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Ukraine: une jeune réfugiée se confie sur son arrivée en Suisse

Maria, réfugiée ukrainienne arrivée dans le canton de Vaud au mois de juin 2022 raconte les deux années passées en Suisse

«Etre en Suisse est une merveilleuse opportunité»: une Ukrainienne se confie

Le 24 février 2022 la Russie a envahi l'Ukraine, qu'en est-il de la situation des réfugiés en Suisse? watson a revu Maria, 17 ans et sa famille qui avaient été accueillis à Gilly (VD) grâce à l'ONG Tipiti et le soutien de SOS Village d'Enfants Suisse.
30.03.2024, 06:5930.03.2024, 18:25
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Lorsque nous revoyons Maria franchir la porte du foyer de Gilly, nous ressentons la même impression qu'il y a presque deux ans, lors de son arrivée en Suisse. La jeune ukrainienne a conservé son sourire et son regard pétillant qui avaient tout de suite attiré notre attention.

«Il n'y a pas de problème, je peux parler en français»

Elle semble lointaine, la jeune fille un peu timide que nous avions rencontrée au mois de juin 2022. Comment vit-elle son séjour en Suisse? Quelles sont ses perspectives? Quel regard porte-t-elle sur son pays? Maria nous livre son quotidien, secondée par Ana Rexhepi, éducatrice et traductrice engagée par l'association Tipiti.

Le français avant tout

«Vous allez voir, le parcours de Maria est exceptionnel», lance avec fierté Ana. La traductrice et éducatrice de l'association Tipiti loue la capacité d'adaptation de la jeune fille, mais surtout sa réussite scolaire. «Elle va bientôt entrer au gymnase alors qu'elle ne parlait pas un mot de français il y a deux ans, c'est extraordinaire», souligne l'éducatrice. Maria acquiesce et confirme les difficultés d'apprivoiser le français.

«Les premiers jours à l'école, j'étais perdue, je ne comprenais rien et j'utilisais tout le temps mon téléphone portable pour la traduction.»
Maria Kirichenko

Il faut dire qu'elle n'a pas choisi la facilité à son arrivée en Suisse. Ses parents ainsi que l'ONG Tipiti ont souhaité l'intégrer directement dans une classe de niveau secondaire à Rolle, sans passer par l'école d'accueil*.

«Au début, c'était très difficile d'être dans une classe où j'étais la seule à ne pas parler français, mais, à la fin, je me dis que c'était une bonne chose.»
Maria

Un avis partagé par Ana la traductrice qui juge son intégration dans une classe «typiquement suisse» comme «une véritable chance». Maria raconte que ses amis ukrainiens rencontrés à Rolle et à Morges avaient beaucoup de difficultés dans l'apprentissage du français.

«Mes amies ukrainiennes ne sont pas motivées à apprendre le français, car elles pensent toujours rentrer au pays»
Maria Kirichenko

La jeune femme avance une explication à ce comportement. En effet, les familles ukrainiennes arrivées dans la région sont composées presque exclusivement de mères et d'enfants, les hommes en âge de combattre n'étant pas autorisés à quitter le pays. Face à l'absence de leur père et autres frères devenus majeurs, les familles «souhaitent retourner en Ukraine et ne s'investissent pas beaucoup dans l'apprentissage du français» selon la collégienne.

Une véritable chance

L'échange avec Maria est fluide, quelques mots traduits çà et là, la jeune femme répond à toutes nos questions sans fard. Nous lui montrons sa première interview vidéo pour watson et lui demandons ce qui a changé pour elle depuis plus d'une année, la réponse ne se fait pas attendre:

«L'année passée, je voulais rentrer en Ukraine, mais aujourd'hui j'ai beaucoup d'amis, j'aime l'école et je veux rester en Suisse pour étudier»
Maria
Vidéo: watson

Plus question de retourner en Ukraine, sa famille d'accueil est établie dans le canton de Vaud et ses perspectives d'avenir aussi. Ses seules attaches dans son pays? Sa meilleure amie, mais surtout son grand frère de 21 ans qui ne peut pas quitter l'Ukraine, car «il pourra être recruté par l'armée dès la fin de ses études». L'adolescente avoue avoir vu son arrivée en Suisse comme «une chance et un nouveau départ».

«Tout était magnifique et quand j'ai compris que je pouvais rester ici et peut-être faire des études supérieures, j'ai saisi cette merveilleuse opportunité.»
Maria

Mais malgré l'accueil et la gentillesse de ses professeurs, elle n'a pas été épargnée par les remarques «méchantes» voire xénophobes, de ses paires. «Dans la cour d'école, certains élèves me disaient de rentrer chez moi en Ukraine et que je n'avais pas ma place en Suisse, mais cela n'a eu aucun impact sur ma scolarité, je ne voulais pas y accorder d'importance». Ce qui inquiétait Maria, c'étaient plutôt les mauvaises expériences vécues par l'un de ses frères, de «vraies remarques racistes» qui montrent, selon la jeune fille, que les garçons sont plus visés par ce genre de comportement.

Et maintenant?

La famille de Maria et ses huit frères et sœurs doivent quitter le foyer du Gilly et elle est à la recherche d'un grand logement à louer dans la région. Aux parents s'est ajoutée la grand-mère maternelle qui les a rejoints en Suisse il y a quelques mois.

Concernant la prolongation du statut S de sa famille, Maria ne se dit pas inquiète. En effet, l'ONG Tipiti a conclu un contrat de travail avec les parents de l'adolescente, ils sont donc rémunérés en tant que famille d'accueil, ce qui leur permettra de faire valoir le statut de salariés en cas de remise en question de leur permis S.

«Cela pourrait être un argument important pour rester en Suisse, mais officiellement leur situation et le statut S est toujours dépendant de l'issue du conflit.»
Ana Rexhepi

En regardant Maria, on ne décèle pas une once d'inquiétude. Les préoccupations administratives ne semblent pas faire partie de son quotidien constitué de cours, de sorties entre amies, de matchs de volleyball et d'entraînement de taekwondo: «Mon père n'était pas très enthousiaste à me voir pratiquer un sport de combat, car en Ukraine, les filles ne font pas ça, mais j'ai réussi à le faire changer d'avis». A n'en pas douter, l'adolescent sait faire preuve de persuasion.

Les réfugiés ukrainiens
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Les réfugiés ukrainiens
Dans un centre d'accueil improvisé en Moldavie.
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Témoignage d'une famille de réfugiés
Video: watson
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