Pourquoi Isabelle Moret a fait un «Six-Seven» à Moudon
Il est peu commun d'entendre une élue utiliser des termes sortis tout droit de la bouche de celles et ceux qui ne sont pas encore en âge de voter. C'est pourtant ce qu'il s'est passé jeudi 5 novembre à la salle de la Douane de Moudon (VD). Isabelle Moret, conseillère d'Etat vaudoise en charge notamment de l'économie et de l'emploi, s'est adressée à des jeunes en recherche de formation. Ce jour-là, à la manière d'un speed-dating, ils avaient 7 minutes pour décrocher une place de stage ou d'apprentissage.
«Convaincre de votre motivation et de vos compétences en Six à Seven minutes», a lancé la politicienne d'entrée de jeu en référence à l'expression devenue virale. Et les punchlines ne vont pas s'arrêter là:
Et de conclure en citant les rappeurs Bigflo et Oli et «leur banger Dommage». Un discours inspiré «de l'actualité et des tendances», détaille Pascal Chavent, responsable communication du département de la conseillère d'Etat, mais également de la tranche d'âge du public. «Et puis, Isabelle Moret a des enfants, dont un adolescent, à qui elle peut demander des conseils», précise-t-il.
Coups d'œil en coin: l'attention des jeunes a bel et bien été captée. Et ce, alors qu'ils sortaient d'une après-midi intense d'entretiens d'embauche.
Les maths et l'allemand
Depuis 10 ans, en effet, la fondation Cherpillod, spécialisée entre autres dans l'accompagnement et l'insertion sociale des jeunes adultes dans la Broye, le Gros-de-Vaud et à Orbe, organise cet événement. Objectif? «Mettre en lien les entreprises locales avec les 15-25 ans en recherche de solutions pour leur avenir», détaille Vanessa Bise, travailleuse sociale. Une première dans la région.
Près de septante jeunes étaient présents jeudi 5 novembre. «Je stresse, mais je sais que ça va le faire», assure Dorian, 17 ans, originaire d'Avenches. D'ici quelques minutes, il va enchaîner trois entretiens d'embauche, dont deux avec Nestlé.
A la manière d'un speed-dating amoureux, les participants choisissent un ou plusieurs employeurs et un ordre de passage est établi. Commerce, hôtellerie-restauration, construction, santé ou social: les domaines sont variés. Parmi les entreprises figurent Aldi, l'Hôpital Intercantonal de la Broye ou encore Groupe E.
«Je me présente pour une place d'opérateur de machine automatisée», lance l'Avenchois avant de prendre place devant les deux représentants de Nestlé. La discussion est fluide. Soudain, alors qu'il est interrogé sur ses hobbys, un élément attise la curiosité des professionnels: «Je fais des photos sportives de matchs que je diffuse sur les réseaux sociaux», confie-t-il. Une passion qu'on lui recommande de mettre en avant. Dans la salle, un bruit retentit: le premier tour est terminé.
Le deuxième démarre dans la foulée. Maîtrise de l'allemand et de l'anglais, niveau en mathématiques et gestion des difficultés dans le monde du travail font partie des questions posées. En tout, l'exercice durera près de deux heures.
Etre en lien
Contrairement à Dorian, Anny, 19 ans, originaire de Payerne, n'a qu'un employeur dans le viseur. Après avoir commencé puis arrêté un pré-apprentissage de cuisinière, elle souhaite travailler avec les enfants. Une première expérience dans le domaine l'a confortée dans cette voie. «J'ai besoin d'être dans un endroit où je me sens bien», explique-t-elle, un brin stressée avant son entretien. Heureusement, tout va bien se passer. «Je m'attendais à pire, mais finalement, j'étais à l'aise», dit-elle, soulagée, après avoir terminé.
Un attrait pour le contact également essentiel pour Grace et Emilie, 15 ans. «Je veux venir en aide aux jeunes adultes et les rendre heureux», raconte la première, qui vise une place d'apprentissage d'employée de commerce. Pour la seconde, dont le rêve est d'être assistante en pharmacie:
Une motivation qui détonne avec celle de Triol, 16 ans: «Je ne veux travailler que pour l'argent», dit-il en rigolant.
Il est bientôt 18 heures lorsque la pression retombe enfin. Isabelle Moret a terminé son allocution et le buffet sera bientôt servi. Les jeunes peuvent profiter des festivités organisées en leur honneur en attendant de découvrir s'ils ont décroché le jackpot.
