Il y a encore quelque mois, Netflix s'imposait avec une série inattendue, aussi attachante que choquante: Mon petit renne. La série au titre pourtant sympathique est basée sur une histoire de harcèlement, et prend le spectateur par la main dans une descente aux enfers dont on ne ressort pas forcément indemne.
Eric hérite de cette audace avec des dynamiques narratives qui ont tout d'un drame poignant: l'histoire d'un marionnettiste dépressif et alcoolique qui s’invente un ami imaginaire pour tenter de retrouver son fils. À l'exception qu'il y a dans ce thriller sombre une lumière qui réchauffe les cœurs.
Il n'y a pas plus horrible cauchemar pour un parent que de perdre un enfant. C'est de ce postulat que part Eric, la dernière mini-série de Netflix disponible depuis le 30 mai sur la plateforme.
L'intrigue prend place à New York à la fin des années 1980. La ville est alors gangrénée par la violence et la pauvreté. Père d’un garçon de neuf ans, Vincent (Benedict Cumberbatch) ne cesse de se disputer avec sa femme. Auteur et marionnettiste d'une émission pour enfant inspirée de Sesame Street, celui-ci souffre d’un manque de créativité et noie sa frustration dans l’alcool, ce qui ne manque pas d'impacter sa famille.
Quand son enfant disparaît un jour sur le chemin de l’école, Vincent s’enfonce encore plus dans ses addictions. Il se met alors à avoir des hallucinations d’un grand monstre poilu appelé Eric, une créature que son fils, Edgar, avait imaginé vivre sous son lit, et qu'il avait dessinée.
Dans ce New York crasseux des années 1980, à l’ère de Ronald Reagan, la ville est un terreau fertile pour la drogue, la prostitution et la corruption. Filmé avec un grain de pellicule et des couleurs saturées qui évoquent le Kodachrome, Eric bénéficie d'une réalisation aux petits oignons qui n'est pas sans rappeler les thrillers new-yorkais de Martin Scorsese, bien loin des productions aseptisées auxquelles Netflix nous a habitués.
Derrière l'écriture et la création de cet OVNI télévisuel, on retrouve la Britannique Abi Morgan, à qui l'on doit notamment la série The Hour. Elle est également la coscénariste du film Shame de Steve McQueen, sorti en 2011 avec Michael Fassbender.
Eric ce n'est pas uniquement l'histoire d'un homme qui perd la raison en faisant de sa culpabilité un ami imaginaire.
En effet, si la série explore la psyché d'un homme perdu, elle explore également l'intimité d'un couple qui se déchire, et de l'inspecteur de la NYPD chargé de l'enquête. Cette sous-intrigue est d'ailleurs un élément essentiel du récit. Elle s'avère être une véritable réflexion sur les injustices profondes, notamment raciales, au sein de la police new-yorkaise.
Son enquête sur la disparition du fils de Vincent met en lumière une affaire bien plus complexe sur l'exploitation sexuelle de mineurs et la corruption au sein de la police new-yorkaise, apportant une tout autre texture à la série.
Benedict Cumberatch incarne Vincent, ce père de famille brisé. Mais il prête également sa voix au monstre qu'il imagine. Un exercice de doublage qui ne lui est pas inconnu puisque c'était lui qui incarnait le dragon Smaug dans la trilogie du Hobbit. Si l'acteur nous avait déjà habitués à de formidables partitions, notamment dans Sherlock, il est ici bouleversant de mélancolie en incarnant un homme autrefois bon, devenu la proie de ses propres démons.
Dans la recherche de son fils, c'est également une recherche de lui-même, et de la part d’enfance qui lui reste. En faisant ressurgir le monstre qui sommeille en lui et en l'apprivoisant, Vincent va rencontrer sa rédemption. Et c'est en ce sens qu'Eric est une série lumineuse autant qu'un thriller poisseux.
Eric d’Abi Morgan, avec Benedict Cumberbatch. Mini-série de huit-épisodes, sur Netflix depuis le 30 mai.