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Marcel Tanner sur la quatrième phase

Marcel Tanner préside les Académies suisses des sciences. Epidémiologiste reconnu, il en appelle au retrait de la Confédération de la gestion de la crise. Image: Annette Boutellier / CC BY-SA 4.0

Interview

Covid-19: «Il est temps de lever la plupart des mesures sanitaires»

L'éminent épidémiologiste Marcel Tanner a dirigé le groupe d'experts en santé publique de la task force Covid de la Confédération. Il appelle aujourd'hui à la levée des mesures sanitaires.



Quelques lignes du CV de Marcel Tanner

1984: Chef du département «Santé publique et épidémiologie» de l'Institut tropical et de santé publique suisse
1997: Directeur du même institut
2002-2004: Doyen de la Faculté de médecine de l'Université de Bâle, où il est professeur émérite d'épidémiologie et de parasitologie
2016-2020: Président de l'Académie suisse des sciences naturelles
Depuis 2019: Président des Académies suisses des sciences (a+)
2020 - janvier 2021: Directeur du groupe d'expert en santé publique du Groupe de travail scientifique nationale suisse sur le COVID-19 (task force de la Confédération)

Vous estimez qu'il est temps de lever la plupart des mesures anti-covid, alors que les cas repartent à la hausse et que certains craignent une 4ème vague. Vous abandonnez la prudence pour la témérité?
Marcel Tanner:
Ce n’est pas une question de témérité. Il s’agit de donner des perspectives à la population. La Confédération et les cantons ont fait tous les efforts pour offrir ce qu’ils doivent offrir – à savoir la vaccination, mais aussi les tests antigéniques rapides – et on constate une situation épidémiologique qui n’est pas la promesse d’une nouvelle vague.

C'est-à-dire? Le nombre d'hospitalisations est certes bas, mais il pourrait augmenter dans les prochaines semaines, suite aux infections actuelles, non?
Le gros des personnes qui attrapent le Covid actuellement ne sont pas vaccinées et la grande majorité des infections est due au variant Delta. Or, on sait que les vaccins utilisés en Suisse protègent aussi contre les variants. Et les tests antigéniques permettent d’identifier les personnes infectieuses – mais pas toutes les personnes infectées. On peut donc passer à la «phase 3»: Il est temps de lever la plupart des mesures sanitaires en donnant la responsabilité de la lutte contre le virus à chaque individu et chaque entreprise. Procéder à des assouplissements ne veut pas dire oublier l'épidémie.

L’Office fédéral de la santé publique (OFSP) considère que les personnes voulant se faire vacciner n’ont pas encore toutes pu le faire. Vous contestez ce point?
Je ne le conteste pas. Cette information est correcte. Il y a une partie des personnes âgées ou invalides qui veulent se faire vacciner, mais qui n’ont pas encore pu le faire. J’ai toujours insisté là-dessus: Il faut trouver ces poches de la population, les atteindre et leur permettre d’avoir accès à la vaccination au plus vite. Tout cela fait partie de la transition vers la phase 3.

Concrètement, vous seriez pour maintenir une obligation générale du masque dans les transports publics, mais pas dans les magasins. Pourquoi?
Il y a deux éléments. Primo, les transports publics sont du ressort de l’Etat, ils touchent à un droit fondamental. Avec les magasins comme avec les organisateurs de concerts ou d’événements, ce n’est pas exactement la même chose. Deuxio, on ne peut pas bien identifier les sources de la transmission dans un transport public. Dans les magasins aussi, mais c’est à l’entreprise de décider comment elle peut assurer la protection des gens, au moyen des mesures de distance, d’hygiène et d’aération des bâtiments ainsi que de tests réguliers.

En fait, en appelant à donner la responsabilité aux individus et aux entreprises, votre position est plus politique que sanitaire.
Non. Il ne faut pas créer d’opposition entre santé publique et politique. Il faut au contraire garantir l’équilibre entre les deux, qui sont toujours liés. Nous devons vivre avec le virus et c'est pourquoi nous pouvons ouvrir pas à pas mais rester vigilants. Il s'agit de faire le point concrètement sur la situation sanitaire en prenant en compte les différents cas et en considérant une évaluation coûts-bénéfices pour la société.

En quoi un trop grand investissement de l'Etat dans la gestion de la crise peut-elle renforcer la division de la société, comme vous l’avez affirmé dans la presse alémanique?
Déjà avant l'apparition du Covid-19, j’ai toujours déclaré qu’il faut respecter scrupuleusement l’évaluation coûts/bénéfices du patient sur la question de la vaccination. Cette évaluation coûts-bénéfices se fait au niveau individuel et au niveau de la société. L’Etat doit respecter une décision individuelle de ne pas se faire vacciner, mais juger les risques et bénéfices pour la société. Or, voici le risque principal qui court aujourd'hui sur le maintien de la paix sociale:

«En réfléchissant à la manière de rendre plus forte l’incitation à se faire vacciner, l’Etat prend le grand risque de vexer une partie de la population, opposée ou simplement hésitante à l’égard du vaccin, et de renforcer sa méfiance»

Les tests antigéniques, eux, ne portent pas atteinte à l’intégrité physique – et c’est une grande différence. Certes, si l’on se fait tester très souvent avec un frottis nasal, il y a un risque, qui est faible mais qui existe, pour le nez. Mais les tests salivaires ne présentent pas ce danger.

Pour ou contre la proposition de Marcel Tanner?

Il y a un risque inverse en cas de levée des mesures sanitaires: si le retour à la normale n’est pas assez rapide aux yeux des personnes vaccinées, elles feront porter la faute aux non-vaccinés et à l’Etat.
C’est en effet l’autre aspect de la question. Pour prévenir ce risque-là, c’est la bonne communication qui est essentielle. Pendant un peu plus d’un an, il y a eu de la part des autorités et des médias beaucoup plus de propagande que de bonne communication générale et ciblée. Cela doit changer.

Craignez-vous que ces divisions entre non-vaccinés et vaccinés risquent de porter préjudice à notre société à moyen ou long terme? Ou est-ce juste une petite tension qui s'explique par les circonstances?
Ce n’est en tout cas pas un petit incident. C’est un incident. L’Etat ne pourra pas le surmonter en renforçant des peurs, mais en donnant des perspectives à la population. Après 42 ans de métier, je suis d’avis que cela ne pourra se faire qu’en surveillant la situation de manière ciblée et en répondant aux événements également de manière ciblée. Cela évitera de devoir prendre des mesures nationales et faire face à des frustrations et des procès en dictature.

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