Les images des incendies qui ont frappé les alentours d'Athènes, mi-août, étaient spectaculaires et n'ont cessé d'alimenter les craintes. En Suisse, la question est aussi prégnante et brûle les lèvres des spécialistes. Les feux de forêts de Bitsch, dans le Haut Valais, touchant l'équivalant de 140 terrains de football, le 17 juillet 2023, ont rappelé aux autorités que la Suisse ne sera pas épargnée par la sécheresse et le réchauffement climatique.
Si le danger actuel d’incendies de forêt est majoritairement limité en Suisse, le Valais et ses zones montagneuses sont des secteurs propices à voir des arbres cramer. Le canton fait partie des régions qui font exception, avec des avis de danger «marqué» à «fort». Les régions du Simplon Nord, de Sion-Sierre, du Südrampe et de Vispertal, elles, sont concernées par un danger fort.
Alors, comment se prépare-t-on au pire?
Interrogé sur le processus à appliquer lors d'hypothétiques feux de forêt, l'Etat du Valais explique que des changements sont en cours:
A l'autre bout du fil, David Vaquin, commandant des sapeurs-pompiers de Sion, souligne qu'«aujourd'hui, on passe des intempéries aux feux de forêt. On sait que c'est le même refrain désormais tous les étés»
Néanmoins, une année après la frayeur de Bitsch, aucun changement drastique n'a été instauré. «On a pas attendu le feu de forêt de Bitsch pour être au point dans ce domaine. Il y a bien sûr toujours des points de perfectionnement et d'amélioration dans la formation et le matériel», nous répond le commandant des pompiers sédunois.
Le matériel et les véhicules équipés, les soldats du feu du canton doivent se parer afin d'affronter les incendies qui vont se multiplier. Et ce, notamment en frappant les flammes depuis les airs.
En 2023 justement, sous la coupole fédérale, les questionnements ont fusé sur l'équipement de nos pompiers, notamment en ce qui concerne la lutte contre les incendies par les airs. Le «bambi buckets», par exemple, ce récipient souple, similaire à un sac, installé sous le fuselage d'un hélicoptère, est-il encore adéquat? «Pourquoi il ne le serait pas», coupe David Vaquin.
Le canton du Valais complète que «ce système permet, en fonction de la puissance de la machine, de convoyer entre 400 et 2000 litres d’eau».
Et le Canadair, ne serait-il pas plus efficace? Pour le chef des pompiers de la ville de Sion, le sujet a été à maintes reprises débattu: «Ce n’est pas parce que c’est un moyen qui apparaît surpuissant qu’il est forcément adapté pour résoudre tous les problèmes».
David Vaquin comprend que «lorsque l’on voit les images de Canadair en France, en Grèce ou en Italie, on pense tout de suite que c’est le moyen idéal.»
Or, pour le commandant valaisan, il rappelle «les énormes différences entre le relief méditerranéen et celui d’une vallée latérale valaisanne».
Pour clore le débat, le Conseil fédéral, en août 2023, a balayé l'idée d'acquérir ces appareils. Les professionnels se sont, eux aussi, montrés réticents, arguant que ces bombardiers d'eau étaient inadaptés pour le territoire helvétique.
David Vaquin l'affirme:
Même constat pour l'Etat du Valais, qui assure que «l’utilisation d’un hélicoptère, dans nos montagnes, est efficace et très précise au niveau des largages et des rotations».
David Vaquin insiste également sur la topographie et les essences d'arbre «qui ne sont pas les mêmes que le sud de la France, mis à part certaines forêts en plaine ou à proximité comme le Bois de Finges».
Ce qui pose ou poserait problème est l'accessibilité. «En ce moment je suis à Bruson. Et si je regarde en face, la forêt est inaccessible. C'est l'une des spécificités de nos forêts: elles sont montagneuses».
Mais ça s'active dans les coulisses pour y remédier et développer une accessibilité renforcée. A Sierre, par exemple, une unité de détachement héliporté pour combattre les flammes est présentée comme précurseuse. «L'autorité politique nous a demandé d'avancer sur une couverture de ce risque», explique Lucien Cottier, commandant du district de Sierre.
Les étapes se sont enchaînées et dès à présent, une unité de spécialistes de feu de forêt a été mise en place (durant près de quatre ans), pour des opérations physiquement difficiles et dangereuses.
De nombreux facteurs cumulés font que «les interventions sollicitent fortement nos sapeurs-pompiers, qui sont passés par des sélections sérieuses», déclare Lucien Cottier.
Pour se préparer et former ses pompiers, le Valais a pris exemple sur le Tessin, ainsi que la France pour faciliter la communication dans la formation des pompiers valaisans. Lucien Cottier:
Lucien Cottier, ajoute que ses troupes sont en collaboration intensive avec les pompiers professionnels de Lugano – confrontés à des problèmes similaires, où plusieurs visites et formations ont eu lieu.
Car les méthodes sont différentes entre le secteur urbain et forestier. «Nous devons par exemple travailler avec très peu d'eau. Il y a la gestion du matériel aussi, qui est nettement plus complexe qu'en zone urbaine. Si on oublie quelque chose, on ne peut pas descendre au camion comme lors d'un incendie en ville. Là, c'est au milieu de la forêt, on ne peut rien oublier», analyse le commandant sierrois.
Il y a également un soin tout particulier qui a été apporté aux équipements. «Un équipement urbain est modelé pour un feu intérieur, qui est virulent et intensif. En forêt, l'exposition thermique est différente et l'uniforme doit s'adapter à l'effort physique qui est plus violent. Il doit aussi être plus visible pour les collègues qui sont à bord de l'hélicoptère».
D'où l'importance de former les pompiers à ces nouvelles méthode.
En Suisse romande, il y a le projet de fonder ces détachements héliportés, mais c'est encore pour l'heure de la musique d'avenir. En Valais, on est donc dans le concret. «Là nous n'avons un groupe sierrois qui englobe tout le district de Sierre», éclaire-t-il, qui se chiffre à une cinquantaine de spécialistes appelés à se rendre sur le front.
Lucien Cottier pointe une autre problématique durant ces incendies de forêt: les vacances d'été et l'absence de certains éléments pour former des groupes suffisants pour lutter contre les flammes. «Elargir les effectifs des pompiers spécialistes pour ce genre d'intervention, sur tout le district, permet de combler les absences», rappelle-t-il, soulignant le temps d'intervention, qui dure plusieurs jours pour un incendie en forêt contre quelques heures pour un feu d'appartement.
Lucien Cottier convient que la Suisse est encore épargnée comparé à nos voisins européens. «Malgré tout, en Valais, le feu de forêt s'inscrit dans la culture du pompier. Les catastrophes de Loèche, de Bitsch ont imprégné la mémoire de notre canton».
Du côté de Sion, David Vaquin confirme suivre «de très près» l'exemple des collègues sierrois. Et plus encore, avec une évaluation globale concernant le danger des incendies en forêt.
Pour finir, le commandant sédunois souligne le comportement souvent exemplaire de la population. David Vaquin rappelle, tout de même, que la principale cause des feux de végétation, outre la foudre, reste «le facteur humain (réd: mégot de cigarette, le camping sauvage), qui est tout de même bien sous contrôle».
Mais le commandant et ses équipes continuent de diffuser des messages de prévention. Selon une étude française, 90% des départs de feux de forêt ont pour origine les activités humaines.
Pour vaincre les feux, il faut non seulement former les pompiers, mais aussi éduquer les gens.