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Olivia Rodrigo: pourquoi son nouvel album est une réussite

Olivia Rodrigo: on s’est trompé sur la princesse de la pop
Olivia Rodrigo, 23 ans, a sorti son 3e album you seem pretty sad for a girl so in love. image: getty

Pardon, Olivia Rodrigo

Alors qu’on croyait écouter un mariage forcé entre la pop autoroute de Taylor Swift et le rock H&M d’Avril Lavigne, Olivia Rodrigo est en réalité plus complexe et talentueuse que l’industrie n’a voulu nous la vendre. Son dernier album, à mijoter à feu doux, est d’une subtile réussite.
17.06.2026, 18:4917.06.2026, 19:23

On l’a croisée une première fois au détour de Good For U, en mai 2021. Un peu malgré nous. Elle avait dix-huit ans et trois mois. Refrain presque rock, voix criarde, costume de pom-pom girl, moue boudeuse. Une énième Avril Lavigne? Une nouvelle Britney Spears qui aurait invité des guitares électriques pour se faire peur? Oui, c’était un peu vachard, mais en tout bon préboomer que nous sommes aujourd’hui, nous n’étions déjà plus le public cible.

Sans compter qu’Olivia Rodrigo cochait toutes les cases du très jeune produit marketing féminin, hélas catapulté et sexualisé par l’écurie Disney depuis la nuit des temps.

Cependant, comme la Légion étrangère, Disney permet parfois de se forger un mental d’acier, pour peu qu’on en sorte indemne. Après avoir montré sa frimousse dans les séries Frankie et Paige et High School Musical, la jeune californienne a serré les poings et réalisé son vrai rêve de gosse: chanter. Et celui qui ne se trompera pas du tout à l’époque, c’est bien Dan Nigro. Le producteur du très rentable Pink Pony Club de Chappell Roan a glissé un DM à Olivia en 2020, «complètement époustouflé» par la démo de Happier lâchée naïvement sur Instagram.

Résultat, un premier album, Sour, qui se répand sur la planète en 2021. Le succès est immédiat, logique, phénoménal. L’album le plus streamé de l’année. Les teens du monde entier s’amourachent alors de cette nouvelle voix qui sait raconter (et survivre à) la douleur des premières ruptures amoureuses.

Un vieux commentaire pondu sous la vidéo Good 4 U résume d’ailleurs parfaitement l’arc-en-ciel de sentiments qu’elle est capable de transformer en mélodies: «Avec Driver's license elle était triste, puis avec Deja vu elle était frustrée et, là, elle est méchante. J'adore ça».

De notre côté, on aurait dû être plus attentifs. Dès le début. Premier indice: Olivia Rodrigo a signé son premier juteux contrat chez Geffen, la maison de disques qui a notamment propagé Nirvana, Sonic Youth, Weezer ou encore Hole (le groupe de Courtney Love, qu’Olivia vénère). Si elle a toujours assumé son crush pour Taylor Swift, elle a surtout été bercée par la distorsion et le girl rock des nineties. Et ce n’est pas faute de l’avoir rabâché à la moindre interview.

«Je trouve que les albums des 90’s étaient d'une honnêteté brutale et d'une angoisse profonde. Je voulais créer des chansons empreintes de cette angoisse, qui parle du passage à l'âge adulte»
Olivia Rodrigo

Les deux premiers albums d’Olivia Rodrigo n’avaient évidemment pas la saleté sonique d’un Smells Like Teens Spirit, mais le cœur grunge d’Olivia Rodrigo (se dé-) battait malgré tout sous la lourde couche de vernis pop, si chère à l’industrie moderne.

Deuxième indice. Les revues exigeantes lui fourguaient déjà des notes honorables pour son deuxième album Guts.

«La pop star se déchaîne sur son deuxième album, à la fois mordant et charismatique, transformant les humiliations rituelles de l'adolescence féminine en spectacles éblouissants et extravagants»
Pitchfork en 2023

Allez, soyons francs: on ne détestait pas la musique de cette gamine précocement douée et «sourde à 60% de l'oreille gauche depuis l’enfance». Dire que l’on écoutait honteusement ses nombreux tubes successifs est bien plus honnête. A l’instar d’une certaine vague d’artistes surnommée parfois disney punk dans les années 2000 (coucou Blink-182), il s’y trame une énergie communicatrice.

Et la fan number one d’Alanis Morissette a parfaitement incarné cette All-American Bitch dont la jeunesse a besoin pour sauter dans l’âge adulte avec le moins d’éraflures possible. Sa dernière charge rock romantico-vengeresse date de 2024, lorsqu’elle balancera Obsessed, un tube punk et taquin écrit avec l’incroyable artiste américaine St-Vincent.

Probablement le morceau le plur rêche de sa carrière.

Obsessed, d’Olivia Rodrigo (2024).Vidéo: YouTube/OliviaRodrigoVEVO

Juin 2026, à 23 ans, la star tire le frein à main et s’essaie à la chanson d’amour. Toujours avec Dan Nigro aux manettes, Olivia Rodrigo vient de sortir you seem pretty sad for a girl so in love. Un album qui sent les papillons dans le ventre, la douce irréalité, les mots qui ne suffisent pas pour dire «je t’aime», le flottement des premiers instants. Enfin... jusqu’à la moitié du disque. Ensuite? La chute et la dure réalité, celles qu’elle sait si bien narrer quand les larmes sont autant de lames dans le cœur.

Un album comme une boucle terriblement parfaite, un concept en treize chansons, pour la plupart tout en retenue, qui abandonne le rock des années nonante pour se lover dans la new-wave de la décennie précédente. Passée la déception de cette bruyante absence de guitares effrontées, il faut faire mijoter ce nouveau plat de résistance à feu très doux pour commencer à l’apprécier.

«Tu ressembles à un ange sur les murs de Versailles»
Extrait du premier morceau Drop Dead, qui fait office de coup de foudre

Le single Drop Dead:

C’est con à dire pour une artiste de 23 ans, mais Olivia Rodrigo a mûri. Sa voix aussi. Plus précise encore. Plus profonde et assurée. La ballade amoureuse Honeybee, presque chuchotée sur l’épaule de l’heureux élu, est touchante à souhait.

La caution Robert Smith

Plus important encore, Olivia Rodrigo a sans doute réalisé l’un de ses fantasmes les plus chers avec ce troisième album. Inviter la légende Robert Smith à pousser la chansonnette sur What’s wrong with me. Une surprise qui avait été à moitié déflorée en 2025, lorsque la pop star avait convié son «héros de toujours» sur la scène de Glastonbury pour y partager le tube Friday I’m in Love de The Cure.

Un duo presque saugrenu sur le papier, et qui pourrait même passer pour une caution rock fomentée de toutes pièces, si elle n’était pas une sincère fan des célèbres Britanniques. Depuis ses premiers émois pop-punk, elle n’a besoin de la validation de personne pour prouver qu’elle a des choses à dire à sa manière.

Ce nouvel album, densément orchestré, plus intime et moins évident, où l’on croise parfois ses propres souvenirs des Smashing Pumpkins ou de Foo Fighters, nous offre quelque part l’assurance que sa carrière n’est pas lancée plein gaz sur la route d’un succès écrit à l’avance par des producteurs blasés.

Olivia Rodrigo, avec Billie Eilish et Lana Del Rey, est sans doute la pop grand-angle que la jeunesse américaine mérite le plus aujourd’hui. Et tous les autres n’ont même plus à bouder leur plaisir.

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