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Ce célèbre humoriste américain était fasciné par la Suisse

Mark Twain a beaucoup voyagé en Suisse. Il s’est particulièrement plu à Lucerne et aux alentours.
Mark Twain a beaucoup voyagé en Suisse. Il s’est particulièrement plu à Lucerne et aux alentours.Images: Wikimédia
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L'un des plus célèbres auteurs américains a trouvé refuge en Suisse

Mark Twain (1835-1910) est l’auteur humoristique le plus apprécié de la littérature américaine classique. Grand voyageur, curieux par nature, Twain se rendit deux fois à titre personnel en Suisse, passant des jours parmi les plus heureux de son existence à Lucerne et dans les environs du lac des Quatre-Cantons.
27.12.2025, 07:1827.12.2025, 07:18
James Blake Wiener / musée national suisse

Mark Twain, de son vrai nom Samuel Langhorne Clemens, est né dans le petit village de Florida, dans le Missouri, mais il a grandi dans la ville de Hannibal, au bord du Mississippi. Après une enfance idyllique passée à jouer sur les rives du fleuve, sa vie prit une tournure rocambolesque: il devint typographe dans une imprimerie, apprenti d’un capitaine de bateau à vapeur, puis servit brièvement dans l’armée confédérée avant de partir chercher de l’or dans le Nevada.

L’or ne lui apporta pas la fortune, mais son humour et sa vie trépidante l’amenèrent à faire carrière dans le journalisme entre 1862 et 1871. Samuel Langhorne Clemens était un penseur libre doté d’un fort penchant pour les conversations pleines d’esprit et les potins inoffensifs. Signe de sa personnalité haute en couleur et de son désir de faire réfléchir, il adopta le facétieux pseudonyme de «Mark Twain». Dans le jargon de la navigation, cette exclamation («marque deux») indiquait une profondeur de deux brasses (3,7 mètres), qui permettait le passage d’un bateau à aube.

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Mark Twain devant sa maison d’enfance en 1902.
Mark Twain devant sa maison d’enfance en 1902.Britannica Imagequest, The Granger Collection

Si les lecteurs suisses et américains connaissent avant tout Mark Twain pour ses romans et ses livres de souvenirs qui évoquent la vie près du Mississippi avant la guerre – Les aventures de Tom Sawyer (1876), La vie sur le Mississippi (1883), et Aventures de Huckleberry Finn (1884) –, de son vivant, Twain était surtout apprécié pour ses conférences humoristiques. Ses tournées aux quatre coins des Etats-Unis étaient si rémunératrices et appréciées qu’elles lui ont permis de voyager dans le monde entier.

En 1867, Twain reçut un financement des journaux New York Tribune et The Alta California pour entreprendre un grand périple à destination de l’Europe méditerranéenne, la Russie tsariste et la Terre sainte. De retour en Amérique, Twain compila ses articles en un livre intitulé Le Voyage des innocents, qui parut en 1869. Ce récit de voyage satirique ridiculisait les touristes américains bruyants, naïfs et incultes qui exploraient l’Europe et le Moyen-Orient. Le succès fut tel que 5000 exemplaires se vendirent dès le premier mois, et plus de 31 000 en un an. Le Voyage des innocents catapulta Mark Twain vers la célébrité internationale.

Les aventures de Tom Sawyer et de Huckleberry Finn ont été adaptées au cinéma à maintes reprises, par exemple en 2014.Vidéo: YouTube/Films Complets en Français | Ultra HD

A la découverte de la Suisse

Après le succès des Aventures de Tom Sawyer, Twain souhaitait retourner en Europe pour collecter de la matière en vue d’un autre récit de voyage. Désireux de découvrir la Suisse après avoir parcouru l’Allemagne, Twain franchit la frontière helvétique en août 1878 en compagnie de son ami, le révérend Joseph Twichell. Les deux hommes passèrent plusieurs semaines à explorer le pays de long en large, de Schaffhouse à Lucerne, d’Interlaken à Zermatt, achevant leurs pérégrinations par un grand arc à travers la Suisse romande de Martigny à Lausanne, et finalement Genève.

La Suisse fascinait Twain par ses panoramas alpins à couper le souffle, ses prairies verdoyantes, ses lacs cristallins, ses villes intactes et pleines de charme. Le côté ordonné du pays lui inspirait aussi paix et tranquillité. Twain admirait en particulier les paysages ruraux et urbains de Suisse centrale. Lucerne, surtout, le subjugua. À cette époque, la ville connaissait un véritable boom économique et commercial dû à l’essor du tourisme international. Quand on lit la description que donne Twain de Lucerne en 1878, on découvre un texte à la fois bavard et gouailleur, mais toujours admiratif. Qui plus est, la ville qu’il évoque ressemble encore beaucoup à celle d’aujourd’hui:

«Lucerne est une ville charmante. Elle commence au bord de l’eau, avec une frange d’hôtels, puis grimpe et s’étend sur deux ou trois collines escarpées dans un encombrement désordonné, mais pittoresque, offrant à la vue un amas confus de toits rouges, de pignons ravissants, de lucarnes, de clochers en cure-dents, avec ici et là un morceau d’ancienne muraille crénelée sinuant sur les crêtes, à la manière d’un ver, et parfois une vieille tour carrée, lourde, en maçonnerie.»
Vue de Lucerne et du Pilate, 19e siècle.
Vue de Lucerne et du Pilate, 19ᵉ siècle.Britannica Imagequest, Universal History Archive

A Lucerne, Twain ne se lasse pas d’admirer le Lion, de parcourir le pont couvert en bois, de prendre des cafés à l’hôtel Schweizerhof. Mais en grand amateur de nature et d’extérieur, il veut aussi goûter à tout ce que les Alpes ont à offrir. Il y a tout lieu de supposer que l'Américain exagère beaucoup quand il affirme qu’il lui a fallu trois jours pour gravir les 1800 mètres du mont Rigi. En revanche, il ne fait aucun doute qu’il sait rendre à la perfection la majesté d’un coucher de soleil sur les Alpes:

«Barré de nuages, le formidable disque du soleil trônait juste au-dessus d’une étendue illimitée de calottes blanches agitées – pour ainsi dire – un chaos ondulant de dômes montagneux massifs et de pics drapés de neiges éternelles, baignés d’une gloire opaline aux splendeurs changeantes et fugaces, tandis qu’à travers les interstices d’épais nuages noirs surplombant le soleil, des lances de poussière de diamant jaillissaient, rayonnantes, vers le zénith. Les vallées crevassées du monde d’en bas nageaient dans une brume teintée qui nimbait d’un doux voile la rudesse de leurs rochers, de leurs arêtes et de leurs forêts déchiquetées, et transformait toute cette région inhospitalière en un paradis doux, riche et sensuel.»
Le Rigi – illustration (vers 1900).
https://ba.e-pics.ethz.ch/#main-search-text=rigi%20postkarte&main-search-mode=and&select-35j6phdt2d-eth_colour=eth_colour%2Ceth_handcoloured&detail-asse ...
Le Rigi – illustration (vers 1900).Image: e-pics

A Tramp Abroad (Un vagabond à l’étranger, 1880), recueil de souvenirs de voyages à travers l’Allemagne, la Suisse et l’Italie, connut dès sa publication un grand succès, et c’est probablement le récit de voyage le mieux écrit de Twain. S’il est resté populaire dans toute l’Europe, c’est en partie grâce à ses descriptions détaillées des atouts culturels et naturels de la Suisse. Le public s’est aussi délecté de la tonalité employée par l'écrivain, lucide et souvent critique, mais toujours bienveillante et reflétant un grand plaisir à observer les réalités quotidiennes.

La carrière littéraire de Twain a atteint son apogée avec la publication des Aventures de Huckleberry Finn. Par son usage novateur d’un récit à la première personne, naturel, il redéfinissait la relation entre forme, expression et contenu dans la fiction américaine. Mais les goûts littéraires changent, et Twain eut du mal à trouver sa place et sa voix dans l’Amérique de l’Âge d’or, d’autant que ses difficultés ont été aggravées par des revers cuisants et des malheurs personnels. Après la panique de 1893, Twain se retrouva endetté à hauteur de 100 000 dollars, l’équivalent de 3,7 millions de dollars de 2025. En 1896, il subit un autre coup du destin, dévastateur, avec le décès de sa fille aînée chérie, Susan, qui succomba à une méningite. Ces épreuves le laissèrent amer et sans illusions.

La panique de 1893
La panique de 1893 désigne la crise économique la plus sévère de l’histoire des États-Unis avant la crise de 1929 et la Grande Dépression. À la suite de rumeurs d’effondrement du marché boursier, les Américains se précipitèrent pour retirer leurs économies, provoquant une ruée généralisée vers les banques. Fin 1893, plus de 600 banques et 16 000 entreprises avaient fait faillite. La première année de la crise, on estime que le taux de chômage grimpa à près de 20%, et il s’est maintenu à ce niveau jusqu’en 1897. Il faudra attendre 1901 pour que l’économie américaine se redresse complètement.

Retour en Suisse

Twain retourna en Suisse en juillet 1897 avec son épouse et deux filles. Après la disparition de Susan, il cherchait avec sa famille un endroit où trouver un peu de solitude pendant la saison estivale, après un séjour prolongé à Londres. Les Twain passèrent en revue plusieurs options et décidèrent de louer à Weggis l’annexe Schlössli (petit château) d’une pension simple, la pension Bühlegg, ainsi qu’un bureau à la Villa Tannen. Leurs finances s’étant considérablement amoindries, la famille ne pouvait pas se permettre de loger dans un grand hôtel en bord de lac.

La Pension Bühlegg avec, sur la gauche, l’annexe où vivaient Mark Twain et sa famille.
https://www.archiv-weggis.ch/
La Pension Bühlegg avec, sur la gauche, l’annexe où vivaient Mark Twain et sa famille.Image: Archives historiques de Weggis
À Weggis, une plaque commémorative rappelle la visite de Mark Twain.
https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Weggis-Memorial_Mark_Twain-02ASD.jpg
À Weggis, une plaque commémorative rappelle la visite de Mark Twain.Image: Wikimedia

Dix semaines durant, la famille savoura les plaisirs simples des Alpes suisses et pleura la mort de Susan dans l’intimité. Twain continua à travailler à une nouvelle œuvre qui deviendrait Following the Equator (En suivant l’Equateur, 1897), un récit de voyage consacré à ses tournées et lectures à travers l’Empire britannique en 1895 et 1896. En septembre 1897, les Twain quittèrent Weggis pour Vienne, mais dans un carnet personnel de Twain figurent ces quelques mots qui résument sa vision intime de Weggis et de la Suisse:

«Je crois que cet endroit est le plus charmant et le plus satisfai­sant du monde. La beauté du paysage est sans pareil… Un dimanche au ciel est bruyant comparé à cette tranquillité»
>>> Plus d'articles historiques sur: blog.nationalmuseum.ch/fr
watson adopte des perles sélectionnées du blog du Musée national suisse dans un ordre aléatoire. L'article Mark Twain en Suisse est paru le 30 septembre et mis à jour le 27 octobre.
blog.nationalmuseum.ch/fr/2025/09/mark-twain-en-suisse
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Un voyant pour coincer un incendiaire suisse? La police a tenté
En 1948, un garagiste fit l’acquisition d’un ancien hôtel de luxe près de Lucerne. Dix jours plus tard, le bâtiment était entièrement détruit par les flammes. Le procès pour incendie criminel et fraude à l’assurance captiva à l’époque toute la Suisse, notamment en raison du rôle central que joua un voyant dans l’enquête.
L’affaire jugée par le tribunal cantonal de Schwytz, en décembre 1948, eut un retentissement médiatique considérable. Le garagiste zurichois Karl Dubs fut condamné en première instance à une peine de réclusion de cinq ans pour avoir chargé deux hommes de mettre le feu à l’hôtel du Rigi qu’il venait d’acquérir aux enchères. Le procès en appel débuta «sous les flashs des photographes et en présence, chose rare, de journalistes venus d’autres cantons», relata à l’époque la NZZ.
L’article