des policiers ont surveillé l’entrée de la synagogue Agudas Achim à Zurich-Wiedikon.Image: KEYSTONE

Comment un ado suisse de 15 ans s'est retrouvé accusé de terrorisme

Andreas Maurer / ch media
La justice des mineurs se penche sur ce qui est considéré comme la première attaque antisémite sanglante à motivation islamiste commise en Suisse. L’enquête montre qu’Anis T. s’est radicalisé avec une rapidité surprenante.
17.06.2026, 18:4917.06.2026, 18:49

Comment un adolescent né en Suisse a-t-il pu se radicaliser au point de vouloir commettre un attentat au nom de l'Etat islamique? Le procès de l'auteur présumé de l'attaque antisémite de Zurich s'ouvrira début juillet et l'enquête met en lumière une radicalisation fulgurante survenue en seulement quelques mois.

Anis T. est né en Suisse de nationalité tunisienne et a été naturalisé durant sa petite enfance. Le 2 mars 2024, à l’âge de 15 ans, il aurait commis un acte terroriste. Ce soir-là, un samedi, il s'est vêtu de sombre et a rabattu la capuche de sa veste noire sur son visage.

Nuit sanglante

Selon l’acte d’accusation, son projet initial consistait à faire sauter un engin explosif dans la synagogue. Il a échangé en ligne avec une personne non identifiée à ce sujet. Mais la fabrication de la bombe lui paraissait trop compliquée. Il s'est alors rendu à la Migros pour acheter un couteau à steak à lame dentelée.

Vers 21 heures, il arrive devant la synagogue de la Société religieuse israélite de Zurich. Sur place, il publie une vidéo préparée à l’avance sur ses canaux Discord, Instagram et Telegram, dans laquelle il prête allégeance à l’organisation terroriste Etat islamique (EI). Il s’y présente comme «Anis le boucher» et déclare vouloir tuer le plus grand nombre possible de Juifs.

Anis T.
Anis T. a expliqué son geste dans une vidéo de revendication. Image: screenshot

Assis sur le trottoir, entouré de policiers et de passants, l’adolescent rit. A moins de deux mètres de lui, sa victime gît dans son sang. Lorsque l’épouse et la fille de celui-ci arrivent sur place, Anis T. leur lance:

Quatre minutes plus tard, il repère, dans le quartier, un Juif orthodoxe âgé de 50 ans. L’homme porte une barbe, des papillotes traditionnelles, un pantalon noir, un manteau noir, une chemise blanche et un chapeau de fourrure.

A 21h13, il lance une vidéo live sur son téléphone et la partage dans six conversations via son compte Instagram. Son objectif est de diffuser son attentat en direct au monde entier. Mais la porte d’entrée de la synagogue est fermée. «Pas de bol», déclare-t-il à son audience en ligne. «Je vais simplement trouver quelqu’un, peu importe qui je croise dans la rue.»

Les occupants de la voiture restent à l’intérieur, paralysés par la peur. Au cours de la lutte, l'homme agressé se retrouve sur le capot du véhicule. De plus en plus faible, il tente d’arracher le couteau des mains de son assaillant. Quelqu'un sort enfin de la Mercedes pour intervenir. La victime réussit à se traîner jusqu’au trottoir, couverte de sang. Par hasard, trois pratiquants d’arts martiaux romands passent à proximité. Ils maîtrisent Anis T. et le maintiennent au sol jusqu’à l’arrivée de la police.

Anis T. commence à le suivre alors qu'il rentre chez lui rejoindre sa famille. Devant son immeuble, l’adolescent attaque sa cible par derrière. Selon l’acte d’accusation, il a d’abord visé la tête et le cou, car il voulait lui trancher la gorge.

L’homme tente de s’enfuir et court jusqu’à un carrefour. Une Mercedes est arrêtée au feu rouge. La victime appelle à l’aide tandis qu’Anis T. continue à le poignarder. Au total, il lui aurait porté 17 coups de couteau. L’un d’eux a perforé un poumon.

«Je suis musulman et ma mission est de tuer tous les Juifs»

Comment Anis T. s'est-il radicalisé?

Selon les enquêteurs, la radicalisation du jeune homme s’est déroulée à une vitesse étonnante. A partir d’août 2023, alors qu’il vivait chez ses parents, il a commencé à consulter en ligne des contenus violents. Le 3 décembre 2023, soit trois mois avant l’attaque, il est tombé pour la première fois sur des sites internet et forums liés à l’Etat islamique. Dès lors, il y consacrait plusieurs heures par jour, téléchargeant sur son smartphone des photos et vidéos d’exécutions ou de cadavres, avant de les partager à son tour.

Le live vidéo se poursuit jusqu’à ce que la police en interrompe la diffusion.

Le procès d’Anis T. s’ouvrira le 1er juillet devant le Tribunal des mineurs de Dielsdorf (ZH). En droit pénal des mineurs, le lieu de résidence du prévenu détermine la juridiction compétente. La présomption d’innocence s'applique.

«Surtout après l’attentat terroriste de Winterthour, j’espère de tout cœur que l’auteur ne retrouvera jamais la liberté de me faire du mal ou d’en faire à d’autres.»

Certaines personnes de son entourage l’ont encouragé à raconter publiquement son histoire, afin de montrer que les conséquences d’un attentat se poursuivent bien après les faits. Il a toutefois refusé. Lui et sa famille souhaitent avant tout retrouver leur tranquillité.

Comment va la victime?

Aujourd’hui âgé de 52 ans, l’homme agressé et sa famille resteront durablement marqués par cette attaque, selon l’acte d’accusation. La victime souffre toujours de séquelles physiques et psychologiques. Sa capacité de travail n’est plus que de 45%. Toute la famille est traumatisée.

«Personne dans la communauté juive ne comprendrait que l’auteur soit libéré prochainement»

Quelles sont les attentes de la communauté juive?

Contacté par les médias, l’homme s’est exprimé publiquement pour la première fois. Il résume son attente vis-à-vis du procès en une phrase:

21 heures avant son passage à l’acte, il a publié sur Discord – une plateforme de discussion très utilisée par les joueurs en ligne – la photo d’un pain accompagnée du message en arabe: «Bientôt, si Dieu le veut». Neuf heures avant l’attaque, il a annoncé «la boulangerie». Ces métaphores autour du pain sont des codes connus dans certains milieux islamistes pour évoquer des attentats.

Jonathan Kreutner, secrétaire général de la Fédération suisse des communautés israélites, qualifie l’agression de «l’une des attaques les plus graves contre des Juifs depuis plusieurs décennies». Il rend régulièrement visite à la famille. Il déclare:

Interrogé sur la possibilité d’un pardon, il répond: «Seule la victime et sa famille peuvent pardonner. Cela me paraît difficile. Nous sommes face à un acte motivé par une idéologie. A notre connaissance, l’auteur n’a jusqu’à présent montré aucun signe de prise de conscience».

Quelles sont les réquisitions du ministère public?

Les sanctions prévues pour les mineurs sont relativement modérées, car l’objectif principal n’est pas la punition. Elles reposent sur l’idée que la prison ne transforme pas nécessairement les jeunes en meilleures personnes et qu’elle les expose surtout à d’autres délinquants.

Le ministère public des mineurs utilise toutes les possibilités offertes par le droit pénal des mineurs. Il poursuit Anis T. pour plusieurs tentatives de meurtre et requiert la peine maximale applicable à un adolescent de 15 ans: un an de privation de liberté. Pour les auteurs âgés de 16 ou 17 ans au moment des faits, la peine maximale pourrait atteindre quatre ans.

Pourquoi le procès sera-t-il (en partie) public?

Le législateur considère que la personnalité continue à se construire jusqu’à environ 25 ans. Le droit pénal des mineurs cherche donc à profiter de cette période pour favoriser une évolution du comportement. Il privilégie ainsi les mesures éducatives, qui prennent souvent la forme de travaux d’intérêt général.

Dans les cas graves, un placement dans un établissement fermé est toutefois possible. C’est ce que demande le ministère public dans cette affaire. Une telle mesure permet notamment de traiter d’éventuels troubles psychiques. Les autorités peuvent prolonger ce placement jusqu’au 25ᵉ anniversaire de l’intéressé.

Anis T. se trouve déjà dans une institution fermée. Il y suit une thérapie ainsi qu’une formation professionnelle. Entre-temps, un diagnostic d’autisme a été posé.

Depuis le 1er juillet 2025, les auteurs mineurs de meurtre peuvent, dans certaines circonstances, faire l’objet d’un internement de sûreté une fois devenus majeurs. Mais cette disposition ne concerne que les personnes âgées de 16 ou 17 ans au moment des faits et uniquement les homicides consommés. Anis T. devrait donc être libéré au plus tard à l’âge de 25 ans.

L'avocat du prévenu a tenté de faire pression, affirmant que son client ne s'exprimerait pas en présence des médias, car chaque déclaration risquerait d’être disséquée dans le moindre détail. Cet argument n’a pas convaincu le tribunal.

Le Tribunal des mineurs de Dielsdorf a décidé d’en faire une dans cette affaire, estimant que la procédure présente un intérêt majeur pour le public, «notamment au regard de la situation géopolitique actuelle». Depuis le massacre perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023, les autorités suisses constatent une forte augmentation des actes antisémites.

L’ouverture au public restera cependant limitée. Les journalistes accrédités pourront uniquement suivre, par retransmission vidéo, l’interrogatoire portant sur les faits. Les auditions relatives à la personnalité du prévenu ainsi que les plaidoiries resteront confidentielles. Si Anis T. refuse de répondre aux questions, l’intérêt informatif de la partie publique du procès sera limité.

Les audiences devant les tribunaux des mineurs se déroulent généralement à huis clos. Même les parties civiles, comme la victime, n’y ont normalement pas accès. Cette règle vise à protéger les jeunes prévenus. Des exceptions peuvent toutefois être accordées lorsque l’intérêt public est particulièrement important.

Les parents de l’accusé, représentés par leur propre avocate, se sont quant à eux déclarés favorables à la présence des médias. Dans sa vidéo de revendication, Anis T. a entre autres accusé son père d’avoir renié sa foi.

Afin de protéger le jeune homme, aujourd’hui âgé de 17 ans, le tribunal a imposé des restrictions strictes. Les médias accrédités n’ont pas le droit de publier son véritable nom – même sous forme abrégée –, ni son lieu de résidence, sa commune, son adresse ou des informations permettant d’identifier sa famille. «Anis T.» est un pseudonyme. Les photographies du prévenu et de son entourage sont également interdites, à l’exception des images et vidéos qu’il a lui-même diffusées publiquement. (adapt. tam)

Une attaque au couteau à la gare de Winterthour fait trois bléssés.
Video: watson
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