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Street Food Awards: Ces Romands voulaient gagner, reportage

Stefan Yanev a tout donné pour que son Food Bus reparte avec le premier prix, dimanche, à Bâle.
Stefan Yanev a tout donné pour que son Food Bus reparte avec le premier prix, dimanche, à Bâle.images: marine brunner

On a suivi des Romands en pleine «guerre gastronomique»

Dimanche, watson a suivi des Romands qui ont tout donné pour tenter de décrocher un ticket pour les European Street Food Awards. Qu’est-ce qui motive ces restaurateurs sur roues à se soumettre à un grand stress et un jury implacable? Immersion à Bâle.
01.06.2026, 18:3901.06.2026, 19:31

La mousse de beurre a failli ne pas tenir le choc caniculaire. Il a fallu ruser avec des glaçons piqués au bar et un timing serré. Lové dans des radis préalablement vidés de leur chair, cet incontournable de l’apéritif français avait une mission très précise dans l’esprit de Stefan Yanev, dimanche, à Bâle: évoquer la Romandie et impressionner un jury 100% alémanique en proposant un petit plat avant les grands.

«La mousse n’a pas coulé, la mousse n’a pas coulé!», que le propriétaire de The Food Bus nous glissera, à bout de souffle et de nerfs, juste après avoir présenté puis abandonné ses spécialités à la table officielle des Swiss Street Food Awards.

Il est quinze heures et des poussières sur la Meret Oppenheim-Platz. Les enfants et les parents, réunis autour du héros du jour, peinent à cacher leur nervosité. Le Fribourgeois et son équipe ont tout donné. Leur sort est désormais entre les papilles de six juges intraitables, chargés d’élire «The Best of Switzerland».

Les images des Street Food Awards, le 31 mai 2026 à Bâle.
Les Fribourgeois de The Food Bus en pleine présentation de leurs trois burgers signatures, devant le jury des Swiss Street Food Awards. image: marine brunner

Les résultats tomberont deux heures plus tard, en même temps que la pluie. Hasard malheureux ou complot orchestré par la météo et le röstigraben? Quoi qu’il en soit, aucun romand ne décrochera la timbale ce week-end. L’un des gamins du roi du burger fribourgeois se rue dans ses jambes pour fondre en larmes: «Tout va bien... Papa n’est pas déçu, je t’assure».

Bien sûr, Stefan mentait.

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Stephen en pleine action, alors qu’il ne lui reste que quelques minutes pour livrer ses spécialités au jury.gif: watson

Quelques heures plus tôt, dix concurrents venus de toute la Suisse s’attelaient à bichonner leur plat pour le concours, tout en servant aux mieux les clients traditionnels. C’est d’ailleurs le défi majeur de ce Top Chef du bitume, car le public a lui aussi la possibilité de voter pour son food truck préféré. Une «guerre gastronomique» où il faut être bon, dans tous les sens du terme.

Il est 13h30 lorsque le patron chaux-de-fonnier de Chef Falafel pique un sprint depuis sa carriole pour emprunter d’urgence «une feuille de laitue» à Stefan. Bilal Assad proposera un «assortiment de mezze» au jury, «parce qu’il y a tout ce que je sais faire dessus».

«Oui, j’ai un peu le trac, mais pas au point d’avoir la main qui tremble. Je vais faire au mieux et on verra ce que ça donne»
Bilal Assad, de Chef Falafel
Les images des Street Food Awards, le 31 mai 2026 à Bâle.
Le Chaux-De-Fonnier Bilal Assad, qui s’apprête à ouvrir un nouveau spot à Lausanne, dans son food truck Chef Falafel.image: marine brunner

Si Bilal a choisi de ne pas sortir un plat exclusif pour le concours, Stefan, lui, a enchaîné les nuits blanches et les détails de dernières minutes pour mettre toutes les chances de son côté.

En plus des deux burgers qui font aujourd’hui son succès, il a dégainé ce qu’il considère comme sa bête de course à Bâle: un troisième burger agrémenté de Gruyère AOP en fines lamelles, des pickles maison de concombre et de radis, un ring d’oignon frit drapé dans du panko, un peu de chou blanc et une sauce cocktail secrète. Mais ce n’est (de loin) pas tout.

«Je me suis réveillé à trois heures du matin avec une idée: couper les burgers en quatre une fois devant le jury et les présenter sur des piques plantées dans des chutes de bois de chêne»
Stefan, qui a décidé que le sommeil ne serait pas son meilleur ami avant la finale des Swiss Street Food Awards.
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Chez D’Maiz, pourvoyeur de spécialités colombiennes à Carouge (GE), la patronne Angelica, et son mari Santos, ont été accueilli par un stress de dernière minute, en arrivant à Bâle. Il a fallu faire un choix, car, de l’autre côté de la place, un autre food truck alignait lui aussi des arepas, mais du Venezuela.

Ce sera donc un patacón (galette de banane plantain) qu’ils présenteront aux six juges. Dessus? «Tout», nous glissera Santos. A savoir, viande de bœuf et de poulet, haricots rouges, poivrons, fromage, sauce tomate, avocat.

«Ce type de concours, c’est une bonne manière de faire voyager notre cuisine familiale maison dans le reste de la Suisse. Mais ça ne change pas notre identité pour autant, puisque ça fait plus de vingt ans qu’on existe!»
Angelica, fondatrice de D’Maiz
Angelica et Santos, du food truck D’Maiz, à Carouge, et leur patacón (galette de banane plantain).
Angelica et Santos, du food truck D’Maiz, à Carouge, et leur patacón (galette de banane plantain).image: marine brunner

On dit souvent que la bouffe est une histoire de goûts et de couleurs. Les nôtres? Disons simplement que le Tessin avait aligné des tueurs à cette compétition en plein air. Le Pastrami Sandwich de Food Explorer, établi à la frontière italienne, était à tomber. Idem pour le Ciabatta picanha du food truck Capichurri, que l’un des membres du jury abandonnera entre nos phalanges déjà bien graissées par le bacon burger de The Food Bus.

Alors qu’on n’aura pas l’estomac suffisant élastique pour goûter à toutes les spécialités présentes à Bâle, les juges doivent absolument se retenir de bâfrer.

Comment fait-on pour juger dix plats à la suite sans fatiguer les papilles?

«C’est un vrai défi. Il est important de garder de la place, de l’énergie et de la curiosité jusqu’à la fin, pour que les derniers concurrents ne soient pas défavorisés parce qu’on n’aurait plus vraiment faim»
Andreas Albonico, organisateur du Swiss Street Food Festival et responsable de «Foodtrucks Schweiz»
Andreas Albonico, organisateur du Swiss Street Food Festival, à la table du jury.
Andreas Albonico, organisateur du Swiss Street Food Festival, à la table du jury.image: watson

Contrairement aux célèbres télé-crochets culinaires, nos trois Romands qui se sont déplacés à Bâle ne cherchent pas la gloriole ou une petite tranche du gâteau médiatique. Ils ont un petit business à faire tourner, un bus à faire rouler, des plats à réussir du matin au soir, dans un espace qui ressemble à une boîte à chaussure. Des affaires lancées en famille, parfois dans un équilibre financier fragile, en cumulant des heures de boulot que les tenanciers ne comptent plus.

«Je vois trop peu mes enfants, évidemment. C’est à la fois une passion dévorante, un travail de fou et une envie de proposer le meilleur burger possible. Je veux pouvoir à la fois m’en sortir et bien payer les employés qui donnent tout pour mon projet. Heureusement que j’ai une épouse formidable»
Stefan Yanev, qui n’a sans doute pas respiré beaucoup ces derniers jours.

Les dix concurrents ont d’ailleurs sans doute perdu de l’argent, dimanche. La chaleur écrasante a clairsemé le public durant tout le week-end et il a fallu payer une place pour le camion. Sans compter l’essence et les chambres d’hôtel, même si les nuits sont souvent courtes et agitées.

Mais, alors, après quoi courent-ils tous en arpentant ce type de concours? Un peu de crédibilité, dans la cuisine mobile: «Remporter les Swiss Street Food Awards, c’est recevoir une certaine forme de légitimité. Un gage de qualité. Une preuve que l’on fait bien son boulot et la possibilité de le faire savoir à nos clients», explique Stefan, dont The Food Bus peut déjà se consoler en ayant remporté la demi-finale romande.

C’est «une très bonne carte de visite. D’y participer et, parfois, de gagner un prix. C’est aussi l’occasion d’élargir son réseau», renchérit Chef Falafel. Il faut dire que la partie traiteur de ce business requiert d’inspirer confiance aux clients, en vue d’une soirée privée, d’un mariage ou d’une assemblée professionnelle.

Une question brûle les lèvres, après avoir avalé de la nourriture toute la journée: comment le jury fait-il son choix au moment d’élire la meilleure street food de Suisse? «Tout est important, nous balance l’organisateur Andreas Albonico. Le goût, bien sûr, mais aussi la présentation des plats, l’atmosphère générale, le look du food truck, la saisonnalité des produits ou l’évolution de la société». Nous n’en saurons en revanche pas davantage sur les atouts des Zurichois de Borderless Kitchen, grands vainqueurs cette année, qui s’envoleront en septembre prochain en Allemagne pour la finale européenne.

Pour les autres concurrents, la vraie vie redémarre lundi, avec des bouches à nourrir. Celles des clients comme celles de la famille. La vie d’artisans, quoi.

Les Swiss Street Food Awards 2026 à Bâle
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Les Swiss Street Food Awards à Bâle

L’équipe fribourgeoise de The Food Bus

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