Bryan Johnson, avec une fortune estimée à 800 millions de dollars après la vente de sa société d'application de paiement (Braintree Venmo), s'est donné comme objectif de stopper son vieillissement. Un défi fou, presque irréel, qui est narré dans un documentaire Netflix intitulé Don't Die: L'homme qui voulait être éternel.
Les icônes de la Silicon Valley sont devenues accros à cette éternité, cette immortalité qui les fait rêver. L'argent peut-il acheter cette longévité fantasmée? Bryan Johnson y croit, dur comme fer, embarqué dans un voyage à la Benjamin Button (le film de David Fincher).
Pour lancer le documentaire Netflix d'une heure et demie, une première phrase qu'on trouve dans tous les manuels de développement personnel: «Le talent, c'est atteindre l'impossible. Le génie, c'est atteindre l'invisible».
Quel est cet «invisible» qu'il désire empoigner? Ralentir le vieillissement, arrêter d'accepter le déclin irrémédiable et la mort qui en découle. Tout a commencé lorsqu'une mort prématurée a failli l'envoyer entre quatre planches.
Il lance alors le projet Blueprint.
Mais qui est vraiment Bryan Johnson? «Quand j'ai commencé, les gens me regardaient comme un type excentrique issu de la tech et un vampire qui boit le sang de son fils», lâchait Johnson lors d'un entretien avec le Guardian.
Johnson s'astreint à des centaines d'actions quotidiennes pour que son corps ne vieillisse pas. Enfermé dans sa maison aux allures d'Ex Machina, il s'est créé une existence aux dizaines de protocoles, aux multiples analyses, aux wagons de gélules avalés pour maintenir une forme de jeunesse éternelle.
Résultat, en deux ans, il a reculé son âge biologique de 5,1 ans. Sa vitesse de vieillissement est de 0,69, ce qui veut dire que, sur 12 mois, il ne vieillit que de 8 mois.
Une affaire qui roule? Bryan Johnson aurait tendance à nous faire réfléchir à bien des égards.
Et le discours est bien rodé, à grand renfort de citations chocs:
La quête verse dans la philosophie. Elle emprunte même cette grande réflexion soulevée dans la première saison de la série de True Detective, lorsque Rust Cohle (joué par Matthew McConaughey) déclare: «Je pense que la conscience humaine est une erreur tragique dans l'évolution. Nous sommes devenus trop conscients de nous-mêmes».
Et à Johnson d'exposer:
C'est un coup de pied dans la fourmilière: l'entrepreneur de la tech a des arguments à faire valoir, en critiquant ces dizaines d'enseignes de restauration rapide, des magasins qui vendent des tonnes de boissons sucrées, de résister à l'alcool, aux cigarettes à toutes la addictions. La conscience humaine doit faire face à des tonnes d'addictions que des groupes agroalimentaires nourrissent.
Cette phrase, dégoisée dans le documentaire, a valeur de discours d'un gourou. On y voit un homme au narcissisme extrême, digne d'un chef de secte et prêt à user de méthodes très, très étranges.
On parle alors de transfusions sanguines, rappelant les méthodes glauques du docteur Fuentes qui ont secoué le cyclisme professionnel. Ici, Bryan transfère son plasma à son père Richard et son fils aîné Talmage en fait de même avec son paternel.
Bryan les surnomme ses «garçons de sang».
Le processus digne d'un vampire des temps modernes est lié à des études menées sur des souris, prétextant que le plasma moins âgé aide à rajeunir les corps et les organes.
Bryan Johnson y a sacrifié sa vie, en devenant un cobaye, testant des méthodes qui ne sont même pas validées. Il est notamment question d'une thérapie génique à base de Follistatin, qui comporte d'énormes risques médicaux.
Seulement, à force de tout expérimenter, sa cure anti-vieillissement en devient contre-productive. Un spécialiste, plutôt critique face au mode de fonctionnement du millionnaire, explique que ces centaines de traitements différents n'aident en rien les experts du domaine.
Cette prise massive de potions ne permet pas d'identifier les mixtures qui fonctionnent ou non. Le Dr Vadim Gladyshev, de la Harvard School of Medicine, est sans doute le plus critique:
L'étrangeté du bonhomme est également perceptible lorsque le cinéaste Chris Smith (connu pour le documentaire Fyre ou encore Mr. McMahon) effleure la relation fusionnelle d'un père avec son rejeton. Or, devant l'objectif, elle devient presque malaisante, tant le père semble courir derrière cet idéal de jeunesse que représente son fils. Ce dernier s'apprête à entrer à l'université.
Ce film démontre plusieurs facettes de Bryan Johnson: l'entrepreneur et le père. Et ces deux personnalités ont tendance à ne faire qu'une, à se déconnecter de la réalité de la vie en poursuivant une hypothétique cure de jouvence.
En revanche, dans sa forme et son propos, le documentaire expose un réel domaine scientifique, même si le défi demeure marginal et s'impose comme une chimère. Comme souvent avec les génies ou les pionniers de notre monde, la folie est au centre du projet.
Le temps exercera son action, c'est un fait. Il nous dira surtout si le protocole Blueprint de Johnson nous permettra, un jour, de comprendre comment l'humanité pourrait prolonger la vie.
«Don't Die: L'homme qui voulait être éternel» est disponible sur la plateforme Netflix depuis le 1er janvier.