L'Audi e-tron, pionnier des SUV électriques lancé en 2019, a vu sa famille d’Audi à batteries s'agrandir en cinq ans avec l'ajout de modèles comme l'e-tron GT, les Q4 e-tron, et plus récemment les Q6 e-tron et A6 e-tron.
Durant cette période, la concurrence s'est également intensifiée, rendant le marché des voitures électriques de plus en plus compétitif. Rester à la page nécessite de se renouveler vite, et ceci à tous les niveaux.
Parmi les quelques changements prodigués, son nouveau nom. L’Audi e-tron devient le Q8 e-tron, reflétant ainsi mieux son statut de haut de gamme parmi les SUV électriques du constructeur. Au chapitre esthétique, comme souvent chez les Allemands, les modifications sont subtiles: les nouveautés se concentrent essentiellement sur la face avant avec un logo plus grand et un bandeau LED reliant les deux phares.
Les ingénieurs ont surtout travaillé sur l'aérodynamisme, avec des volets actifs intégrés à la calandre et des ouïes dans le bouclier au flux optimisé pour réduire la traînée, ce qui diminue la consommation.
La capacité des batteries a été augmentée, passant de 64 et 86 kWh à 89 et 106 kWh, ce qui permet au Q8 e-tron 55 de notre essai d'atteindre une autonomie de 571 km, soit une hausse de plus de 30 % par rapport à la génération précédente. La recharge est aussi plus rapide, digérant jusqu’à 170 kW de puissance.
Afin de juguler le poids coquet de la bête, près de 2,6 tonnes à vide, les trains roulants ont été optimisés avec des suspensions plus fermes, des barres antiroulis plus rigides et une direction plus directe.
Malgré la modernité du Q8 e-tron en termes d’équipements et fonctionnalités, son intérieur commence à montrer son âge. Alors que la tendance est aux écrans géants et multiples, Audi reste fidèle à son Virtual Cockpit combiné à un affichage tête haute face au pilote, ainsi que l’écran central de 12 pouces pour l’interface d’info-divertissement MMI. La seule fantaisie est une troisième dalle pour les commandes de clim, au bas de la console centrale. L’ergonomie de l’interface de cette dernière est discutable, nécessitant souvent de longuement détourner le regard de la route pour la manipuler.
La qualité des matériaux déçoit également; certains plastiques paraissant grossiers à côté de finitions plus haut de gamme comme le cuir, l’Alcantara ou la fibre de carbone. Les ajustements de certaines jonctions, comme entre le panneau de porte et le tableau de bord, pourraient être améliorés. A ce niveau de prix et de gamme on est en droit d’être exigeant, surtout que la concurrence fait mieux pour le même prix, voire moins cher.
Les rétroviseurs virtuels à caméra, bien que futuristes, demandent un – long ! – temps d'adaptation. L'intégration des écrans de visualisation dans les panneaux de porte n'est pas idéale, obligeant à baisser le regard pour voir l'image, souvent obstruée par le poignet de la main sur le volant. De plus, la perception des distances est biaisée et les reflets peuvent gêner. Refreinez votre côté geek et plutôt que d'opter pour cette option à 1700.-, il serait plus judicieux de les investir dans les projecteurs Matrix LED, petite option mesquine alors que cette technologie est le plus souvent de série chez la concurrence.
Malgré ces points faibles, le Q8 e-tron offre un espace généreux dans son empattement de 2,9 mètres, accueillant confortablement cinq passagers. Le coffre arrière, de 569 à 1637 litres, est l'un des plus spacieux de la catégorie et un petit coffre d’environ 60 litres sous le capot avant permet de ranger le câble de recharge. Bien vu!
Sur la route, l’Audi Q8 e-tron 55 offre toujours un agrément de conduite de haut vol. Les bruits sont efficacement filtrés, l’amortissement pneumatique offre un confort royal. Le dynamisme et l’agilité font un joli bon en avant grâce au améliorations apportées au châssis et citées plus tôt. Les mouvements de caisse sont mieux contenus, la direction gagne également en précision.
Les 408 ch et 664 Nm de couple se jouent admirablement du poids conséquent du SUV, le 0 à 100 km/h est couvert en 5,6 s. Les accélérations sont soutenues mais progressives, bénéficiant au confort des occupants. Il est à noter la très bonne gestion de l’accélérateur avec une cartographie bien différenciée suivant le mode de conduite choisi (Efficiency, Comfort, Dynamic, Offroad) et une réponse en parfaite adéquation. Le tableau serait quasi parfait si le frein régénératif, malgré ses 3 niveaux, était plus prononcé dans son niveau le plus élevé pour approcher une conduite «one-pedal».
Avec plus de 2,5 tonnes sur la balance et une puissance de feu, le Q8 e-tron est plutôt porté sur la boisson d’électrons. Les 571 km d’autonomie annoncée restent illusoires, quand bien même nous avons pu nous en rapprocher lors d’une conduite pépère en mode Efficiency, avec une consommation moyenne de 19,5 kWh/100 km (ou environ 550 km).
Au quotidien, il est difficile de descendre en-dessous des 23 à 25 kWh/100 km; une valeur plutôt flatteuse il y a 5 ans, mais bigrement élevée aujourd’hui. L’essai du modèle équivalent de la génération précédente s’était soldé avec un 26,9 kWh/100 km. Les progrès sont tout de même là. Donc, avec sa grosse batterie de 106 kWh, comptez 450 à 460 km d’autonomie, en conduite normale et par températures clémentes.
Si le bilan de cet essai paraît en demi-teinte, l’Audi Q8 e-tron n’est pas une mauvaise auto. Loin de là. Il demeure un sacré outil, confortable et performant. Mais les progrès apportés à cette seconde génération, s’ils sont salutaires, ne suffisent pas à combler les lacunes d’une conception qui accuse le poids des ans. Cinq ans c’est peu, certes, mais une éternité dans un segment automobile qui s’assimile toujours plus à la «tech» et progresse à une vitesse supersonique.
De pionnier et référence à ses débuts, le Q8 e-tron se situe aujourd’hui au milieu du classement, en raison aussi d’un tarif assez élevé: à partir de 88'150.- pour le Q8 50 (340 ch), 101'300.- pour le Q8 55 de notre essai ou 110'300.- pour le SQ8 et ses 503 ch. Et l’arrivée du petit frère Q6 e-tron, moins cher, à peine plus petit mais jouissant d’une plateforme à la pointe de la technologie et de l’efficience, aura vite fait de lui faire de l’ombre…