Cette «curieuse» particularité du parti de Valérie Dittli interroge
Valérie Dittli reprend son souffle. Depuis la création de son Mouvement libéral, elle rassemble autour d'elle ses soutiens, ses alliés, voire des transfuges politiques, notamment de son ancien parti, Le Centre. Son club de soutien a en tout cas déjà atteint plus de 700 membres, selon 24 heures.
Jeudi matin, le Mouvement libéral a convié la presse pour présenter officiellement son programme. Mais ce n'est pas tout. Dans ses statuts, présents depuis quelques jours dans une petite case toute au fond de son site web, le parti cache une petite surprise. A l'article 11, on peut lire:
Double appartenance politique
Un paraphe plutôt particulier, qu'on ne trouve pas dans les statuts des autres partis. Le Mouvement libéral a-t-il prévu de siphonner discrètement les réservoirs du Centre, du PLR ou des Vert'libéraux avec cette clause pour faire gonfler son réservoir de membre?
Une double étiquette pour des élus communaux
Pas vraiment, nous indique son président, Luigi Mancini, qui explique l'importance de la double étiquette «pour certains élus communaux ou municipaux». Pour ceux qui sont membres d'un petit parti limité à sa sphère communale, cela peut être un avantage.
Luigi Mancini le sait bien, puisque c'est son cas: il est aussi le président du parti local «1032 Notre village», à Romanel-sur-Lausanne, où il siège au Conseil communal.
On demande quand même au double président: est-ce une méthode pour attirer des partisans du Centre ou du PLR? «Ça, c'est le choix de chacun. Nous sommes un mouvement libéral, après tout. Notre porte reste ouverte», rétorque-t-il. Il se dit bien conscient que «pour certains partis, c'est un motif d'expulsion». Et donc?
Un motif d'exclusion
Et justement, parmi les sections vaudoises des partis où des membres risqueraient de se rallier au Mouvement libéral, la réponse est claire: c'est no-go. Au Centre, tout d'abord, d'où proviennent une partie des forces du nouveau parti de Valérie Dittli. «Il n'est pas possible d'adhérer en même temps au Centre Vaud et au Mouvement libéral», nous indique clairement le président cantonal, Giancarlo Sergi, à qui nous apprenons la clause présente dans les statuts et qui semble surpris.
Pareil au PLR. Contactée, Florence Bettschart-Narbel lâche un rire au téléphone. Puis, elle est catégorique: «Selon nos statuts, c'est un motif d'exclusion. Si on devait trouver un membre présent dans les deux partis, il serait exclu du PLR.»
Chez les Vert'libéraux, le président vaudois Olivier Bolomey confirme qu'une double affiliation provoque également l'exclusion. Il tempère toutefois: «Chez nous, on peut faire partie du PVL et d'une entente communale.» Soit la même situation que celle de Luigi Mancini? «Mais pas d'un autre parti», coupe Olivier Bolomey.
Une «curieuse» possibilité
Au sein de l'UDC et du Parti socialiste (PS), moins susceptibles de se faire voler des voix par Valérie Dittli, on se veut sereins. Les deux présidents cantonaux, Sylvain Freymond (UDC) et Oriane Sarrasin (PS), doutent tous deux qu'un de leurs membres soit tenté par Valérie Dittli. «Je n'ai pas connaissance d'un membre de l'UDC qui souhaiterait rejoindre ce parti. Ce problème n'existe donc pas pour nous», indique Sylvain Freymond. Qui ajoute toutefois:
Quant à Oriane Sarrasin, elle explique que «si cela reste une éventualité, dans tous les cas, les statuts du PS l'interdisent». Et de préciser: «Quelques dérogations existent, par exemple pour des binationaux qui voudraient aussi faire partie d'un Parti socialiste étranger.»
Même au sein d'un camp
Interrogé sur la question, le politologue Pascal Sciarini dit aussi son étonnement. «Une double affiliation me paraît surprenante. On est en général membre d'un seul et unique parti. Même dans un même camp politique, il faut choisir. Prenez les Verts et les socialistes, il n'y a pas de cas de double affiliation, malgré la très bonne entente entre les eux partis.»
Quid de la présence d'élus communaux? «J'entends ces arguments. Mais même là, cela peut être délicat, car il faudra ensuite trancher si on fait partie d'un parti à l'échelon communal et d'un autre au niveau cantonal.»
