
On a vu Cascada à La Tour-de-Peilz et quelque chose nous a marqué
«Hmmm... t'es sûre de toi...?»
Notre compagnon jette un coup d'oeil circonspect à la mini-robe pailletée de pupute scintillante. Imperturbable, on lui rétorque que c'est un hommage croisé à Paris Hilton et Britney Spears. Si l'argument ne trouvera pas vraiment grâce aux yeux de l'être aimé, on ne lui jettera pas la pierre. Déjà qu'il est sur le point d'être traîné plus ou moins contre son gré jusqu'à La Tour-de-Peilz (VD), pour une soirée remplie de tubes iconiques - mais d'une qualité musicale douteuse.
Alors que 2026 vogue sans complexes sur la nostalgie des années 2000, des Nokia à clapet aux jeans taille basse, en passant par les survêtements Juicy Couture, le Collectif 52 a eu le bon goût de surfer sur la tendance et de convier l'un des emblèmes de la décennie: le groupe allemand Cascada, plus connu sous les traits de sa chanteuse, Natalie Horler.
21 ans après le succès planétaire de Everytime We Touch, qui fera de Cascada l'un des groupes les plus téléchargés de tous les temps derrière David Guetta, le trio se retrouve à performer dans un lieu improbable: une tente en plastique plantée au milieu de la Place des Anciens-Fossés, quelque part au bord du Léman.
19h30. Ambiance fête de jeunesse. Pendant qu'un DJ se charge de faire monter la température (déjà à point en ce samedi de mai caniculaire), les premiers arrivants s'enfilent bières, nachos et burritos de l'unique food truck de la manifestation, en piétinant sagement la pelouse et la terre battue jusqu'à l'arrivée des stars de la soirée.
Dans le public, de tous âges, rares sont ceux à avoir joué le jeu du dresscode années 2000. On ne leur en veut pas. Ce n’est pas comme s’il avait été officiellement réclamé par les organisateurs. Et puis, cette période était cruelle. Essayez de draguer en soirée avec la dégaine de Justin Timberlake en 2001, vous verrez ce que ça donne.
L'avantage de Rihanna et des Black Eyed Peas, c'est qu'il suffit de trois notes pour convaincre Corinne, Sabine et Frédéric de dévier de la pelouse vers la piste de danse. Un ou deux Gin to' viennent à bout des dernières résistances et timidités. Le soleil n'est pas couché quand la foule se déchaîne au rythme de Poker Face, I Gotta Feeling et Love Generation.
A 22h30, le public est brûlant, braille en choeur les paroles de Sia et Justin Bieber, la tente de la Place des Anciens-Fossé est presque pleine. Le DJ a si bien rempli sa tache qu'on aurait envie de protester quand, sur le coup de 22h58 tapantes, la musique s'arrête net et les lumières s'éteignent, pour faire place au clou du spectacle.
Enfin, les voilà. Sur fond d'hurlements stridents, la cascade de cheveux platine de Natalie Horler émerge sur la petite scène, flanquée de deux danseurs bien bâtis. Faux cils foisonnants et corps moulé dans une combinaison à paillettes (elle a respecté le dresscode, elle!), la chanteuse est une vision échappée de l'an de grâce 2008. Elle n'a pas changé d'un iota.
Autant dire tout de suite que si la nostalgie rend bon public, nous n'avons pas consommé suffisamment de Gin tonic pour faire l'impasse sur la piètre qualité du son. Si on ne s'attendait pas vraiment à une performance de haute voltige digne de Taylor Swift, nos oreilles en prennent pour leur grade. Pour le coup, on a plutôt le sentiment d'assister à l'Eurovision privée de budget.
Reste qu'il faut reconnaître à la chanteuse de Cascada une énergie intacte, que le public lui rend bien. Le concert ne se prolongera pas plus que le minimum légal et le tube tant attendu d'Everytime We Touch n'arrivera évidemment pas avant la toute-fin du show, mais la soirée valait largement le déplacement.
C'est peut-être ce qui nous a marqué dans le concert de Cascada. L'attente était largement plus savoureuse que le show lui-même. Et c’est un plaisir plutôt rare.
