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La Suisse est au top en robotique et en IA, mais il y a un problème

La Suisse est à la pointe dans le domaine de la robotique. Ici, des étudiants de l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich (ETH) travaillent sur de nouvelles applications au sein du «Robotics Club ...
La Suisse est à la pointe dans le domaine de la robotique. Ici, des étudiants de l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich (ETH) travaillent sur de nouvelles applications au sein du «Robotics Club».Image: Keystone

La Suisse est une machine à start-up, mais un problème persiste

La Suisse voit naître autant d'entreprises deep tech que presque nulle part ailleurs dans le monde. En matière de levée de fonds, en revanche, le pays a un problème.
22.06.2026, 21:1722.06.2026, 21:17
Stefan Ehrbar

La Suisse s'affirme comme l'un des sites les plus importants au monde pour les nouvelles entreprises technologiques. C'est ce que montre le rapport annuel de la fondation Deep Tech Nation Switzerland. Par le terme «deep tech», on entend des entreprises dont les produits reposent sur une recherche intensive et qui résolvent des problèmes complexes.

Dans la pratique, il s'agit le plus souvent d'entreprises actives dans des domaines comme l'intelligence artificielle (IA), la robotique et la biotech.

Des universités à la pointe

Comme le montre le rapport, les entreprises deep tech ont levé, en 2025, 2,6 milliards de dollars américains (environ deux milliards de francs) de capital-risque dans le pays, un record.

Entre 2020 et 2026, 1470 dollars (1160 francs) ont été investis par habitant dans des entreprises deep tech en Suisse, plus que partout ailleurs en Europe. La Suède suit à la deuxième place avec 1328 dollars américains. Dans des pays comme l'Allemagne ou la France, cette valeur se situe nettement sous les 500 dollars. A l'échelle mondiale, la Suisse occupe la troisième place, derrière Israël et les Etats-Unis.

Cette évolution est due pour l'essentiel aux écoles polytechniques fédérales, l'EPFL à Lausanne et l'EPFZ à Zurich, ou ETH. Elles sont les universités d'Europe qui ont produit le plus de start-ups dans le domaine du deep tech depuis 2023, devant celles d'Oxford, de Cambridge et de l'Université technique de Munich.

La Suisse en tête dans le domaine de la robotique

Pour ce qui est de la valeur d'entreprise cumulée créée depuis 2010, l'EPFL devance encore l'EPFZ, avec 11,3 milliards de dollars (8,9 milliards de francs) contre 8,9 milliards de dollars (environ 7 milliards de francs). Mais cette dernière rattrape son retard.

Depuis 2023, elle a donné naissance à 24 start-ups financées par du capital-risque dans le domaine du deep tech, là aussi un record. On entend par là des entreprises nées au sein de la haute école, mais qui deviennent ensuite des sociétés autonomes. Alexandre Meldem, responsable de la commercialisation internationale au sein de la fondation Deep Tech Nation Switzerland, indique:

«L'EPFZ est aujourd'hui la source la plus productive de ce type de start-ups en Europe. Cela reflète le glissement vers l'IA et la robotique, des domaines où Zurich est exceptionnellement bien positionnée, tant dans ses laboratoires que dans les clusters de recherche des grandes entreprises alentour.»

Selon le rapport, outre les écoles polytechniques fédérales, l'Université de Zurich est également considérée comme une «institution clé» dans le domaine de la robotique. Pour ce qui est des créations d'entreprises dans ce domaine, la Suisse a même dépassé les Etats-Unis, notamment grâce à ses hautes écoles et aux entreprises qui en sont issues.

Par habitant, on investit dans le pays 3,5 fois plus de capital-risque dans les start-up de robotique qu'aux Etats-Unis.

En valeur absolue, c'est toutefois encore et toujours le secteur biotech qui fait référence. Depuis 2020, il a attiré environ 5,2 milliards de dollars (4,1 milliards de francs) de capital-risque, nettement plus que tous les autres secteurs. S'y ajoutent 2,3 milliards de dollars (1,8 milliard de francs) investis dans de jeunes entreprises medtech. Le secteur des sciences de la vie domine donc toujours la levée de fonds.

Les entreprises d'IA renforcent leur part

Mais un glissement se dessine au niveau des nouvelles créations d'entreprises. Entre 2010 et 2021, 31% des sociétés deep tech nouvellement créées étaient actives dans le domaine de la biotech, 11% dans celui de l'IA et 5% dans celui de la robotique. Entre 2022 et 2026, la part de la biotech est tombée à 26%, tandis que celle des entreprises d'IA est montée à 25% et celle des entreprises de robotique à 9%.

Ce glissement devrait également se traduire, avec un certain retard, au niveau du capital. Selon Alexandre Meldem, la diversification se manifeste plus rapidement au niveau des créations d'entreprises qu'au niveau du capital qui les soutient:

«La biotech et la medtech sont gourmandes en capital, avec de longs cycles de développement et de réglementation; c'est pourquoi elles lèvent les plus grosses tranches de financement et continuent de dominer le financement.»

L'IA et la robotique seraient en revanche la génération la plus jeune d'entreprises: «Le capital suivra, dès qu'elles se seront davantage établies», résume Alexandre Meldem.

Un problème dans le financement

Mais en matière de financement, la Suisse a un problème. Dans les premières phases de création d'entreprise, les investisseurs locaux fournissent encore environ un tiers du capital. Lorsque les entreprises grandissent et ont besoin de davantage d'argent lors de levées de fonds ultérieures, leur part tombe à 12%. La majorité du capital des tours de financement où des entreprises individuelles lèvent au moins 100 millions de dollars américains provient des Etats-Unis.

Dans les tours de série B et C, c'est-à-dire lorsqu'il ne s'agit plus de développer un produit ou de faire les premiers pas sur le marché, mais de croissance, de conquête de nouveaux marchés et d'élargissement de la gamme de produits, seule une poignée d'investisseurs locaux jouent encore un rôle.

On y trouve la société de capital-risque bâloise Ace Ventures, la société d'investissement genevoise Endeavour Vision, spécialisée dans la medtech, et Swisscanto, une filiale de la Banque cantonale de Zurich.

La fondation Deep Tech Nation Switzerland, créée par UBS et Swisscom, souhaite élargir ce cercle, par exemple en fournissant des informations sur les rendements ou en formant les décideurs. Le capital des caisses de pension, des family offices et des assurances doit être mobilisé pour le deep tech suisse, affirme Joanne Sieber, directrice de la fondation.

C'est pourquoi la fondation a créé un fonds dans lequel ce type d'investisseurs peut placer son argent. Il s'agit aussi de préserver la souveraineté technologique et la création de valeur dans le pays, explique Joanne Sieber. Les écoles polytechniques fédérales ont, à elles seules, déjà donné naissance à une douzaine de start-ups qui ont atteint une valorisation de l'ordre du milliard, parfois seulement de façon temporaire. La Suisse n'en profite aujourd'hui encore que trop peu.

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