La contre-offensive de Valérie Dittli cache une stratégie
Il y a d'abord eu cette longue interview accordée aux publications romandes de Tamedia à la mi-mai. Puis un reportage de Mise au Point sur la RTS, où la conseillère d'Etat accepte d'être suivie durant trois jours. Cette semaine, Le Temps lui consacre un portrait croisé avec sa sœur Laura. Quelques jours plus tard, Valérie Dittli reçoit 24 heures dans son bureau pour parler d'un tout autre sujet: la viticulture vaudoise et l'avenir des vignerons. Autant d'interventions que la ministre relaie ensuite sur ses propres réseaux sociaux, accompagnées de chaleureux remerciements aux rédactions.
Pris séparément, ces rendez-vous médiatiques n'ont rien d’exceptionnel. Ensemble, ils pourraient bien raconter autre chose. Après des mois passés à contenir les incendies, épinglée par les rapports Studer, Paychère et Meylan, la centriste semble méthodiquement reprendre le contrôle de son image.
Au Matin Dimanche, elle montre la femme derrière la crise. Dans Mise au Point, la ministre au travail. Dans les colonnes du Temps, le parcours personnel. 24 heures remet en avant la cheffe de département. Sur son compte Instagram, les publications, habillées du logo «VD», déroulent inlassablement le même récit: celui d’une élue de terrain, proche des agriculteurs, des apprentis et des vignerons.
Depuis trois mois, chaque apparition remplit une fonction. Faut-il y voir les prémisses d’une campagne pour les élections cantonales de 2027? La principale intéressée répète à l’envi qu’elle n’a pas encore arrêté sa décision.
De la défense à la contre-offensive
Les affaires Dittli n’ont pas disparu. Pas plus que l’enquête pénale du Ministère public vaudois ouverte à la suite du rapport Meylan. Les Cassandre qui annonçaient la fin de sa carrière politique ont pourtant peut-être enterré la conseillère d'Etat un peu vite. Car ce vendredi, un cap a été franchi. Valérie Dittli ne joue plus en défense. Elle est passée à l’offensive.
L'élue n'a pas seulement présenté un avis de droit commandé à deux professeurs de droit public. Elle change de posture. Depuis le début de la crise, elle répondait aux accusations. Cette fois, elle tente d'inverser le rapport de force en plaçant son propre gouvernement sur le banc des accusés.
Selon les auteurs de l'avis, le Conseil d'Etat aurait gravement violé son droit d'être entendue en publiant le rapport Meylan et en le transmettant au Ministère public vaudois sans lui permettre de se déterminer pleinement. L'offensive est juridique, mais elle est aussi médiatique et politique. Le choix du calendrier n'est sans doute pas anodin. En convoquant la presse au cœur du mois d'août, alors que l'actualité politique tourne au ralenti, Valérie Dittli s'assure que sa contre-offensive bénéficiera d'une visibilité maximale. Une manière, aussi, d'imposer son tempo et de contraindre le Conseil d'Etat à réagir immédiatement.
La réplique de ses collègues ne s’est d’ailleurs pas fait attendre. Dans un communiqué publié quelques minutes après la conférence de presse, le Conseil d’Etat rejette en bloc les conclusions de l’avis de droit et refuse d’écarter le rapport Meylan.
Le début d'une reconquête?
Ce nouveau bras de fer change la perspective. Les interviews, les portraits, les publications Instagram et les apparitions sur le terrain ne ressemblent plus seulement à une communication destinée à traverser la crise. Ils témoignent d'une stratégie visant à reprendre l'initiative politique, au moment même où la bataille judiciaire et institutionnelle se poursuit.
Valérie Dittli assure ne pas savoir si elle sera candidate à sa succession en 2027. Peut-être. Peut-être que son avenir s’écrira ailleurs, à Berne. Une chose, en revanche, semble déjà acquise: la conseillère d'Etat ne veut plus que les affaires Dittli soient le seul récit de son parcours politique. Et cette bataille-là a, manifestement, déjà commencé.
