Cette Romande a perdu la garde de ses enfants à cause d'un mensonge
Deux petits garçons sont séparés de leur mère depuis plus de six mois à la suite d’une dénonciation anonyme mensongère, malgré un arrêt du Tribunal cantonal jugeant le placement disproportionné. L’affaire, révélée par 24 Heures, relance les critiques sur le fonctionnement de la protection de l’enfance dans le canton de Vaud.
En septembre 2025, la Direction générale de l’enfance et de la jeunesse (DGEJ) décide le placement en urgence de Noam*, 5 ans, et Ismaïl*, 3 ans, sur soupçons de maltraitance paternelle. A l’origine de l’alerte: une lettre anonyme d'une prétendue voisine, en vérité la grand-mère maternelle qui avait une dent contre le père. Pour appuyer son cas, elle fait constater de prétendues blessures sur les enfants, qui seront pourtant classées comme de simples bobos par l'hôpital. Mais, au vu des allégations de la dame, le protocole impose un signalement.
Le père, fragile psychiquement et sous curatelle, n’a jamais vécu avec les enfants mais bénéficiait jusque-là d’un droit de visite libre. Jusqu’à l’été 2025, la DGEJ ne relevait aucun problème majeur, observant des parents adéquats.
Un placement jugé disproportionné
Malgré l’absence d’indices concrets, la justice de paix entérine le placement. Pour la maman, le monde s'écroule:
Soutenue par son entourage, la mère mandate l’avocate Kathrin Gruber, qui dénonce une mesure de contrainte injustifiée. En janvier, la Chambre des curatelles du Tribunal cantonal lui donne raison: aucun élément sérieux ne démontre une violence du père, la grand-mère est revenue sur ses accusations et la mère est jugée capable d’élever ses enfants. Le tribunal estime le placement disproportionné.
Pourtant, les enfants restent en foyer. La DGEJ explique ne pas pouvoir lever la mesure sans une nouvelle décision de la justice de paix, attendue fin février. Une lenteur qualifiée de «révoltante» par l’avocate, qui réclame la restitution immédiate des enfants.
La mère décrit une situation douloureuse: visites limitées, enfants en détresse, troubles du comportement. «Ils demandent quand ils rentrent à la maison», confie-t-elle au média lausannois. Selon elle, le placement a fragilisé des enfants auparavant épanouis:
L’affaire n’est pas isolée, selon l’ONG Mouvement Parents Enfants Jeunesse. Son président, Julien Dura, affirme que trop de placements durent des mois et sont insuffisamment remis en question. Faute de statistiques précises, impossible toutefois de mesurer l’ampleur du phénomène. En 2024, plus de 1000 mineurs vaudois ont été placés, sans données sur les recours ou leur issue. (hun)
*prénoms modifiés
