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Un livre à 4 mains? La recette de Nicolas Feuz et Voltenauer

Un livre à 4 mains? La recette de Nicolas Feuz et Voltenauer pour Infernum, Ultimatum et Imperium
Nicolas Feuz et Marc Voltenauer ont déjà publié Ultimatum et Imperium et concluront la trilogie par Infernum.Image: montage watson
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«Ecrire à quatre mains?» La recette de Nicolas Feuz et Marc Voltenauer

Les deux écrivains romands Nicoas Feuz et Marc Voltenauer se sont unis pour écrire une trilogie. Si les deux romanciers diffèrent, ils ont trouvé une recette pour réussir ce pari. Nicolas Feuz explique leur secret.
27.09.2026, 07:0327.09.2026, 07:03
nicolas feuz / franc-parler

Depuis que Marc Voltenauer et moi avons coécrit et sorti Ultimatum en février 2025, puis Imperium en août 2026 – et avons annoncé que nous conclurions notre trilogie avec Infernum au mois d’août 2027 – nous sommes très régulièrement confrontés à cette question du lectorat:

«Comment faites-vous pour écrire à quatre mains?»

De manière générale, nous répondons d’abord qu’il n’existe pas une seule recette, mais que, dans tous les cas, elle nécessite une complicité, une confiance, voire une amitié sans faille. L’écriture à quatre mains, les duos et parfois même les trios d’auteurs, existent depuis longtemps. On peut citer plus anciennement Boileau-Narcejac et les frères Goncourt, ou plus récemment Eric Giacometti et Jacques Ravennne, parmi tant d’autres exemples.

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Chaque dimanche matin, watson invite des personnalités romandes à commenter l'actu ou, au contraire, à mettre en lumière un thème qui n'y est pas assez représenté. Au casting: Nicolas Feuz (écrivain), Anne Challandes (Union Suisse des Paysans), Damien Cottier (PLR), Céline Weber (Vert'Libéraux), Karin Perraudin (Groupe Mutuel, ex-PDC), Samuel Bendahan (PS) et Ivan Slatkine (président de la FER).

Certains forment un couple dans la vraie vie et publient sous leurs vrais noms, comme Maj Sjöwall et Per Wahlöö en Suède ou Jérôme Camut et Nathalie Hug en France; parfois sous un nom fictif, comme Lars Kepler, pseudonyme derrière lequel se cache en réalité le couple d'écrivains suédois Alexandra Coelho Ahndoril et Alexander Ahndoril.

Certains sont amis dans la vraie vie et publient sous leurs vrais noms, comme Emile Erckmann et Alexandre Chatrian; parfois sous un nom fictif, comme Carmen Mola, pseudonyme derrière lequel se cache en réalité le trio de scénaristes de la télévision espagnole Jorge Díaz, Agustín Martínez et Antonio Santos Mercero.

Quel que soit le duo ou le trio, la question de la répartition des tâches se pose. Ainsi connaît-on aujourd’hui de nombreux binômes d’écrivains où l’un scénarise et l’autre écrit, à la manière de Pierre Boileau et Thomas Narcejac, le premier s'occupant de la construction de l’intrigue et le second de la rédaction du texte.

Plus rarement d’une construction à l’ancienne, comme Erckmann-Chatrian, où le premier concevait l’histoire et écrivait le texte, alors que le second gérait les relations avec les éditeurs, la presse et les finances. Même si de récents duos parfois surprenants – l’un ne venant pas du tout de l’univers du livre à l’origine – laissent plutôt supposer qu’à côté du nom de l’écrivain est venu se greffer un patronyme de renom (du milieu politique, par exemple) à des fins commerciales.

Depuis quelques années, à travers l’Europe et même le monde, de plus en plus d’auteurs écrivant habituellement de manière individuelle se regroupent, le temps d’un ou de plusieurs romans à quatre mains. Dans ce cas de figure, il est plutôt rare qu’aucun ne mette la main à la pâte de l’écriture proprement dite. La recette se dirige alors généralement dans le sens de celle de Carmen Mola, où les auteurs vont imaginer l’intégralité du scénario ensemble, puis se répartir l’écriture des chapitres à parts égales.

C’est la recette que nous avons choisie avec Marc Voltenauer, avec lequel nous appliquions déjà, dans nos romans individuels, la même technique d’écriture en trois phases:

  1. Construction du scénario.
  2. Ecriture proprement dite.
  3. Relecture du texte, corrections et ping-pong éditorial.

Sans cela – soit si deux auteurs individuels travaillent différemment, par exemple l’un sur la base d’un scénario initial et l’autre à l’intuition en se laissant guider par l’histoire au fil de l’écriture – nous sommes d’avis que la collaboration aurait été beaucoup plus difficile, voire impossible.

Si la construction préalable d’un scénario détaillé n’est, à nos yeux, pas une nécessité absolue dans tous les styles littéraires, elle l’est en revanche assez clairement dans le roman policier, qui requiert une structure précise si l’on veut éviter des incohérences de l’histoire ou des oublis (par exemple, semer des indices au fil de l’intrigue et omettre d’en reparler par la suite, soit ouvrir des portes que l’on oublierait ensuite de refermer; rien de plus frustrant pour le lectorat).

Là où Marc Voltenauer et moi avons peut-être été innovants - ou du moins n’avons pas rejoint la très large majorité des auteurs individuels qui se mettent aujourd’hui ensemble, mais recréent un nouvel univers avec de nouveaux personnages – c’est que nous avons d’emblée décidé que nous fusionnerions nos deux univers préexistants, et que le personnage principal de Marc, l’inspecteur vaudois Andreas Auer, collaborerait avec mon personnage principal, le procureur neuchâtelois Norbert Jemsen.

Nous aurions alors pu sombrer dans la facilité, à savoir construire un scénario avec deux trames parallèles: une enquête neuchâteloise avec Jemsen, un chapitre sur deux, et une autre enquête vaudoise avec Auer en alternance, puis une fin où les deux intrigues convergeraient; et nous nous serions accordés uniquement sur l’écriture des chapitres finaux. Mais nous ne l’avons pas voulu ainsi.

Nous avons scénarisé ensemble l’intégralité des trois tomes, de sorte que Jemsen et Auer collaborent dès le début de chaque intrigue et figurent tous les deux, côte à côte, dès le premier chapitre de chaque livre. Ce qui impliquait que l’un devrait mettre en scène le personnage de l’autre, et inversement.

Nous avons ensuite prédécoupé le scénario en chapitres et nous sommes retrouvés avec des canevas de chapitres contenant des résumés de 10 à 20 lignes, très précis, intégrant des indications sur le début et la fin de chaque chapitre, les lieux de l’action, les indications horaires, les personnages présents et même des détails comme la météo.

Puis nous nous sommes réparti l’écriture des chapitres. A parts égales, mais pas de manière mathématique: pas de chapitres pairs pour l’un et de chapitres impairs pour l’autre. Nous nous les sommes répartis selon nos affinités, selon les thématiques abordées ou, parfois, si un fil rouge suivant des personnages en particulier le requérait. Mais dans l’absolu, n’importe lequel de nous deux aurait pu écrire n’importe quel chapitre, tant nous en avions préalablement parlé et nous les étions représentés, comme si un film se déroulait devant nos yeux.

Pour nos héros récurrents, nous avons lu les livres de l’autre et beaucoup échangé, de manière à apprivoiser au maximum les personnages de l’autre. Et pour les personnages spécifiquement créés pour la trilogie, nous nous sommes inspirés de figures précises, tant pour leur physique que leur caractère, comme des acteurs de cinéma dans des rôles spécifiques, des politiciens connus ou d’autres personnalités publiques. De la sorte, nous nous représentions ces personnages de la même manière.

Après l’écriture de chaque chapitre, chacun chez soi, nous nous l’envoyions par mail et l’autre le retravaillait aussitôt, y glissait sa patte, son style, ceci de manière très transparente, avec le suivi des corrections dans Word, comme le ferait un éditeur retravaillant un texte. Puis nous validions ou non les modifications suggérées, échangions par téléphone au besoin sur certains détails. Les corrections les plus fréquentes – et non disputées – furent de replacer les mots qu’utiliserait son personnage principal dans un dialogue écrit par l’autre.

Ce premier ping-pong de chapitres a contribué à la première couche de lissage du style. La seconde fut celle de deux relectures globales du texte, d’abord par l’un, puis par l’autre. Et enfin l’éditeur s’est chargé de la troisième couche de lissage, ô combien importante pour éviter au maximum les ruptures de style entre deux chapitres.

Au final, c’est un peu comme si un troisième style était né de cette fusion, un style créé non seulement par ces couches successives de lissage, mais probablement aussi par une forme de mimétisme inconscient. Sans le calculer vraiment, nous écrivions déjà le premier jet de chaque chapitre en tendant vers le style de l’autre.

Aujourd’hui, le résultat de cette collaboration donne lieu à d’amusants échanges avec le lectorat, souvent bluffé par l’impossibilité de deviner qui a écrit quel chapitre, plus rarement persuadé de l’avoir deviné. Et quand nous testons alors les certitudes de ces rares lectrices et lecteurs, 90% se trompent. Parce que non: les chapitres les plus sanglants n’ont pas forcément été écrits par Feuz, ceux plus descriptifs n’ont pas forcément été écrits par Voltenauer, et certaines tournures de phrases de l’un ont très bien pu être glissées dans les chapitres de l’autre au moment de la relecture et du lissage. En conclusion: pari gagné.

Nicolas Feuz est...

... avocat de formation. Juge d'instruction de 1999 à 2010, puis procureur du canton de Neuchâtel de 2011 à 2026, avec une spécialisation dans la lutte contre le trafic de stupéfiants, il se consacre aujourd’hui entièrement à l’écriture de romans policiers pour les adultes et la jeunesse.

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source: reddit
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