Pourquoi on ne mesure pas les cyanobactéries dans le Léman?
Craintes, questions et sensibilisation: la détection des cyanobactéries dans les eaux et sites de baignade fait beaucoup parler d'elle chaque été. Pour prévenir les incidents – notamment la mort de chiens – et rassurer la population, Vaud mise sur la responsabilité de chacun et la prévention.
Lorsqu'on lui pose la question, Florence Dapples est très claire. «On ne mesure pas les cyanobactéries de manière systématique.» Ni dans le Lac Léman ni dans les autres plans d'eau vaudois.
«Beaucoup de gens nous le demandent, notamment les propriétaires d'animaux, mais il n'y a en fait pas de méthode disponible pour surveiller au quotidien la présence de cyanobactéries dans les eaux», continue la cheffe de la division Protection des eaux de la Direction générale de l’environnement du Canton de Vaud (DGE). Ces micro-organismes photosynthétiques sont présents naturellement dans les rivières et les lacs et prolifèrent par temps chauds.
Selon les quantités présentes, l'ingestion de cyanobactéries peut provoquer des intoxications chez l'être humain et la mort d'animaux de compagnie. Des cas de chiens mortellement intoxiqués après une baignade ont d'ailleurs occupé la scène médiatique ces dernières années, notamment dans le Lac de Neuchâtel, où six chiens sont morts à l’embouchure de l’Areuse en juillet 2020 après avoir ingéré les bactéries.
Un suivi en temps réel «trop compliqué»
Plus concrètement, les cyanobactéries – il en existe deux types, benthique et planctonique -, peuvent se développer au fond des plans d'eau «un peu comme des tapis», illustre Florence Dapples. Les micro-organismes se mettent alors à faire la photosynthèse, ce qui crée des petites bulles d'air qui les font remonter à la surface.
«Ce sont ces amas flottants similaires à de la laine mouillée que l'on voit sur l'eau qui, souvent, attirent les chiens, qui repèrent aussi leur odeur.» D’autres espèces se développent dans les couches d’eau, avec des teintes pouvant faire penser à des dépôts de peinture. Leur couleur a d'ailleurs encouragé l'appellation d'«algues bleu-vert» jusqu'à récemment.
La difficulté? Une telle situation peut changer rapidement. «Il suffit qu'il pleuve pour que les particules retombent au fond du lac», souligne la responsable. Il serait ainsi «trop compliqué» d'évaluer la situation en temps réel sur l'ensemble des plages du territoire cantonal.
Il y a, bien sûr, des lois et des normes pour les eaux de baignade, que les communes se doivent de respecter. Des indicateurs tels que les bactéries fécales escherichia coli ou entérocoques intestinaux sont régulièrement mesurés et analysés. Mais pas les cyanobactéries.
Sensibiliser plutôt qu'interdire
A l'inverse de ce qui est examiné en laboratoire, celles-ci sont visibles à l'oeil nu par tout un chacun. «La population peut, d'elle-même, juger si une eau est limpide ou non, si elle est assez propre pour s'y baigner ou non», relève Florence Dapples. Tout passe ainsi par l'observation et la sensibilisation.
Chaque année depuis trois ans, l'Etat de Vaud produit des communiqués en amont de la saison estivale pour sensibiliser le public, notamment les propriétaires de chiens. Des guides sont également à disposition des communes, tout comme des pancartes jaune vif à disposer près des lieux de baignade.
Ces outils sont d'ailleurs préférables aux interdictions de baignade systématiques, qui devraient être régulièrement réévaluées, poursuit la cheffe de la division. «Il ne s'agit pas de faire peur, mais au contraire de dire aux gens: "on vit avec". C'est la nature, c'est nous qui y allons et c'est à nous d'apprendre à la connaître. C'est un peu similaire au fait qu'en forêt, on a appris qu'on ne cueillait pas tous les champignons», conclut la collaboratrice de la Direction générale de l'environnement (DGE). (jzs/ats)
Comment reconnaître une prolifération de cyanobactéries?
Il est important de rester attentif aux amas qui se forment à la surface de l'eau sous forme de «tapis flottant» et de prendre garde à la coloration de l'eau qui peut virer au bleu turquoise, rougeâtre ou brun-jaune.
Que faire en cas de prolifération?
En cas de présence de cyanobactéries, il s'agit d'éviter les activités nautiques telles que la natation, la plongée ou le paddle. Faire attention à ce que les enfants ne boivent pas l'eau ou ne mettent pas les galets à la bouche est également essentiel. Les animaux domestiques - les chiens - ne devraient pas nager ou boire l'eau contaminée. En cas de contact avec la peau ou les yeux, les recommandations préconisent de se rincer immédiatement à l'eau courante.
Quels symptômes surveiller?
L'ingestion de cyanobactéries peut provoquer des troubles digestifs et des irritations cutanées ou oculaires chez l'être humain. Il faudrait ainsi veiller aux divers symptômes d'intoxication: maux de ventre, diarrhée ou encore vomissements. En cas d'apparition, un médecin doit d'être contacté (Centrale téléphonique des médecins de garde: 0848 133 133). Chez les chiens, les symptômes suivants peuvent apparaître et nécessiter une visite urgente chez le vétérinaire: vomissements, tremblements, salivation excessive, difficultés à respirer.
