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La science a mis en garde contre Omicron, voici comment la politique a réagi

En Suisse, Omicron est actuellement responsable de 55% des nouvelles infections. La Task Force a lancé un avertissement très précis à ce sujet il y a une semaine, mais les politiques ne semblent pas se laisser intimider.
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28.12.2021, 18:31
Petar Marjanović
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L'Office fédéral de la santé publique (OFSP) a annoncé lundi, après les fêtes de fin d'année, que 36 261 infections au Covid avaient été déclarées en Suisse depuis la veille de Noël. Le séquençage exact du virus n'a pas encore été analysé. Toutefois, les premiers chiffres du canton de Genève permettent de conclure que le variant Omicron est bien là et qu'il fait des ravages.

La Task Force avait mis en garde à ce sujet. Il y a une semaine jour pour jour, elle a publié un rapport de situation dans lequel des scénarios ont été modélisés pour la période entre Noël et le Nouvel An. Nous y lisons:

  • «Depuis son apparition, la fréquence du variant Omicron se multiplie par 2 ou 3 par semaine. Nous nous attendons donc à ce que ce variant domine les infections en fin d'année».
  • « Dans ce scénario, il est possible que le nombre de cas atteigne un minimum intermédiaire avant la fin de l'année puis recommence à augmenter. Un nombre de cas supérieur à 20 000 par jour au cours de la deuxième semaine de janvier est plausible».
  • «Ainsi, la troisième dose est un outil efficace pour freiner l'augmentation du nombre de cas. [...] Si la propagation d'Omicron doit être freinée à l'aide de la vaccination de rappel, il faut rapidement la généraliser au sein de la population».

Le rapport a également publié le modèle de calcul suivant pour les jours à venir. En noir, la coupe sur 7 jours des cas suisses est également visible ci-dessous.

C'était il y a sept jours.

Les chiffres

Il s'avère aujourd'hui que le conseil scientifique de la Confédération a une fois de plus raison. Après un léger fléchissement, les chiffres remontent. Cela est certainement lié à la multiplication des tests juste avant les fêtes de fin d'année. De nombreuses personnes ont voulu se faire tester avant Noël afin d'assurer une certaine sécurité lors des fêtes familiales.

Courbe noire: moyenne sur 7 jours du nombre de cas.

L'augmentation du taux de positivité dans certains cantons indique toutefois que la nouvelle vague d'infection est également liée à une plus grande circulation du virus. Les premières données de séquençage provenant du canton de Genève indiquent que la proportion d'Omicron est estimée entre 68 et 78%. Les données à l'échelle de la Suisse révèlent une proportion légèrement supérieure à 50%. Cette tendance est à la hausse, comme cela a été modélisé scientifiquement en guise d'avertissement.

Echec du booster

La recommandation des scientifiques était claire:

«Si la propagation d'Omicron doit être freinée à l'aide de la vaccination de rappel, il faut rapidement la généraliser au sein de la population»

Mais les autorités ont hésité à la mi-décembre et ont même empêché certaines personnes désireuses de se faire vacciner. Le canton de Zurich a administré des rappels de vaccination cinq mois après la deuxième dose. Ensuite, elle les a stoppés de manière bureaucratique.

Le Conseil fédéral a fait plier les cantons en renforçant l'obligation de certificat pour certains secteurs, comme les bars et les piscines couvertes. Seules les personnes fraîchement vaccinées ou ayant reçu une dose de rappel peuvent encore y accéder.

Certains cantons ne se sont toutefois pas laissés stresser par le gouvernement: le 17 décembre, ils ont attendu que la recommandation de vaccination soit également actualisée par la Commission fédérale pour la vaccination après la décision du Conseil fédéral.

Autorités et politique muettes

«Un nombre de cas supérieur à 20 000 par jour au cours de la deuxième semaine de janvier est plausible»

Si le nombre de cas augmente, comme le laissent supposer les modèles de la Task Force, davantage de personnes devront être hospitalisées.

Les politiques ne se laissent pas intimider par cet avertissement. Le président de la Confédération Guy Parmelin et le cadre de l'OFSP Patrick Mathys reconnaissent certes que la Suisse est en retard en matière de vaccination de rappel.

«Beaucoup disent que le Conseil fédéral a exagéré dans les mesures qu’il a prises. Mais le Conseil fédéral a assumé sa responsabilité de direction en décidant de mesures sévères et en ayant le courage de ne pas aller aussi loin que ce qui était parfois demandé.»
Le président de la Confédération Guy Parmelin

La conseillère nationale des Verts Katharina Prelicz-Huber a même plaidé pour qu'on «ne s'emballe pas», ce qui serait contre-productif. Il faut observer la situation et garder son calme.

Le conseiller fédéral et ministre de la Santé Alain Berset n'a pas donné d'interview pendant les fêtes.

Hic de communication

Et le directeur de la vaccination, Christoph Berger? Il a fait les gros titres lorsqu'il a raccroché le téléphone, agacé, après une conversation critique et acerbe avec l'animateur radio Roger Schawinski.

Ce n'était d'ailleurs pas le seul hic de communication des autorités fédérales juste avant Noël. Il y en a eu un deuxième dans l'émission «Rundschau», lorsque Patrick Mathys, cadre de l'OFSP, a dû s'exprimer sur le commerce de masse des faux certificats de vaccination. Rappelons que des cas ont été découverts dans plusieurs cantons, où probablement plus de 10 000 certificats Covid ont été vendus ou offerts à des personnes non vaccinées et non testées.

Patrick Mathys a condamné les falsifications. Mais dans la foulée, il a déclaré que les certificats falsifiés n’exerçaient «aucune influence» sur le développement de la pandémie. Cette déclaration est en contradiction avec le risque qu'un individu devienne le «superspreader» d'une discothèque grâce à un certificat acheté.

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Il reste encore un troisième point: dans une situation critique, l'OFSP a décidé de ne pas publier au grand public les chiffres Covid pendant six jours entre Noël et Nouvel An. Les collaborateurs de l'OFSP peuvent certes bénéficier d'une période plus calme. Mais en même temps, des cantons comme Genève ou le Tessin publient des chiffres même pendant les jours fériés. Le personnel soignant fait des heures supplémentaires. Une telle éthique de travail de la part de l’OFSP ne peut être comprise que comme une dérision.

Et maintenant ?

Rappelons brièvement ce qui est en vigueur pour les prochains jours:

  • Les dernières restrictions imposées par la Confédération sont valables jusqu'au 24 janvier 2022. Elles comprennent une obligation de certificat plus stricte (2G ou 2G+), une obligation de travailler à domicile et une obligation de porter un masque à partir du niveau secondaire II (gymnases et autres).
  • La prochaine réunion du Conseil fédéral est prévue pour le 12 janvier. Les gouvernements cantonaux peuvent toutefois se réunir plus tôt si la situation épidémiologique l'exige.
  • Le vaccin de rappel est désormais administré partout quatre mois après la deuxième vaccination. Selon les données de la Confédération, il n'y a pas encore eu d'affluence dans les centres de vaccination.

Faut-il s'inquiéter? Nous avons pu nous entretenir à ce sujet avec les deux épidémiologistes Christian Althaus et Marcel Salathé. Leurs prises de position se lisent à la fois comme rassurantes et inquiétantes.

Marcel Salathé est un épidémiologiste suisse.
Marcel Salathé est un épidémiologiste suisse.image: keystone
«Si le variant Omicron semble moins dangereux que le variant Delta, il est le maître dans l'art de la contagion. Le mur d'Omicron qui s'abat sur nous va entraîner un nouveau défi: faire fonctionner l'infrastructure du mieux possible malgré des absences massives pour cause de maladie».
Marcel Salathé

Marcel Salathé rappelle qu'en l'état actuel des connaissances, Omicron provoque des symptômes légèrement moins graves. La raison en est, selon le rapport de la Task Force, que «ce variant est génétiquement le plus proche des variants qui ont circulé au premier semestre 2020. Il n'est pas issu d'un autre variant préoccupant». La mutation est toutefois responsable de la haute contagion du virus.

Christian Althaus est épidémiologiste à l'Université de Berne.
Christian Althaus est épidémiologiste à l'Université de Berne.image: keystone

Cela préoccupe également l'épidémiologiste Christian Althaus. Dans sa déclaration, il a fait allusion au Conseil fédéral: «Si le modèle de calcul s'avère exact, de nouvelles mesures seront nécessaires».

«Comme prévu, Omicron a pris le dessus à Noël et représente désormais la majorité des cas confirmés. Cela entraînera une nouvelle augmentation des infections. Les personnes vaccinées et guéries devraient continuer à présenter une bonne protection contre un développement grave de la maladie. Toutefois, si les personnes non vaccinées s'infectent trop rapidement, cela peut toujours entraîner une surcharge des unités de soins intensifs. Nous allons maintenant voir si le Conseil fédéral peut tenir sa promesse de ne prendre des mesures que pour les personnes sans certificat».
Christian Althaus

Traduit de l'allemand par Charlotte Donzallaz

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