L'un des plus célèbres auteurs américains a trouvé refuge en Suisse
Mark Twain, de son vrai nom Samuel Langhorne Clemens, est né dans le petit village de Florida, dans le Missouri, mais il a grandi dans la ville de Hannibal, au bord du Mississippi. Après une enfance idyllique passée à jouer sur les rives du fleuve, sa vie prit une tournure rocambolesque: il devint typographe dans une imprimerie, apprenti d’un capitaine de bateau à vapeur, puis servit brièvement dans l’armée confédérée avant de partir chercher de l’or dans le Nevada.
L’or ne lui apporta pas la fortune, mais son humour et sa vie trépidante l’amenèrent à faire carrière dans le journalisme entre 1862 et 1871. Samuel Langhorne Clemens était un penseur libre doté d’un fort penchant pour les conversations pleines d’esprit et les potins inoffensifs. Signe de sa personnalité haute en couleur et de son désir de faire réfléchir, il adopta le facétieux pseudonyme de «Mark Twain». Dans le jargon de la navigation, cette exclamation («marque deux») indiquait une profondeur de deux brasses (3,7 mètres), qui permettait le passage d’un bateau à aube.
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Si les lecteurs suisses et américains connaissent avant tout Mark Twain pour ses romans et ses livres de souvenirs qui évoquent la vie près du Mississippi avant la guerre – Les aventures de Tom Sawyer (1876), La vie sur le Mississippi (1883), et Aventures de Huckleberry Finn (1884) –, de son vivant, Twain était surtout apprécié pour ses conférences humoristiques. Ses tournées aux quatre coins des Etats-Unis étaient si rémunératrices et appréciées qu’elles lui ont permis de voyager dans le monde entier.
En 1867, Twain reçut un financement des journaux New York Tribune et The Alta California pour entreprendre un grand périple à destination de l’Europe méditerranéenne, la Russie tsariste et la Terre sainte. De retour en Amérique, Twain compila ses articles en un livre intitulé Le Voyage des innocents, qui parut en 1869. Ce récit de voyage satirique ridiculisait les touristes américains bruyants, naïfs et incultes qui exploraient l’Europe et le Moyen-Orient. Le succès fut tel que 5000 exemplaires se vendirent dès le premier mois, et plus de 31 000 en un an. Le Voyage des innocents catapulta Mark Twain vers la célébrité internationale.
A la découverte de la Suisse
Après le succès des Aventures de Tom Sawyer, Twain souhaitait retourner en Europe pour collecter de la matière en vue d’un autre récit de voyage. Désireux de découvrir la Suisse après avoir parcouru l’Allemagne, Twain franchit la frontière helvétique en août 1878 en compagnie de son ami, le révérend Joseph Twichell. Les deux hommes passèrent plusieurs semaines à explorer le pays de long en large, de Schaffhouse à Lucerne, d’Interlaken à Zermatt, achevant leurs pérégrinations par un grand arc à travers la Suisse romande de Martigny à Lausanne, et finalement Genève.
La Suisse fascinait Twain par ses panoramas alpins à couper le souffle, ses prairies verdoyantes, ses lacs cristallins, ses villes intactes et pleines de charme. Le côté ordonné du pays lui inspirait aussi paix et tranquillité. Twain admirait en particulier les paysages ruraux et urbains de Suisse centrale. Lucerne, surtout, le subjugua. À cette époque, la ville connaissait un véritable boom économique et commercial dû à l’essor du tourisme international. Quand on lit la description que donne Twain de Lucerne en 1878, on découvre un texte à la fois bavard et gouailleur, mais toujours admiratif. Qui plus est, la ville qu’il évoque ressemble encore beaucoup à celle d’aujourd’hui:
A Lucerne, Twain ne se lasse pas d’admirer le Lion, de parcourir le pont couvert en bois, de prendre des cafés à l’hôtel Schweizerhof. Mais en grand amateur de nature et d’extérieur, il veut aussi goûter à tout ce que les Alpes ont à offrir. Il y a tout lieu de supposer que l'Américain exagère beaucoup quand il affirme qu’il lui a fallu trois jours pour gravir les 1800 mètres du mont Rigi. En revanche, il ne fait aucun doute qu’il sait rendre à la perfection la majesté d’un coucher de soleil sur les Alpes:
A Tramp Abroad (Un vagabond à l’étranger, 1880), recueil de souvenirs de voyages à travers l’Allemagne, la Suisse et l’Italie, connut dès sa publication un grand succès, et c’est probablement le récit de voyage le mieux écrit de Twain. S’il est resté populaire dans toute l’Europe, c’est en partie grâce à ses descriptions détaillées des atouts culturels et naturels de la Suisse. Le public s’est aussi délecté de la tonalité employée par l'écrivain, lucide et souvent critique, mais toujours bienveillante et reflétant un grand plaisir à observer les réalités quotidiennes.
La carrière littéraire de Twain a atteint son apogée avec la publication des Aventures de Huckleberry Finn. Par son usage novateur d’un récit à la première personne, naturel, il redéfinissait la relation entre forme, expression et contenu dans la fiction américaine. Mais les goûts littéraires changent, et Twain eut du mal à trouver sa place et sa voix dans l’Amérique de l’Âge d’or, d’autant que ses difficultés ont été aggravées par des revers cuisants et des malheurs personnels. Après la panique de 1893, Twain se retrouva endetté à hauteur de 100 000 dollars, l’équivalent de 3,7 millions de dollars de 2025. En 1896, il subit un autre coup du destin, dévastateur, avec le décès de sa fille aînée chérie, Susan, qui succomba à une méningite. Ces épreuves le laissèrent amer et sans illusions.
Retour en Suisse
Twain retourna en Suisse en juillet 1897 avec son épouse et deux filles. Après la disparition de Susan, il cherchait avec sa famille un endroit où trouver un peu de solitude pendant la saison estivale, après un séjour prolongé à Londres. Les Twain passèrent en revue plusieurs options et décidèrent de louer à Weggis l’annexe Schlössli (petit château) d’une pension simple, la pension Bühlegg, ainsi qu’un bureau à la Villa Tannen. Leurs finances s’étant considérablement amoindries, la famille ne pouvait pas se permettre de loger dans un grand hôtel en bord de lac.
Dix semaines durant, la famille savoura les plaisirs simples des Alpes suisses et pleura la mort de Susan dans l’intimité. Twain continua à travailler à une nouvelle œuvre qui deviendrait Following the Equator (En suivant l’Equateur, 1897), un récit de voyage consacré à ses tournées et lectures à travers l’Empire britannique en 1895 et 1896. En septembre 1897, les Twain quittèrent Weggis pour Vienne, mais dans un carnet personnel de Twain figurent ces quelques mots qui résument sa vision intime de Weggis et de la Suisse:
- Une «invasion»? Quand la Suisse a découvert le tourisme de masse
- Il y a un géant qui se cache dans le Parc national suisse
- Pourquoi on se moque de Napoléon partout dans la vieille ville de Berne
- Un voyant pour coincer un incendiaire suisse? La police a tenté
- Ce roi s'exhibait tout nu au bord du Léman
- Ce téléphérique italien a donné des maux de tête aux autorités suisses
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