L'«officialisation» de Jordan Bardella et de sa princesse interroge
C'est peu dire que cette couverture restera gravée dans les annales de la presse people. Au même titre que le couple Macron les pieds dans l'eau, en 2016, ou de Carla et Nicola Sarkozy, gambadant joyeusement en maillot de bain.
En 2026, c'est au tour du président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, de faire l'objet d'un article grandiloquent au romantisme appuyé de la part de la prestigieuse publication française. Entre deux descriptions de la nature sauvage environnante, on y lit que le politicien de 30 ans et la princesse de 22 ans auraient été prétendument «surpris» lors d'une escapade en Corse en avril dernier par les photographes de Paris Match.
Les clichés montrent les tourtereaux («qui ne se quittent plus» depuis leur rencontre en mai 2025), marchant côte à côte, en pleine conversation, le regard perdu dans le paysage, les fringues élégantes et étrangement raccord.
Un polo nonchalamment jeté sur les épaules pour elle, un pull marine, chemise blanche et cravate pour lui. «Leur élégance détonne parmi les promeneurs en baskets et coupe-vent», prend tout de même la peine de justifier le magazine.
Beaucoup de réactions
Soigneusement travaillée et très encadrée, autant dire que ce shooting qui ne cache pas son nom a suscité des réactions en veux-tu en voilà.
A commencer par la banalisation du protégé de Marine Le Pen dans une des publications les plus lues de France, tout juste décrit dans l'article comme un jeune politicien prometteur, «très sollicité» et auteur de deux livres. C'est tout juste si son parti politique est mentionné.
Le CV de sa moitié, Maria Carolina, fait en revanche l'objet de trois paragraphes détaillés: ses nobles aïeux (elle descend directement de Louis XIV et porte les titres de duchesse de Calabre et Palerme), les six langues que l'aristocrate parle couramment, ses cours à Harvard et ses études à l'Istituto Marangoni, ses engagements auprès de auprès de la Croix-Rouge italienne ou encore pour la protection de l'environnement et des océans, auprès de la Fondation Prince Albert II de Monaco.
Pour le reste, l'article reste vague. Tout juste apprend-on que Jordan Bardella et Maria Carolina se sont rencontrés en mai 2025, lors du Grand Prix de Formule 1.
Avant de nous rappeler que, quelques mois plus tard, en janvier 2026, le monde s'agitait en voyant le duo quitter ensemble la soirée du bicentenaire du Figaro, organisé au Grand Palais, à Paris. La vidéo de 24 secondes fait le tour des médias et des réseaux sociaux.
Reste que le choix de Jordan Bardella de fréquenter une princesse née dans l'une des plus vieilles et riches familles européennes, alors qu'il a fait de ses origines modestes (une cité HLM de Saint-Denis) un argument de campagne et une partie intrinsèque de son personnage politique, a de quoi surprendre.
Dans Le Parisien, plusieurs sources au sein du RN réfutent l'idée que le jeune politicien se tirerait une balle dans le pied en craquant pour une riche héritière. «Ça veut dire quoi? Il faudrait sortir avec quelqu’un issu de la classe populaire pour parler aux classes populaires? C’est grotesque!» s'offusque un proche du président.
«C’est un atout, à mort! Les gens adorent les histoires du petit gars et de la princesse, dans les milieux populaires en particulier! Ça veut dire que oui, c’est possible!» renchérit une figure du parti.
Alors que certains députés RN préviennent toutefois de ne pas basculer du côté «bling-bling» de la force, d'autres y voient une aubaine potentielle auprès des électeurs de Nicolas Sarkozy, très friands du côté people assumé de l'ancien président.
Dans tous les cas, comme le souligne le Huffington Post, difficile de ne pas faire le lien entre cette mise en scène dans la presse et le moment où Jordan Bardella cherche à se projeter comme candidat crédible pour l'Elysée. Serait-ce une stratégie de pré-campagne, alors que se profile déjà l’échéance de 2027? Dans tous les cas, cette étrange idylle risque de faire encore largement parler d'elle d'ici l'an prochain.
