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Votations 9 juin: la Suisse doit-elle céder à la caisse unique?

Votations 9 juin: la Suisse doit-elle céder à la caisse unique?
Evolution du coût des primes. A gauche, Sergio Rossi, à droite, Marius Brülhart.image: watson

Les primes flambent? On risque de reparler très vite de la caisse unique

On vote dimanche sur les initiatives santé du PS et du Centre. Mais après? Si les primes devaient continuer d'augmenter? Débat sur la caisse unique entre les professeurs d'économie Sergio Rossi et Marius Brülhart.
04.06.2024, 18:4705.06.2024, 05:06
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La caisse unique est-elle cette évidence repoussée contre tout bon sens ou une arnaque déguisée en solution miracle? A première vue, la question, elle est vite répondue, dirait notre «jeune entrepreneur». A quatre reprises, en 1994, 2003, 2007 et 2014, les Suisses en ont rejeté l’idée, une idée de gauche, cela va sans dire. Moralité, concluait santé suisse, la faîtière des assureurs maladie:

«Le peuple plébiscite la concurrence et le libre choix, et refuse un monopole d’Etat»
santésuisse

Sauf qu’en démocratie, ce qui paraissait impossible peut un jour devenir réalité. Les libéraux-radicaux n’ont jamais renoncé à la TVA, dont les Suisses ne voulaient pas, jusqu’au moment où ils ont dit «oui». Pourquoi les socialistes ne parviendraient-ils pas à faire accepter la caisse unique dans les prochaines années, eux qui ont convaincu de voter pour la 13e rente?

Ce n’est pas pour ou contre l’introduction d’une caisse unique d’assurance maladie que nous votons dimanche, mais nous y viendrons peut-être un de ces jours si les primes de l'assurance de base devaient ne pas cesser d'augmenter. Alors, parlons-en.

Sergio Rossi, professeur de macroéconomie et d'économie monétaire à l'Université de Fribourg, pose un constat:

«Le système actuel de concurrence montre ses limites, les primes ne cessent d’augmenter, le passage d’une caisse à l’autre dans le domaine des complémentaires s’avère difficile lorsque l’assuré est jugé comme un mauvais risque, parce que trop vieux ou atteint d’une maladie chronique»
Sergio Rossi, professeur à l'Université de Fribourg

Sergio Rossi pense qu’il faut revoir le fonctionnement de l’assurance maladie. Il est favorable à l’instauration d’une caisse unique. Dimanche, il votera «oui» à l’initiative socialiste plafonnant les primes à 10% du revenu disponible (après déduction des versements obligatoires).

«En cas d’acceptation, cela voudrait dire plus de dépenses publiques, je n’en disconviens pas. Mais cela obligerait la Confédération à élaborer une assurance maladie qui soit une réelle assurance sociale, ce qu’elle n’est pas actuellement, puisque tout citoyen, quel que soit son revenu, paie les mêmes montants pour les primes de base, sous réserve, bien sûr, des subsides alloués aux personnes modestes.»
Sergio Rossi, professeur à l'Université de Fribourg

Pour le professeur fribourgeois, notre système de santé est l’héritier d’une vision «néolibérale» à l’œuvre dans les années 1990. «La droite, à l’époque, a réussi à faire en sorte que la future LAMAL, l’assurance maladie obligatoire gérée par des assureurs privés, votée à une courte majorité en 1994, ne soit pas une assurance vraiment sociale», rappelle et déplore Sergio Rossi.

Un système étatique à l'agonie?

Mais est-on sûr qu’une caisse unique publique coûterait, dans les faits, moins cher aux Suisses? Qu’elle ne serait pas en permanence dans le rouge? Que le système de soins ne se dégraderait pas? Chez le voisin français, la «Sécu» semble comme impuissante face à l’explosion des coûts, face à la détérioration constatée des prestations, il n’y a pas si longtemps encore louées par des touristes étrangers contraints de se rendre aux urgences. N’est-ce pas la preuve d’un système étatique à l'agonie?

Sergio Rossi ne le pense pas. Il cite le cas de l’Espagne, où la santé, financée par une assurance publique, «fonctionne bien», dit-il. «En Suisse, reprend-il, la concurrence, toujours plus resserrée, d’ailleurs, entre les caisses, occasionne des frais de gestion, chaque caisse ayant son administration, à quoi s'ajoutent les salaires parfois extravagants des dirigeants. Je ne dis pas que la caisse unique serait la formule miracle, mais elle serait socialement plus juste si elle était en proportion du revenu, comme c'est le cas de l'AVS.

«La caisse unique serait aussi, je le pense, plus efficace en termes de gestion et d’organisation que l'actuelle LAMAL»
Sergio Rossi, professeur à l'Université de Fribourg

«Il n’y a pas de solution idéale»

Marius Brülhart est professeur d’économie à HEC Lausanne. Il le dit d’emblée: «Il n’y a pas de solution idéale.» Il rappelle que la caisse unique a été «déboutée par le peuple».

«Près d’un quart de la population perçoit des subsides pour le paiement de l’assurance de base. Il y a donc déjà là un instrument permettant de corriger la rigidité du système qui veut que tout assuré paie la même prime de base quel que soit son revenu.»
Marius Brülhart, professeur à HEC Lausanne

La tendance est à l'augmentation des coûts de la santé, constate le professeur lausannois. «Cela va notamment de pair avec le vieillissement de la population. Or les Suisses veulent un système de santé performant. Qu’ils savent cher. C’est pourquoi il faut voir où il est possible de réduire les coûts, sans porter atteinte à la santé des Suisses dans leur ensemble. Des études ont estimé un potentiel de réduction des coûts jusqu’à 20% dus à des doublons, des coûts de marketing inutiles, des incitations qui font que des médecins fournissent plus de soins que de raison, des médicaments trop chers, etc.»

«En définitive, pour réduire les coûts, on s’aperçoit qu’il y a beaucoup de petites vis auxquelles on peut donner un tour, mais pas de grands leviers à actionner»
Marius Brülhart, professeur à HEC Lausanne

Marius Brülhart n’est pas opposé à une intervention de l’Etat pour maîtriser les coûts de la santé.

«Il y a de l’inefficacité dans le système actuel. Plus de pression politique pour y remédier pourrait faire du bien»
Marius Brülhart, professeur à HEC Lausanne

Que pense le professeur de HEC Lausanne du modèle «low-cost» proposé par le PLR pour réduire certaines prestations, sans diminution de la qualité des soins, dès lors qu’on souscrit seulement à l’assurance de base?

«Ce modèle risque d'encourager à opter pour la version low-cost. Or le sens de la LAMAL, c’est la solidarité entre eux des citoyens. C’est que les gens en bonne santé aident ceux qui sont en mauvaise santé.»
Marius Brülhart, professeur à HEC Lausanne

Marius Brülhart renvoie en quelque sorte au contre-projet du Conseil fédéral, qui entrera en vigueur si l'initiative des «10%» du PS n’est pas acceptée. Le contre-projet met la pression sur les cantons. Selon le professeur lausannois, «l’effet de loin le plus important du contre-projet serait de forcer certains cantons à dépenser un peu plus d’argent pour les subsides aux assurés modestes.»

On vous explique l'initiative d’allègement des primes
Video: watson
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