«Nous nous en tenons à la position de fermeté du rectorat, auquel nous apportons notre soutien», déclare le président du PLR genevois Pierre Nicollier, joint lundi par watson. Les groupes du Grand Conseil devaient se réunir séparément dans la soirée pour décider de leur habituel ordre de jour. Les libéraux-radicaux n’envisageraient pas, pour l’heure, de démarche politique particulière, préférant se ranger derrière la direction de l’Université de Genève (Unige) dans son bras de fer avec la CUAE. Le syndicat étudiant est sous le coup d'une mise en demeure du rectorat dans une affaire d'agenda controversé en raison de messages en lien avec le conflit israélo-palestinien.
Assortie d'un délai de dix jours, la mise en demeure «prendra fin jeudi 26 septembre à minuit», indique Antoine Guénot, attaché de presse au service de la communication du rectorat. A partir de là pourra s’enclencher ou non un processus visant à retirer la reconnaissance du statut d’association à la CUAE, la Conférence universitaire des associations d’étudiant.e.x.s. Le cas échéant, cela reviendrait à dissoudre la faîtière étudiante, dont trois postes à 40% sont financés par le produit des taxes universitaires.
Il est demandé au syndicat étudiant, connu pour son militantisme façon gauche radicale, de se conformer à la Charte d’éthique et de déontologie de l’Unige. Le rectorat reproche à la CUAE de l'avoir violée. Il estime qu'elle s'est mise en faute en ne respectant pas les deux articles suivants de la charte:
Dans son agenda 2024-2025 au contenu politiquement orienté, la CUAE a publié deux notes au cœur de la polémique. L’une reprend sur plusieurs pages le slogan propalestinien «Free Palestine, from the river to the sea» («Palestine libre, de la rivière à la mer»), qui suppose la disparition d’Israël sous sa forme actuelle. L’autre mentionne le triple détournement d’avion, dont un appareil de la compagnie Swissair, en 1970 sur un aéroport de Jordanie, par le Front populaire de libération de la Palestine, une organisation reconnue comme terroriste par l’Union européenne et les Etats-Unis.
Découvrant ces messages, la Coordination intercommunautaire contre l'antisémitisme et la diffamation (Cicad) a dénoncé, dans un communiqué daté du 11 septembre, une «opération de propagande sinistre et dangereuse de la CUAE à l’Université de Genève». A propos du rappel du triple détournement d'avion par le FPLP, elle a parlé d'une «apologie du terrorisme». Le rectorat de l’Unige a interdit peu après la distribution aux étudiants de l’agenda, imprimé à 5500 exemplaires et ayant bénéficié d’une subvention de 30 000 francs accordée en avril dernier par la commission des taxes de l’Unige.
Deux autres notes figurant dans l’agenda pourront paraître problématiques: elles qualifient à tort d’assassinats policiers des actes qui relèvent du meurtre ou de l’homicide. «Qualifier faussement des faits d’assassinats peut porter atteinte à l’honneur des personnes mises en cause», relève Sébastien Desfayes, député du Centre au Grand Conseil genevois.
Cette qualification erronée – l’assassinat suppose la préméditation – pourrait contrevenir à l’article 1 de la Charte d’éthique et de déontologie de l’Unige, qui veut que la communauté académique œuvre à «la recherche de la vérité».
Pour Sébastien Desfayes:
Le député centriste fait un constat à regret:
Si le Centre devrait s'abstenir de toute initiative législative dans ce dossier, le groupe UDC du Grand Conseil devait débattre lundi soir d'un projet de loi émanant de l'un de ses membres, Stéphane Florey, demandant que la neutralité politique s'applique à l'Université de Genève. Quant au Parti socialiste, son président Thomas Wenger a indiqué à watson vendredi déjà qu'il n'entreprendrait aucune démarche pouvant inquiéter la CUAE.
A l'approche de l'ultimatum que lui a fixé le rectorat, deux options au moins s'offre à la CUAE (qui n'a pas répondu à nos sollicitations):