Chanel a réussi l'impensable
L'heure n'est pas vraiment à l'euphorie. Ce début d'année 2026 est miné par les tragédies. Les morts, les conflits internationaux et les menaces de guerre civile. Assaillies par le froid brutal de janvier, les mines sont moroses et se traînent, emmitouflées dans des manteaux gris et des pulls en laine qui grattent.
Il fallait donc du cran, et certainement beaucoup d'énergie, pour tenter d'y apporter une parenthèse de lumière.
Ce lundi, en pleine Fashion Week de Paris, Chanel est parvenu à insuffler ce vent de douceur. Son show Printemps-été 2026 avait l'effet requinquant des premières feuilles au printemps. Du rose gourmand des cerisiers en fleur. L'odeur moelleuse des pelouses fraîchement tondues.
Cette ode à la fraîcheur, on la doit à Matthieu Blazy. Après deux premières collections Chanel déjà saluées, (le prêt-à-porter printemps-été 2026, et celle dédiée aux Métiers d’art 2026, à New York), le jeune Franco-belge de 41 ans récidive avec un premier show haute-couture qui dépasse largement les attentes (ô combien élevées).
Simplicité et légèreté
Il suffit de deux notes à peine pour embarquer dans cet autre monde enchanté. Une nuée d'animaux de la forêt d'oiseaux de dessin animé déploient ailes et volutes de tissus, pour nous entraîner sous la nef du Grand Palais, à Paris.
Et comme si les champignons géants multicolores et les arbres aux feuilles roses ne suffisaient pas à nous plonger dans l'ambiance, le défilé démarre sur la chanson I Wonder, entonnée par la Belle au Bois dormant dans le Disney de 1959.
Nous voilà, le temps de 16 petites minutes, enrobés dans un nuage. Les matières, les formes et les couleurs sont douces. Alors que, plutôt cette semaine, le New York Times s'inquiétait de la tendance générale de la mode à soumettre les corps à des formes toujours plus étranges, des corsets toujours plus étroits, Matthieu Blazy prend le total contre-pied.
Les cheveux sont lâchés, les silhouettes lâches. Libérées, aériennes.
Exit les maquillages outranciers, les épaules carrées, les formes surdimensionnées. Ici, l'ode est à la nature. Les plumes et les tissus s'agitent avec délicatesse, comme une brise dans les branches.
Même les petites robes noires et les tailleurs, pièces maîtresses de la maison et chères à sa fondatrice, Gabrielle Chanel, renvoient l'impression de souplesse et d'un certain confort.
Ce n'est pas pour autant que la moindre tenue n'est pas le fruit d'un travail absolument maîtrisé. Chaque broderie, chaque plissage, chaque couture, chaque tissage est exquis, raffiné, précieux, avec un sens inouï du détail.
Au terme de cette parenthèse enchantée, le show se conclut sur la très attendue robe de mariée. Et, là encore, Matthieu Blazy ne déçoit pas. Loin de se contenter de la version facile de la princesse de conte de fées, c'est avec une veste à sequins un peu loose et une longueur midi qu'il réinterprète la mariée.
Elle ne donne qu'une envie: foncer tout droit vers la mairie, bouteille de champagne et fiancé sous le bras, telle une héroïne de 2026.
Ce mardi, Matthieu Blazy a relevé deux défis. Le premier, de faire honneur, encore et toujours, à la maison historique dont il vient de reprendre les rênes. Le second, d'offrir ce que la mode peine parfois à nous donner: du rêve. Et, surtout, beaucoup de joie.
