Cet immeuble romand problématique refait parler de lui
Lorsque l'on passe devant l'immeuble de la rue de Genève 85 à Lausanne (VD), on remarque des fenêtres ouvertes ou recouvertes d'aluminium, ainsi que des stores fermés. Mais ne vous y méprenez pas: pendant plusieurs années, cette adresse d'apparence calme a défrayé la chronique. Elle était notamment connue pour être une base arrière du marché de la drogue dans la capitale vaudoise.
Entre février et octobre 2025, une opération policière d'envergure a enfin permis d'endiguer le phénomène. 143 personnes ont été interpellées, de nombreuses procédures pénales ont été ouvertes et une centaine de condamnations ont été prononcées. Le «retour à la normale» a été annoncé en mai 2026 par le Municipal en charge de la sécurité, Pierre-Antoine Hildbrand.
Mais deux mois plus tard, l'affaire connaît un nouveau rebondissement. Selon les informations de watson, la transformation d'appartements en studios aurait été faite sans autorisation. En effet, une demande de régularisation a été déposée par le propriétaire auprès de la Ville de Lausanne. Lorsque quelqu'un effectue une telle requête après coup, on peut en déduire que le chantier a été réalisé sans permis, expliquent Benoît Bovay et Carole Wahlen, avocats spécialisés en droit de la construction et de l’immobilier.
Une demande de permis de construire a également été faite afin d'effectuer des transformations intérieures comprenant la création de surfaces commerciales et d'habitation. La mise à l'enquête publique pour ces requêtes se termine ce jeudi 27 août.
L'objectif du propriétaire? Selon les plans déposés, il souhaite réaliser 165 logements au total, dont des studios d'environ 20 mètres carrés, dans cet immeuble qui comprenait à l'origine 80 appartements répartis sur huit étages, détaillent Charles Capré et Christophe Oppliger, architectes. Une partie des travaux ont, en réalité, déjà été effectués.
On vous montre:
Image: lausanne.ch
Julien Guérin, chef du service de l’urbanisme de la Ville de Lausanne, confirme:
Régulariser ou remettre en l'état?
Puisque ces travaux auraient été faits sans autorisation, ils seraient de facto illégaux, poursuivent Benoît Bovay et Carole Wahlen. Dans le canton de Vaud, lorsqu'une personne souhaite modifier la structure d'un logement, une demande d'autorisation doit être déposée auprès des autorités communales avant le début du chantier. Ces dernières s'assurent en amont que l'ouvrage est conforme au droit de la police des constructions.
Si ces règles ne sont pas respectées et qu'une demande de régularisation est déposée après coup, la question suivante doit se poser: «Les travaux sont-ils légalisables ou non?», souligne Benoît Bovay. Si ce n'est pas le cas, une remise en l'état peut être exigée.
Construire sans autorisation est une infraction pénale pouvant être sanctionnée par des amendes allant de 200 à 200 000 francs, rappelle Carole Wahlen. Et une condamnation n'empêche pas la commune d'exiger une remise en l'état.
Une plainte pénale a-t-elle été déposée par la Ville de Lausanne? Le service de l’urbanisme ne répond pas directement. «La décision de la Municipalité arrive en fin de processus, sur la base des préavis des services cantonaux et communaux, et du résultat de l’enquête», pointe Julien Guérin.
Et de tout de même préciser:
D'après ses déclarations, il «se pourrait que la transformation d'appartements en studios ne soit pas admise, car il serait exigé de préserver des logements dans des catégories à pénurie». En effet, certains types d'habitations sont protégés lorsqu'ils sont considérés comme insuffisamment disponibles sur le marché.
Ni les avocats du propriétaire, Miriam Mazou et Juan Pedro Barroso, ni la Ville de Lausanne ne nous ont indiqué de quand dataient les travaux non autorisés. Ils n'ont pas non plus répondu à nos questions qui portaient sur le public-cible des studios ou sur la qualité de vie dans une telle densité de logement. «Des travaux ont été entrepris et d'autres suivront, dans le respect des procédures, assurent Miriam Mazou et Juan Pedro Barroso. La qualité de vie des occupants est au cœur de cette démarche.» Ils précisent:
Séances mensuelles
Les autorités communales étaient-elles au courant de ces travaux non autorisés? Si oui, pourquoi avoir laissé faire malgré les nombreuses interventions policières à la rue de Genève 85? Ces questions sont restées sans réponse. «De nombreuses démarches ont été effectuées ces dernières années par nos services sur cet immeuble», assure Julien Guérin.
Dans un courrier adressé par la Ville au propriétaire du bâtiment en octobre 2025 et que watson a pu se procurer, la Municipalité ordonne le nettoyage des locaux, l'élimination des déchets entreposés, l'évacuation de pièces utilisées illégalement comme habitation ainsi que la réparation de certaines fenêtres et des ventilations des salles de bain. En novembre 2025, malgré «une nette amélioration», un suivi régulier s'est avéré nécessaire, explique Julien Guérin. Des séances mensuelles ont été agendées jusqu'en avril 2026 pour s'assurer que «la réhabilitation des logements soit entièrement réalisée».
Une fois la mise à l'enquête publique terminée, le dossier passera à la centrale cantonale des autorisations en matière de construction (Camac) avant de revenir aux mains de la Ville de Lausanne. Ces démarches peuvent prendre plusieurs mois.
