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Image: shutterstock / Montage watson

Faut-il dissoudre la Task force Covid? Didier Trono répond aux critiques

Critiquée par plusieurs personnalités, le groupe d'experts Covid de la Confédération a-t-il fait son temps? Non, selon le virologue Didier Trono (membre lui-même). Il réfute une quelconque prise de pouvoir sur le politique.
03.02.2022, 05:3703.02.2022, 08:49
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L'existence de la Task force ne tient-elle plus qu'à un fil? Le directeur de l'USAM Hans-Ulrich Bilger reproche au groupe d'experts Covid de la Confédération de faire de la politique et de ne pas assez tenir compte de l'économie et du social. De même que certains politiciens, il réclame la dissolution immédiate du groupe d'experts. Quant à Daniel Koch, l'ancien «Monsieur Covid», il aurait déclaré il y a deux semaines à l'occasion de la conférence d'hiver des arts et métiers que la création même de la Task force était «une erreur absolue».

Alors, la Task force fédérale déborde-t-elle de son rôle consultatif? Lui manque-t-il une légitimité démocratique pour avoir un tel poids dans la vie politique de ce pays depuis bientôt deux ans? Et «répand-elle une mauvaise ambiance au sein de la population», comme l'a avancé Hans-Ulrich Bilger? Nous sommes allés soumettre ces critiques à l'un des principaux intéressés, le virologue Didier Trono, membre du groupe d'experts Covid de la Confédération.

L'existence de la Task force est-elle justifiée?

«Que l’on adhère au courant d'optimisme qu'il y a ces jours par rapport à une pandémie qui pourrait entrer dans une phase de rémission est compréhensible, que l’on prétende qu’on aurait pu tout au long se dispenser d’une expertise autre que celle mise en place avant l’irruption du Covid me semble relever d’un révisionnisme bien inquiétant quand à la future capacité d’anticipation de notre pays face à de telles crises», réagit Didier Trono, président du groupe d’experts «Diagnostics et tests» de la Task force.

Une «expertise autre que celle mise en place avant l’irruption du Covid»: tel est le nœud du problème. Face au président de l'USAM, qui trouve «incompréhensible que la Commission fédérale pour la préparation et la gestion en cas de pandémie (CFP) ne se soit pas réunie une seule fois depuis le début de la crise du coronavirus», le virologue sourit jaune: «Je suggère aux donneurs de leçon d’aujourd’hui de se replonger deux ans en arrière.» A savoir début 2020, quand un embryon de Task force s’est spontanément constitué avant de recevoir un mandat du gouvernement sous une forme plus étoffée:

«Si beaucoup y compris à des postes clefs n’avaient pas sous-estimé la crise en développement, qu'on avait eu suffisamment de tests et des masques pour toute la population, avec une idée précise des mesures à prendre, que notre système de collecte et d’analyse des données épidémiologiques n’avait pas été d’un archaïsme consternant, alors peut-être qu'on aurait pu se contenter des spécialistes présents au sein de l’administration et qu'on aurait pu se féliciter du travail de ceux qui étaient sensés nous avoir préparés contre le risque pandémique»

Selon le site de la Confédération, la CFP «est chargée de conseiller l’administration fédérale sur le plan scientifique en matière de préparation et de gestion en cas de pandémie.» Cette tâche comprend notamment la mise à jour régulière du plan national de pandémie et la participation à l’élaboration de recommandations. Il y a eu manifestement de l'eau dans le gaz au début du Covid. D'où le rôle pris par la Task force, dont Didier Trono souligne l'engagement bénévole:

«Nous faisons tous ça pro bono tout en poursuivant nos activités professionnelles, qui ne sont pas celles de retraités, loin s’en faut. Cela me semble justifier un minimum de respect et une discussion constructive plutôt que des rodomontades stériles»

La Task force fait-elle de la politique?

Non, selon Didier Trono: «Nous n’émettons pas de message politique, mais une analyse tenant compte des données scientifiques, sociales et économiques, dans notre pays comme à l'international, et des recommandations découlant de cette analyse. Et l'application ou non de ces préconisations revient entièrement aux politiques.»

Reste qu'il concède ainsi que son groupe d'experts suggère tout de même aux autorités quelles mesures ils pourraient ou devraient prendre, ce qui n'est déjà plus que le simple partage des «dernières connaissances scientifiques» mis en avant par la Task force en réponse aux critiques. Dans une interview au média romand Bon pour la tête, Michael Esfeld, philosophe des sciences et professeur à l'Unil, regrettait ce passage allant du descriptif (ce qui est) au prescriptif (ce qui doit être fait) dans le discours des scientifiques de la Task force, y voyant une dérive «scientiste»:

«Le scientisme est un terme technique qui signifie la réclamation de connaissances scientifiques qui sont en mesure de prescrire à la société et aux familles jusqu’aux individus comment conduire leur vie»

Mais Didier Trono est catégorique: le groupe de spécialistes qu'il forme avec ses collègues n'a pas de motivation politique et «la santé de l'économie et de la société a toujours été au premier plan de ses réflexions, pour la bonne raison que ses membres réalisent bien que la santé des individus en dépend». Le virologue rappelle que le groupe d'experts regroupe nombre de spécialistes, y compris des économistes et des éducateurs. Il assure que la santé ne prend pas le dessus sur les autres domaines, son collège souhaitant obtenir collectivement une vision la plus globale possible:

«Les membres de la Task force ne sont pas des obsédés de la stérilisation virologique!»

Est-il temps de dissoudre la Task force?

Là encore, c'est par la négative que répond Didier Trono, même s'il est plutôt optimiste sur la sortie prochaine de la pandémie. Sans toutefois perdre la prudence dont il est plus que jamais important de garder en tête selon lui. Le spécialiste rappelle que si le variant Omicron est moins pathogénique, en tout cas pour ceux qui sont vaccinés, la question demeure si un autre variant nous pend au nez. Une hypothèse favorisée par le fait que le Covid circule à l'international avec une part significative de la population à ne pas être, ou peu ou mal, vaccinée.

La seconde interrogation extrêmement importante et qui demeure en suspens, est de savoir quelle robustesse et quelle durabilité offre l'immunité acquise lors d'une infection à Omicron. Nous protègera-t-elle contre le retour d'Omicron au prochain hiver ou contre les sous-variants d'Omicron qui déjà maintenant pointent leur nez? Pour notre interlocuteur, la Task force a encore son rôle à jouer pour livrer son analyse froide et rigoureuse, notamment sur ces questions.

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