La Suisse a clairement refusé de plafonner les primes d'assurance-maladie à 10% du revenu. Une décision sous forme de nouveau Röstigraben: les cantons et districts romands ont clairement plébiscité l'initiative du Parti socialiste, tandis que les Alémaniques ont dit «Nein». Seules Bâle-ville, bastion urbain de gauche bien connu en Suisse alémanique et la ville de Zurich l'ont accepté de justesse.
Pour la gauche, c'est une déconvenue. Après la victoire lors de l'acceptation de la 13ᵉ rente AVS, le PS espérait un virage social en Suisse. Mais il n'en est rien. Si l'éclat de la victoire de février dernier fait désormais partie de l'histoire du parti, il restera un évènement isolé qui n'aura pas débouché sur une tendance de fond.
«Le Röstigraben est évident», analyse Samuel Bendahan, conseiller national (PS/VD) et co-chef du groupe socialiste au Parlement. «Il faut encore l'analyser en détail, mais c'est sûr que la relation avec l'Etat l'explique en bonne partie. Il y a aussi un clivage ville-campagne, si on regarde Bâle ou Zurich.» C'est un classique: les Romands font plus confiance à l'Etat et votent plus à gauche. Samuel Bendahan rappelle d'ailleurs le bon score du PS en Suisse romande lors des dernières élections fédérales.
Mais la campagne menée des deux côtés de la Sarine a aussi été aussi différente, selon le Vaudois: «En Romandie, les primes sont plus élevées et dans certains cantons comme à Lucerne, la droite a fait croire aux votants qu'ils allaient payer pour les Romands.»
Il note toutefois: «Quand en Suisse alémanique, les primes seront, elles aussi, à 500 francs, la proportion de personnes qui vont en avoir assez va augmenter. Et le Parlement ne pourra rien y faire. Mais il faudrait déjà qu'il se charge de lutter contre les lobbies de la santé, avant cela.»
Autre son de cloche du côté de collègue d'hémicycle Cyril Aellen (PLR/GE), membre du comité «2x Non aux initiatives santé», qui se méfie de cette analyse. «Je serais plus nuancé. La différence entre la Suisse romande et alémanique est évidente, mais si on regarde la carte des communes, c'est plus panaché.»
«Les Suisse alémaniques attendent moins de l'Etat et les Romands veulent un Etat redistributeur», analyse sobrement le libéral-radical. «Je pense aussi que la hausse fiscale de la TVA au'aurait impliqué l'application de cette initiative, qui coûte le double de la 13ᵉ rente, a conduit une majorité de la population à refuser.»
Le socialiste et le libéral-radical se mettent d'accord sur un point: contrôler les coûts de la santé. Les deux politiciens se montrent critiques envers l'initiative de limitation des coûts du Centre, qui a été rejetée. «Ce texte ne proposait rien de concret», estime Cyril Aellen. «Mais le double refus du peuple n'indique pas qu'il ne faut rien faire. Ce résultat oblige les prestataires de soin et la classe politique à prendre ses responsabilités.» Et de compléter:
Mais quelles sont ces solutions? Pour Samuel Bendahan, l'une d'elles est déjà en préparation, mais pas forcément de la manière à laquelle aurait pensé Cyril Aellen: via la préparation d'une initiative pour la création d'une caisse publique. Le texte est en cours d'élaboration, précise le socialiste.
L'initiative doit être présentée en début d'année prochaine. Elle «vise des incitations pour baisser les coûts de la santé via des agences régionales, notamment avec un travail important sur la prévention». Les socialistes veulent faire des changements possibles «sans toucher aux prestations et sans réduire la qualité des soins», dit-il en référence au projet du Centre.
La caisse unique et publique? Cyril Aellen a un avis bien tranché sur la question:
«Le monopole, privé comme public, c'est pas ce qui va réduire les coûts», tance le Genevois, qui estime que c'est l'inverse de ce qu'il faut faire. «On tente de noyer le problème dans des propositions qui ne sont pas structurelles. Le peuple ne veut pas de ce genre de solutions, on l'a vu aujourd'hui. Il a compris que les primes varient parce que les coûts explosent.»
Quid de l'argument de la baisse de coûts, notamment administratifs, que pourrait permettre la création d'une caisse unique? «Je n'ai pas compris en quoi cela pourrait réduire les coûts de la santé et je n'ai jamais vu une entité publique fonctionner avec des coûts administratifs moins chers que dans le privé», rétorque Cyril Aellen.
Samuel Bendahan y croit. Il note qu'à chaque essai – en 1994, 2003, 2007 puis 2014 – le texte a convaincu de plus en plus d'électeurs. Selon lui, la prochaine fois pourrait bien être la bonne.
Quid de la caisse publique, mais cantonale? «Ce serait une bonne manière d'adapter une politique publique sur le terrain pour convaincre», estime Samuel Bendahan. Cyril Aellen n'y croit pas. «C'est encore pire qu'une caisse publique nationale», lâche-t-il. «L'intérêt d'une caisse unique, c'est justement d'avoir un seul système.» Le genevois estime qu'une caisse publique dans un canton qui devrait coopérer avec d'autres systèmes privés rendrait les choses encore plus compliquées et alourdirait davantage plus l'aspect administratif.
Quelles autres solutions pourraient donc être proposées? Le PLR a évoqué un modèle de santé «low cost», où les moins fortunés pourraient profiter d'un système moins cher, mais avec des prestations limitées.
La proposition a été ouvertement critiquée, laissant planer le spectre d'une «médecine à deux vitesses», où les plus riches peuvent se faire soigner et les plus pauvres risquent de préférer se passer d'une visite chez le médecin. Mais l'idée a été mal comprise, selon Cyril Allen: «Il y a toute une série d'options qui pourraient être mises en place sans que ça atteigne la qualité et l'étendue des soins. C'est ça qu'il faut préserver.»
Pour Samuel Bendahan, il faudrait déjà et avant tout commencer à s'occuper des «absurdités du système». Un exemple? Novartis. «Le groupe annonce 45 milliards de chiffre d'affaires, dont 15 milliards de profits purs. Ce chiffre ne correspond pas à la couverture des coûts de production ou de recherche. Les gens paient ces médicaments une fortune et on se fait de l'argent sur leur dos.» Pour lui, une chose est sûre: